samedi 12 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404290 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | AARPI ANDOTTE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés le 11 octobre 2024, l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher, représentée par Me Ogier et Me Crusoé, avocats, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 8 octobre 2024 du préfet de Loir-et-Cher portant interdiction des manifestations du mercredi 9 octobre au dimanche 13 octobre 2024 dans le cadre de la tenue des 27èmes Rendez-vous de l'histoire de Blois ;
2°) d'enjoindre au préfet d'adopter toutes mesures propres à lever les restrictions apportées aux libertés fondamentales en cause dans le présent recours ;
3°) de mettre une somme de 1 600 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher soutient que :
- l'arrêté litigieux, qui fait obstacle à la diffusion des 600 à 700 tracts qu'elle prévoyait de distribuer au public participant aux Rendez-vous de l'histoire, porte une atteinte grave à la liberté de réunion, aux libertés de manifester et d'exprimer collectivement ses idées et opinions, ainsi qu'à la liberté d'information ;
- cette atteinte est manifestement illégale : l'arrêté contesté ne remplit pas les conditions de légalité des mesures de police, lesquelles doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux finalités poursuivies ; l'article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure ne permettait pas au préfet d'interdire de manière générale tout rassemblement revendicatif, en l'absence de risques sérieux de troubles à l'ordre public ; la seule circonstance que le sujet sur lequel porte l'expression collective des idées et des opinions présente un caractère sensible ou est susceptible de heurter une partie de la population ne constitue pas un motif d'interdiction d'une manifestation, pas plus que le contexte international tendu ; la manifestation qu'elle prévoyait, consistant en la simple diffusion d'un tract n'appelant ni à la haine, ni à la violence, ni à la discrimination envers les personnes, mais se bornant à reprendre les propos tenus par les rapporteurs spéciaux des Nations-Unies, ne présentait aucun risque pour la sécurité des personnes et plus généralement aucun risque grave pour l'ordre public ;
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce dès lors que l'arrêté en litige s'applique depuis le 9 octobre 2024, et ce pour quatre jours.
Par une intervention enregistrée le 11 octobre 2024, la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) demande au juge des référés de faire droit aux conclusions de la requête de l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher.
La FSU, qui fait valoir qu'elle avait prévu d'organiser des opérations de tractage et de rassemblements dans le périmètre délimité par l'arrêté du 8 octobre 2024, expose les mêmes moyens que ceux de la requête, ci-dessus analysés.
Par un mémoire enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- eu égard aux graves troubles susceptibles d'être générés par la suspension totale de l'arrêté litigieux, il y a urgence à maintenir cet arrêté pour la durée restant à courir de l'évènement ;
- l'arrêté litigieux est nécessaire, adapté et proportionné aux risques de trouble à l'ordre public : la CGT entend distribuer des tracts relatifs aux " conséquences de l'offensive armée israélienne à Gaza " ; ce sujet sensible peut perturber le bon déroulement des Rendez-vous de l'histoire et il existe un risque non négligeable d'invectives, d'affrontements ou de rixes ; récemment, des propos pouvant être pénalement répréhensibles ont été proférés à l'occasion d'une manifestation de l'association France-Palestine Solidarité 41 ; de même, un collage comportant le message " Israël assassin France complice ", signé par un collectif blésois, a été apposé sur un mur de la ville ; le seul moyen de prévenir les atteintes à l'ordre public était d'interdire toute manifestation durant le déroulement des Rendez-vous de l'histoire, alors que la CGT a, par le passé, déployé des manifestations sans procéder à une déclaration préalable auprès de la préfecture ; de même, l'association France-Palestine Solidarité 41 organise depuis plusieurs semaines des manifestations non déclarées devant la préfecture de Loir-et-Cher ; l'arrêté litigieux, qui porte sur un périmètre, une durée et des horaires limités, est au demeurant complémentaire de l'arrêté instituant un périmètre de protection à l'occasion de la 27ème édition des Rendez-vous de l'histoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 11 octobre 2024 à 16 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Crusoé, avocat de l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher et de la FSU.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 16 heures 45.
Considérant ce qui suit :
Sur l'intervention :
1. La FSU justifie, eu égard à la portée de l'arrêté en litige, d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête de l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher. Son intervention est, par suite, recevable.
Sur l'office du juge des référés et la liberté fondamentale en jeu :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. La liberté d'expression et de communication, garantie par la Constitution et par les articles 10 et 11 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dont découle le droit d'expression collective des idées et des opinions, constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Son exercice, notamment par la liberté de manifester ou de se réunir, est une condition de la démocratie et l'une des garanties du respect d'autres droits et libertés constituant également des libertés fondamentales au sens de cet article. Il doit cependant être concilié avec les exigences qui s'attachent à l'objectif à valeur constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public.
Sur le droit applicable :
4. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " La déclaration est faite à la mairie de la commune ou aux mairies des différentes communes sur le territoire desquelles la manifestation doit avoir lieu, trois jours francs au moins et quinze jours francs au plus avant la date de la manifestation. A Paris, la déclaration est faite à la préfecture de police. Elle est faite au représentant de l'Etat dans le département en ce qui concerne les communes où est instituée la police d'Etat. / La déclaration fait connaître les noms, prénoms et domiciles des organisateurs et est signée par au moins l'un d'entre eux ; elle indique le but de la manifestation, le lieu, la date et l'heure du rassemblement des groupements invités à y prendre part et, s'il y a lieu, l'itinéraire projeté. / L'autorité qui reçoit la déclaration en délivre immédiatement un récépissé ". Le premier alinéa de l'article L. 211-4 du même code dispose que : " Si l'autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l'ordre public, elle l'interdit par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le respect de la liberté de manifestation, qui a le caractère d'une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ainsi qu'il a été dit au point 3, doit être concilié avec la sauvegarde de l'ordre public et qu'il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police, lorsqu'elle est saisie de la déclaration préalable prévue à l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure ou en présence d'informations relatives à un ou des appels à manifester, d'apprécier le risque de troubles à l'ordre public et, sous le contrôle du juge administratif, de prendre les mesures de nature à prévenir de tels troubles, au nombre desquelles figure, le cas échéant, l'interdiction de la manifestation, si une telle mesure est seule de nature à préserver l'ordre public.
6. La seule circonstance qu'un évènement annoncé soit susceptible d'être l'occasion de troubles majeurs à l'ordre public, y compris en présence d'une menace terroriste, n'est pas de nature à justifier en toute circonstance une interdiction générale de manifester dans ses abords, dès lors que l'autorité administrative dispose des moyens humains, matériels et juridiques de prévenir autrement les troubles en cause que par une telle interdiction.
Sur les conclusions de la requête à fin de suspension :
7. Par l'arrêté du 8 octobre 2024 dont l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher demande au juge des référés de suspendre l'exécution, le préfet de Loir-et-Cher a interdit, dans un secteur et pour une durée correspondant à la tenue de l'évènement " les Rendez-vous de l'histoire " à Blois, toute manifestation revendicative de 8 heures à 22 heures.
En ce qui concerne l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
8. Pour prononcer l'interdiction litigieuse, le préfet s'est fondé, en premier lieu, sur le fait que cette 27ème édition sera présidée par M. A B, écrivain ukrainien et opposant notoire aux autorités russes, alors que le conflit armé entre l'Ukraine et la Russie se poursuit. Le préfet s'est fondé, ensuite, sur le fait que plusieurs conférences devaient porter sur les villes de Jérusalem et de Gaza, alors qu'à la suite des attentats et massacres commis sur le territoire israélien le 7 octobre 2023 l'état d'Israël a engagé une vaste opération contre les mouvements terroristes présents dans la bande de Gaza et désormais également au Liban, entraînant des tensions internationales, une forte résurgence des actes antisémites et des menaces d'attentat. Le préfet a enfin estimé qu'il convenait d'assurer la protection des participants aux Rendez-Vous de l'histoire dans un contexte de fortes tensions nationales et internationales, alors que des comportements violents sont susceptibles de se faire jour. Dans ses observations en défense, le préfet fait valoir que la distribution, envisagée par l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher, de tracts relatifs aux conséquences de l'offensive armée israélienne à Gaza comporte un risque " non négligeable " d'invectives, d'affrontements ou de rixes. Il fait également valoir que des propos pouvant être pénalement répréhensibles ont été récemment proférés à l'occasion d'une manifestation de l'association France-Palestine Solidarité 41, qui organise depuis plusieurs semaines des manifestations non déclarées devant la préfecture, et enfin qu'un collage comportant le message " Israël assassin France complice " a été apposé sur un mur de la ville.
9. Toutefois, d'une part, le préfet de Loir-et-Cher ne produit aucun élément précis permettant de considérer qu'il y aurait des risques suffisamment probables que se produisent dans le périmètre concerné par l'interdiction des troubles à l'ordre public résultant d'altercations ou d'affrontements que les forces de l'ordre ne seraient pas en mesure de prévenir, alors d'ailleurs que, s'agissant des journées des 11, 12 et 13 octobre 2024, le périmètre d'interdiction délimité par l'arrêté en litige est inclus dans le périmètre de protection que le préfet a, par un arrêté publié le 3 octobre 2024, instauré en application de l'article L. 226-1 du code de la sécurité intérieure, qui comportera des point d'accès limités au périmètre réservé aux piétons et dans lequel notamment pourront être réalisées une inspection visuelle et une fouille des bagages ainsi que des palpations de sécurité destinées à écarter tout objet dangereux ou délictueux.
10. D'autre part, la seule production de la copie d'écran d'un article - d'ailleurs en partie illisible - relatant le rassemblement organisé le 29 septembre 2024 par l'association France-Palestine Solidarité 41, et de la photographie d'un collage reproduisant le slogan " Israël assassin France complice ", ne suffit pas à établir qu'il y aurait un risque sérieux que soient commises, dans le périmètre concerné par l'interdiction de manifester, des agissements relevant du délit d'apologie publique du terrorisme ou de la provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence contre un groupe de personnes à raison de son appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion.
11. Il résulte de ce qui précède que l'interdiction des manifestations revendicatives prononcée par l'arrêté du 8 octobre 2024 litigieux présente un caractère disproportionné et porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés liberté d'expression et de manifestation.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
12. L'arrêté litigieux, applicable du 9 octobre 2024 au dimanche 13 octobre 2024, n'a pas encore cessé de produire ses effets à la date de la présente ordonnance. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que, contrairement à ce que soutient le préfet de Loir-et-Cher, aucun intérêt public suffisant ne justifie le maintien de cet arrêté. Il y a lieu dès lors d'en ordonner la suspension.
Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention de la Fédération Syndicale Unitaire est admise.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 8 octobre 2024 du préfet de Loir-et-Cher portant interdiction des manifestations du mercredi 9 octobre au dimanche 13 octobre 2024 dans le cadre de la tenue des 27èmes Rendez-vous de l'histoire de Blois est suspendue.
Article 3 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'union départementale des syndicats CGT de Loir-et-Cher et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de Loir-et-Cher et à la Fédération Syndicale Unitaire.
Fait à Orléans, le 12 octobre 2024.
Le juge des référés,
Frédéric C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026