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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404341

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404341

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMARIETTE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. B..., ressortissant bangladais, qui contestait l'arrêté du préfet d'Eure-et-Loir du 2 septembre 2024 lui refusant un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la secrétaire générale de la préfecture bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en examinant la nature des liens familiaux de l'intéressé dans son pays d'origine, et que la décision de refus n'était entachée ni d'erreur manifeste d'appréciation ni de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination, dont l'illégalité n'était pas établie, ont également été validées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2024 et le 4 septembre 2025, et un mémoire non communiqué, enregistré le 9 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Mariette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le préfet d’Eure-et-Loir a rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet d’Eure-et-Loir de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, pendant le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’un vice d’incompétence ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d’une erreur de droit en ce que le préfet a ajouté des conditions non prévues par l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, d’une part, en lui opposant de ne pas établir ne pas être isolé dans son pays d’origine sans s’interroger non pas sur l’existence mais sur la nature des liens avec la famille restée dans son pays, et d’autre part, en n’examinant pas s’il remplissait la condition tenant au caractère réel et sérieux des études ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans la mise en œuvre de ces mêmes dispositions et de celle de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de l’obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, le préfet d’Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun ces moyens soulevés n’est fondé.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.



Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bernard ;
- et les observations de Me Dézallé, substituant Me Mariette, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant bangladais, né le 2 juin 2005, est entré irrégulièrement en France le 6 septembre 2021, selon ses déclarations. Il a été pris en charge par le service de l’aide sociale à l’enfance d’Eure-et-Loir jusqu’au 2 juin 2023, date de sa majorité. Le 25 mai 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 2 septembre 2024, le préfet d’Eure-et-Loir a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. M. B... demande au tribunal d’annuler ces décisions.

En premier lieu, par un arrêté du 19 juillet 2024, régulièrement publié et visé dans l’arrêté litigieux, le préfet d’Eure-et-Loir a donné à Mme Agnès Bonjean, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l’effet de signer, en son nom, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département, à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les mesures d’éloignement. Le moyen tiré du vice d’incompétence doit donc être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance (…) entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil (…) sur l'insertion de cet étranger dans la société française (…) ».

Lorsqu’il examine une demande d’admission exceptionnelle au séjour en qualité de « salarié » ou « travailleur temporaire », présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d’abord que l’étranger est dans l’année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu’il a été confié à l’aide sociale à l’enfance entre l’âge de seize ans et dix-huit ans, qu’il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l’ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l’intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine et de l’avis de la structure d’accueil sur l’insertion de cet étranger dans la société française.

D’une part, il ressort des pièces du dossier que M. B... a été confié aux services de l’aide sociale à l’enfance d’Eure-et-Loir par une ordonnance de placement du tribunal judiciaire d’Evreux du 23 septembre 2021, confirmé par une ordonnance aux fins de placement provisoire du tribunal pour enfants de la cour d’appel de Versailles du 23 septembre 2021, et que son placement a été prolongé jusqu’au 2 juin 2023, date de sa majorité. Il ressort également des pièces du dossier que sa demande de titre de séjour a été présentée dans l’année qui suit son dix-huitième anniversaire et qu’il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Par ailleurs, le préfet ne soutient pas que la présence du requérant sur le territoire français constituerait une menace pour l’ordre public. Cependant, pour refuser à M. B... la délivrance d’un titre de séjour, le préfet d’Eure-et-Loir s’est fondé sur la circonstance que l’intéressé, inscrit en classe de 3ème prépa métiers pour l’année 2021-2022 puis en première année de CAP « production et services en restauration » pour 2022-2023, a conclu un contrat d’apprentissage à compter du 15 décembre 2023 avec une entreprise de Chartres puis un contrat avec une autre entreprise à partir du 2 janvier 2024, la première ayant fait l’objet d’une liquidation judiciaire. Il ressort des énonciations de la décision en litige que le préfet s’est également fondé sur ses difficultés de maîtrise de la langue française évoquées dans ses bulletins scolaires. Il a en outre relevé que le requérant ne démontrait pas l’absence de liens dans son pays d’origine. Dans ces conditions, il ne peut être reproché au préfet d’Eure-et-Loir de ne pas avoir procédé à une appréciation globale de la situation du requérant au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine et de l’avis de la structure d’accueil et ce, même si la décision en litige ne vise pas cet avis. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d’erreurs de droit au regard de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier que si le requérant a obtenu son diplôme de certificat d’aptitude professionnelle, spécialité production et service en restaurations en juillet 2024, les bulletins de note qu’il produit mentionnent des difficultés de compréhension nombreuses et un ensemble insuffisant en plusieurs matières dont le français, les mathématiques, l’histoire et la géographie et l’enseignement moral et civique et une moyenne faible de 10,63 sur 20 pour l’ensemble de l’année. En outre, si M. B... produit les deux contrats d’apprentissage conclus pendant sa formation, il ne démontre pas de perspectives professionnelles. Si l’avis de la structure fait état des efforts de M. B... dans son insertion et de son respect des règles, il ne mentionne pas qu’en dehors des membres du service et des autres jeunes accueillis, l’intéressé aurait d’autres liens. Il ressort également des pièces du dossier que son frère et ses cinq sœurs résident au Bangladesh et M. B... ne soutient ni ne démontre ne pas avoir conservé des liens avec eux. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation de sa situation en considérant qu’il ne présentait pas de critères exceptionnels justifiant son admission au séjour sur le fondement de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

Les éléments dont M. B... se prévaut sur le fondement de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne constituent pas davantage des circonstances exceptionnelles au sens de l’article L. 435-1 de ce code et ce alors qu’il est entré irrégulièrement en France depuis seulement trois ans à la date de la décision attaquée, qu’il ne démontre pas avoir noué des liens d’une particulière intensité sur le territoire français, et qu’il a vécu l’essentiel de sa vie dans son pays d’origine où résident ses frère et sœurs. Le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation commise par le préfet dans l’application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, le préfet d’Eure-et-Loir n’a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, ni en l’obligeant à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même et pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En dernier, il résulte de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ne sont pas illégales en raison des illégalités successives alléguées mais non établies.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais liés au litige.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.



Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet d’Eure-et-Loir.

Délibéré après l’audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Dicko-Dogan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.


La rapporteure,




Pauline BERNARD



La présidente,





Sophie LESIEUX


La greffière,





Emilie DEPARDIEU


La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.










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