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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404435

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404435

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL BAUR ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 octobre 2024 et le 22 octobre 2024, M. C D A, représenté par Me Kanté, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a pris à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français de deux ans et l'a inscrit dans le système d'information Schengen ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il est citoyen européen et avait donc le droit de séjourner librement en France au-delà de trois mois dès lors qu'il justifie d'avoir une activité salariée et s'il dispose des ressources suffisantes et d'une assurance maladie complète ;

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de justification d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que, dès lors qu'il bénéficie d'un droit au séjour permanent en application des articles L. 233-1 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait être éloigné conformément à l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- il est présent en France de manière habituelle depuis plus de 13 ans ;

- la décision méconnait les stipulations des articles 7, 21 et 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) ;

- elle méconnait les dispositions du paragraphe 1 de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce que l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnait les objectifs de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 dite " directive retour " en instituant une présomption de risque de fuite trop large ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de justification d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète ne s'étant pas fondée sur les quatre critères énumérés à cet article ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce que les faits qui lui sont imputés ne suffisent pas à caractériser une menace pour l'ordre public ;

- l'illégalité de l'interdiction ainsi prononcée entraine l'annulation de la décision d'inscription au système d'information Schengen.

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 24 octobre 2024, la préfète du Loiret, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions contestées dans le cadre des procédures visées au titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Kanté, représentant le requérant qui persiste dans les conclusions de la requête, par les mêmes moyens et soutient pour la première fois à l'audience que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, dès lors que, d'une part, les faits pour lesquels il a été condamné ayant été commis au Portugal, d'autre part, les faits relatés dans le traitement des antécédents judiciaires n'ont pas donnés lieu à poursuites et condamnation et, enfin, il a bénéficié d'un régime de semi-liberté,

- et les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Loiret, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens de défense, soulève pour la première fois à l'audience une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fins d'annulation dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence et fait valoir que M. D A représente une menace à l'ordre public compte tenu de la condamnation prononcée à son égard en 2008 pour des faits graves et des interpellations dont il a fait l'objet entre 2017 et 2021, la circonstance qu'il ait bénéficié d'un régime de semi-liberté étant sans incidence à cet égard.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10 h 37.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D A, ressortissant portugais né le 30 mars 1963, déclare être entré en France en 2009. Il a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Braga (Portugal), du 24 janvier 2008, à une peine privative de liberté de 5 ans pour des faits de vol, conduite sans autorisation légale et conduite de façon dangereuse. Le 18 mai 2020, l'intéressé a fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen émis à son encontre par le Tribunal judiciaire de Braga aux fins d'exécution de cette peine. M. D A a en conséquence été incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans - Saran le 6 décembre 2021, selon la procédure du mandat d'arrêt européen, pour une durée de 4 ans, 4 mois et 4 jours compte tenu du temps d'incarcération déjà écoulé à l'occasion de la détention provisoire dont il avait fait l'objet au Portugal. L'intéressé a été auditionné en détention le 12 septembre 2024. Par arrêté du 8 octobre 2024, la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français en application de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 15 octobre 2024, le requérant a été assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. D A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la menace à l'ordre public :

2. D'une part, la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres détermine les conditions dans lesquelles ceux-ci peuvent restreindre la liberté de circulation et de séjour d'un citoyen de l'Union européenne ou d'un membre de sa famille. L'article 27 de cette directive prévoit que, de manière générale, cette liberté peut être restreinte pour des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique, sans que ces raisons puissent être invoquées à des fins économiques. Ce même article prévoit que les mesures prises à ce titre doivent respecter le principe de proportionnalité et être fondées sur le comportement personnel de l'individu concerné, lequel doit représenter une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. L'article 28 de la directive impose la prise en compte de la situation individuelle de la personne en cause avant toute mesure d'éloignement, notamment de la durée de son séjour, de son âge, de son état de santé, de sa situation familiale et économique, de son intégration sociale et culturelle et de l'intensité de ses liens avec son pays d'origine.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine "..

4. Ces dispositions doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration. Ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne l'article 27, paragraphe 2, second alinéa, de la directive 2004/38 subordonne toute mesure d'éloignement à ce que le comportement de la personne concernée représente une menace réelle et actuelle pour un intérêt fondamental de la société ou de l'État membre d'accueil, constatation qui implique, en général, chez l'individu concerné, l'existence d'une tendance à maintenir ce comportement à l'avenir (CJUE, 22 mai 2012, P.I. c. Obergûrgester mesiter der Stadt Remscheid, aff. C-348/09, point 30). Par ailleurs, des faits de délinquance ordinaire peuvent révéler l'existence d'une menace suffisamment grave à intérêt fondamental de la société au sens de cet article, lequel n'exige pas que la menace présente un degré élevé de gravité.

5. Pour prononcer à l'encontre de M. D A une décision portant obligation de quitter le territoire français, la préfète du Loiret a relevé qu'il constituait, par son comportement, une menace pour l'ordre public en raison des faits qu'il a commis ayant justifié la condamnation prononcée à son encontre en 2008 par le tribunal judicaire de Braga, et les diverses interpellations dont il a fait l'objet entre 2017 et 2021.

6. Le requérant a soutenu pour la première fois à l'audience, par l'intermédiaire de son conseil, qu'il ne constituait pas une menace à l'ordre public.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D A, ressortissant portugais, a été condamné par un jugement du tribunal judiciaire de Braga (Portugal) du 24 janvier 2008 à une peine privative de liberté de 5 ans pour des faits de vol, conduite sans autorisation légale et conduite de façon dangereuse. Il a exécuté cette peine en France sous la forme d'un mandat d'arrêt européen à compter du 6 octobre 2021, date de son placement sous écrou, pour une durée initiale de 4 ans 4 mois et 4 jours. Malgré cette première condamnation prononcée à son encontre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs interpellations pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et transport sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D (17 février 2017), de faux dans un document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation (30 décembre 2017), de vol par escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (1er juillet 2018), de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt (19 août 2019) et en dernier lieu pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis (18 octobre 2021). Ces faits, s'ils n'ont pas donné lieu à condamnation pénale, n'ont pas été contestés par le requérant, qui s'est au contraire excusé de les avoir commis à l'occasion de son audition en détention le 12 septembre 2024. Or les faits de recel de bien, de transport sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, de vol par effraction et par escalade et de conduite sans permis revêtent, pris dans leur ensemble et eu égard à leur nature et à leur caractère répété, une gravité suffisante au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Bien qu'ayant été commis entre 2017 et 2021, leur non-réitération depuis cette date est justifiée par l'incarcération du requérant pour des faits qui, d'ailleurs, présentent la même nature que ceux qui avaient justifié sa condamnation par le tribunal judiciaire de Braga en 2008 révélant ainsi qu'un tel comportement risque de se maintenir à l'avenir. Par ailleurs, si l'intéressé justifie d'une durée de présence en France non-négligeable, laquelle, au regard des pièces du dossier, est établie à compter de 2015, d'une part, il a été incarcéré pendant 3 ans depuis 2021, d'autre part, il n'a travaillé, entre 2015 et 2021, que durant environ 14 mois. Il ressort également des pièces du dossier que M. E A ne parle pas la langue française et qu'il ne dispose d'aucune attache familiale en France, ses enfants résidant soit au Portugal, soit en Suisse, alors qu'au contraire, il dispose nécessairement d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu, suivant ses allégations quant à sa date d'entrée en France - lesquelles ne sont pas corroborées par les pièces du dossier - depuis 46 ans. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est ni soutenu ni allégué que le requérant, qui n'était d'ailleurs pas présent à l'audience, ne maintiendra pas son comportement à l'avenir, la circonstance qu'il ait travaillé durant son incarcération et qu'il justifie d'un contrat de travail à durée déterminé jusqu'au 12 janvier 2025 étant insuffisante à elle-seule pour contrebalancer le risque de récidive rendu plausible tant par le caractère répété des infractions qu'il a commises que par son isolement et son manque d'intégration dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits qui lui sont imputés, à leur caractère répété et à la faible intégration du requérant dans la société française, peu important à cet égard la circonstance qu'il ait bénéficié d'un régime de semi-liberté durant son incarcération, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que M. E A constituait par son comportement, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que le requérant serait en situation régulière :

8. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; () ".

9. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E A constitue, par son comportement, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il pouvait, dès lors, faire l'objet d'une mesure d'éloignement alors même que sa qualité de travailleur lui ouvrirait droit à un séjour de plus de trois mois. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce qu'il bénéficierait d'un droit au séjour permanent :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prise pour la transposition de ces dispositions : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ".

11. Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE, 17 avril 2018, B et Vomero aff. C-316/16 et C-424/16, point 61 ; CJUE 2 mai 2018, K. et H.F. aff. C-331/16 et C-366/16, point 73), que la protection spécifique dont bénéficie le citoyen de l'Union européenne en vertu de ces dispositions est subordonnée à la condition que l'intéressé dispose d'un droit de séjour permanent.

12. Par ailleurs, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que l'article 16, paragraphe 2 de la directive du 29 avril 2004 doit être interprété en ce sens que les périodes d'emprisonnement dans l'État membre d'accueil d'un ressortissant d'un pays tiers, membre de la famille d'un citoyen de l'Union ayant acquis le droit de séjour permanent dans cet État membre pendant ces périodes, ne peuvent être prises en considération aux fins de l'acquisition, par ce ressortissant, du droit de séjour permanent, au sens de cette disposition (CJUE, 16 janvier 2014, Nnamdi Onuekwere c/ Secretary of State for the Home Department, aff. C-378/12). Eu égard à la finalité poursuivie par le législateur européen, qui tend à conférer un droit au séjour permanent à l'étranger justifiant d'une insertion dans l'Etat membre d'accueil, une telle solution est transposable au citoyen d'un Etat membre de l'Union européenne. Dès lors, il y a lieu de considérer que les périodes d'emprisonnement d'un citoyen de l'Union dans l'État membre d'accueil ne peuvent être prises en considération aux fins de l'acquisition, par ce ressortissant, du droit de séjour permanent, au sens du paragraphe 1 de l'article 16 de cette même directive.

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français ". L'article L. 233-1 du même code, transposant les dispositions du paragraphe 1er de l'article 7 de la directive précitée, dispose que : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes du paragraphe 3 de l'article 7 de la directive du 29 avril 2004: " Aux fins du paragraphe 1, point a), le citoyen de l'Union qui n'exerce plus d'activité salariée ou non salariée conserve la qualité de travailleur salarié ou de non salarié dans les cas suivants : a) s'il a été frappé par une incapacité de travail temporaire résultant d'une maladie ou d'un accident; / b) s'il se trouve en chômage involontaire dûment constaté après avoir été employé pendant plus d'un an et s'est fait enregistré en qualité de demandeur d'emploi auprès du service de l'emploi compétent; / c) s'il se trouve en chômage involontaire dûment constaté à la fin de son contrat de travail à durée déterminée inférieure à un an ou après avoir été involontairement au chômage pendant les douze premiers mois et s'est fait enregistré en qualité de demandeur d'emploi auprès du service de l'emploi compétent; dans ce cas, il conserve le statut de travailleur pendant au moins six mois; / d) s'il entreprend une formation professionnelle. À moins que l'intéressé ne se trouve en situation de chômage involontaire, le maintien de la qualité de travailleur suppose qu'il existe une relation entre la formation et l'activité professionnelle antérieure ".

14. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 233-1 et du paragraphe 1 de l'article 7 de la directive ainsi que l'a d'ailleurs jugé la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE 21 décembre 2011, Ziolkowski et Szeja, C-424/10 et C-425/10, point 46 ; CJUE 2 mai 2018, K. et H.F. aff. C-331/16 et C-366/16, point 73) que le droit de séjour permanent des citoyens de l'Union européenne n'est acquis que si la personne concernée a séjourné légalement sur le territoire de l'État membre d'accueil pendant une période ininterrompue de cinq ans, cette condition de séjour " légal " s'entendant comme un séjour conforme aux conditions prévues par cette directive, notamment celles énoncées à l'article 7, paragraphe 1, transposé en droit interne à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il ne ressort pas des pièces produites par M. E A aurait eu la qualité de " travailleur ", le cas échéant en bénéficiant des dispositions prévues au paragraphe 3 de l'article 7 de la directive précitée, pendant une période depuis cinq années. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'intéressé aurait bénéficié de conditions de ressources suffisantes pendant une période ininterrompue de cinq années. Enfin, comme exposé précédemment, la période d'incarcération du requérant entre le 6 décembre 2021 et le 25 octobre 2024, ne peut être prise en compte aux fins de la reconnaissance d'un droit au séjour permanent. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de la protection instituée à l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

16. En premier lieu, par arrêté du 4 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Adrien Méo, secrétaire général de la préfecture du Loiret par intérim et signataire de la décision attaquée à l'effet de signer les actes pris en matière de police des étrangers. Le moyen doit donc être écarté.

17. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des circonstances de faits et de droit qui en constituent le fondement. Il est par suite suffisamment motivé.

18. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen personnel et attentif de la situation de M. D A.

19. En quatrième lieu, si M. E A fait valoir, au demeurant sans l'établir, qu'il est présent en France de manière habituelle depuis plus de 13 ans, il n'explique pas en quoi cette circonstance entacherait d'illégalité la décision attaquée.

20. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), lequel traite du principe de cohérence des politiques publiques et action de l'Union européenne, est inopérant à l'encontre de la décision attaquée.

21. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des stipulations des articles 21 et 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), à l'encontre de la décision en litige, ces stipulations étant mises en œuvre dans les conditions et limites fixées par la directive du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, elle-même transposée en droit interne au livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions qui, ainsi qu'il a été relevé précédemment, n'ont pas été méconnues par la préfète du Loiret.

22. En septième lieu, le paragraphe 1 de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres a été transposé en droit interne si bien que le requérant en peut utilement s'en prévaloir au soutien de la contestation de l'obligation de quitter le territoire français.

23. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'a porté d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E A par rapport aux buts en vue desquels il a été édicté. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

24. En neuvième lieu, pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle induit sur la situation personnelle du requérant.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

25. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. La décision comporte l'énoncé des circonstances de faits et de droit qui en constitue le fondement et est, par suite, suffisamment motivée ".

26. En l'espèce, bien que le requérant constitue une menace à l'ordre public, il fait l'objet d'une assignation à résidence et bénéficie de garanties de représentation du fait de son emploi et du logement dont il doit bénéficier à sa sortie d'incarcération. La préfète du Loiret ne justifie, par suite, d'aucune urgence de nature à justifier la réduction du délai de départ volontaire. Le requérant est par suite fondé à soutenir que la décision du 8 octobre 2024 portant refus d'accorder un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité.

27. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, le requérant est fondé à en demander l'annulation.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français et l'inscription au système d'information Schengen :

28. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision n'est pas entachée d'incompétence, qu'elle ne méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle n'est pas entachée d'erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public que constituerait le requérant par son comportement. Ces trois moyens doivent donc être écartés.

29. En deuxième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir d'une erreur de droit à l'aune des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que seul l'article L. 251-4 du même code trouve à s'appliquer à la situation de M. D A en tant que citoyen de l'Union européenne.

30. En troisième lieu, la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français vise les dispositions qui lui sont applicables et rappelle la situation personnelle de M. D A. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

31. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence dirigée à l'encontre de l'effacement dans le système d'information Schengen doit, eu égard à l'absence d'illégalité établie de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français, en tout état de cause être écarté.

Sur la décision portant assignation à résidence :

32. Eu égard à l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigée à l'encontre de la décision portant assignation à résidence être écarté.

33. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée à l'encontre de la décision portant assignation à résidence, M. D A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme demandée par M. E A au titre des frais non compris dans les dépens. Les conclusions formulées par le requérant en ce sens doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, contenue dans l'arrêté du 8 octobre 2024, est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné

Paul B

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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