Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404866

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404866
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de M. C A du logement qu'il occupe sans titre depuis sa retraite au sein de l'école maternelle Jean Baffier à Bourges. La juridiction a constaté l'urgence et l'utilité de la mesure, en raison du danger pour la sécurité des élèves lié à l'encombrement du logement et à l'absence de contrôle technique, ainsi que de l'occupation sans droit ni titre du domaine public scolaire. La solution retenue fait droit à la demande de la commune de Bourges, en fixant une astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance. Les textes appliqués sont l'article L. 521-3 du code de justice administrative et l'article L. 921-2 du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2024, la commune de Bourges demande au juge des référés :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C A du logement n° 1 au sein de l'école maternelle Jean Baffier sise au 137 de la rue Jean Baffier à Bourges (18000), sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance ;

2°) d'autoriser la ville de Bourges, à défaut pour l'occupant de déférer à l'injonction, à faire procéder à son expulsion à ses frais, risques et périls, en recourant à l'intervention d'un huissier, d'un serrurier, et de toute personne dont l'assistance sera utile, au besoin avec le concours de la force publique le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;

3°) d'autoriser la ville de Bourges à procéder à l'enlèvement de tous les objets mobiliers qui se trouveraient dans les locaux, après leur libération par M. C A, à ses frais.

La commune de Bourges soutient que :

- il y a urgence dès lors, de première part, que le local se situe sur le domaine public scolaire et plus précisément dans l'enceinte de l'école maternelle Jean Baffier à Bourges, juste au niveau de l'accueil périscolaire, de deuxième part, que l'état d'encombrement avancé du logement ne permet plus une accessibilité des lieux, qu'aucune attestation d'assurance n'a été fournie depuis plusieurs années et que le risque incendie existe fortement et les branchements électriques comme les systèmes de chauffage et d'aération sont source de danger, de troisième part, que les locaux étaient mis à disposition moyennant un loyer modique de 285 euros mensuel qui n'a pas été réglé depuis de nombreuses années et enfin que la situation personnelle de l'intéressé ne peut constituer une circonstance faisant obstacle à que la mesure demandée revête un caractère d'urgence ;

- il y a absence de contestation sérieuse dès lors que M. A ne dispose d'aucun titre autorisant sa présence dans ce logement.

La requête a été communiquée par voie administrative le 28 novembre 2024 à M. B A qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative (CJA) pour statuer en qualité de juges des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- et M. C A.

La commune de Bourges n'était ni présente ni représentée.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h20.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Lorsque le juge des référés est saisi d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence, d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

2. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que M. A bénéficiait depuis le 17 juillet 1990, au titre de ses fonctions de conseiller pédagogique, d'un logement dans l'enceinte de l'école maternelle Jean Baffier sise au 137 de la Jean Baffier à Bourges en application de l'article L. 921-2 du code de l'éducation. L'intéressé a été placé en position de retraite à compter du 1er septembre 2016. Le maire de la ville de Bourges a demandé à l'intéressé de quitter son logement par courriers des 21 mars 2017, 7 décembre 2017, 17 avril 2018, 5 septembre 2018, 30 juin 2020, 9 décembre 2020, 26 septembre 2022, 17 novembre 2022 et 29 novembre 2023 ainsi que, par les trois derniers courriers précités, de payer sa dette locative. Il est donc constant que M. A, placé en position de retraite, ne bénéficie plus du droit de se maintenir dans le logement susvisé pour lequel la commune fait valoir sans être contredite qu'une attestation d'assurance a été fournie pour la seule année 2021. Par ailleurs, le 12 mai 2023, à la demande de la ville de Bourges, l'entreprise Defim a été chargée de procéder au diagnostic immobilier du logement intéressé ce qui n'a pas été rendu possible en raison de l'état d'encombrement du logement. Les photographies établies par l'entreprise Defim montre un logement particulièrement encombré empêchant tout contrôle de sécurité alors que ledit logement se situe dans le bâtiment même d'une école donnant d'ailleurs sur la cour de récréation en sorte qu'un danger existe pour les élèves à cet égard. En outre, la commune de Bourges apporte la preuve que M. A a créé une entreprise de création artistique relevant des arts plastiques depuis le 1er novembre 2020 dont l'adresse est celle du logement occupé au sein de l'école maternelle sans contesté qu'aucune autorisation n'ait été préalablement délivrée par la commune de Bourges. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que l'école maternelle ne serait plus affectée au service public de l'éducation nationale.

3. À l'audience, M. A reconnaît devoir quitter le logement. Il fait toutefois valoir ne pas connaître les motifs pour lesquels du jour au lendemain les prélèvements mensuels puis trimestriels du loyer se sont arrêtés depuis à peu près deux ou trois ans, qu'il est assuré chez l'assureur Maif et qu'il peut produire l'attestation d'assurance en cours, que suite à la venue en son logement de l'entreprise Cham, chauffagiste, il a été constaté la nécessité de changer plusieurs pièces de l'appareil de chauffage ce qu'a refusé de faire le gestionnaire, la ville de Bourges ou l'agglomération Bourges Plus, en sorte qu'il ne dispose plus de chauffage dans son logement et enfin qu'il ne peut être expulsé de son logement eu égard à la " trêve hivernale ". Toutefois, outre la circonstance que ladite trêve prévue par les dispositions de l'article L. 613-3 du code de la construction et de l'habitation interdisant de procéder aux mesures d'expulsion entre le 1er novembre de chaque année et le 15 mars de l'année suivante n'est pas applicable aux expulsions du domaine public (CE, 22 septembre 2017, n° 407031, B), les autres circonstances invoquées sont sans incidence sur les conditions du présent référé dès lors qu'aucun document n'est fourni à leur appui.

4. Il résulte de ce qui précède que la mesure demandée par la commune de Bourges, qui ne se heurte à aucune contestation sérieuse, présente un caractère utile. Il y a lieu dans ces conditions d'enjoindre à M. A, occupant sans titre, de libérer le logement n° 1 au sein de l'école maternelle Jean Baffier sise au 137 de la rue Jean Baffier à Bourges (18000) dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de cent euros par jour de retard. Passé ce délai et en l'absence de départ volontaire, la commune pourra recourir au concours de la force publique et, à titre de mesures provisoire ou conservatoire, procéder à l'expulsion de M. A aux frais, risques et périls de ce dernier, en recourant à l'intervention d'un huissier, d'un serrurier, et de toute personne dont l'assistance sera utile ainsi qu'à procéder à l'enlèvement de tous les objets mobiliers qui se trouveraient dans les locaux, après leur libération par M. A, aux frais de ce dernier (mutatis mutandis CE, 14 avril 2023, n° 466993, B).

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. C A de libérer le logement n° 1 au sein de l'école maternelle Jean Baffier sise au 137 de la rue Jean Baffier à Bourges (18000) dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de cent euros par jour de retard.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. C A, la commune de Bourges pourra recourir au concours de la force publique et procéder à l'expulsion de ce dernier à ses frais, risques et périls, en recourant à l'intervention d'un huissier, d'un serrurier, et de toute personne dont l'assistance sera utile ainsi qu'à procéder à l'enlèvement de tous les objets mobiliers qui se trouveraient dans les locaux, après leur libération par M. C A, à ses frais.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifié à la commune de Bourges et à M. B A.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Cher.

Fait à Orléans le 10 décembre 2024.

Le juge des référés,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Julie LACOTE

La République mande et ordonne au préfet du Cher et à la commune de Bourges en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.