Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405253

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405253
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B A qui demandait la suspension de plusieurs décisions du bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges refusant de désigner ou de décharger des avocats au titre de l'aide juridictionnelle. Le juge a estimé que ces demandes, fondées sur les articles L. 521-1 et L. 521-3 du code de justice administrative, ne relevaient pas de la compétence de la juridiction administrative. En effet, les décisions du bâtonnier relatives à la désignation d'un avocat dans le cadre de l'aide juridictionnelle sont des actes de gestion du service public judiciaire, dont le contentieux relève de l'autorité judiciaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2024, M. B A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 octobre 2024 du bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges refusant de désigner un avocat au titre de l'aide juridictionnelle pour le représenter dans une procédure devant le juge de l'exécution de Bourges, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) d'enjoindre au bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges de désigner un nouvel avocat au titre de l'aide juridictionnelle pour le représenter dans cette procédure devant le juge de l'exécution de Bourges, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 octobre 2022 du bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges refusant de décharger l'avocat, désigné au titre de l'aide juridictionnelle, pour le représenter dans une procédure devant la cour d'appel de Bourges, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de suspendre l'exécution de la décision du 24 septembre 2024 du bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges refusant de désigner un avocat au titre de l'aide juridictionnelle pour le représenter dans plusieurs procédures devant la cour d'appel de Bourges et dans une procédure d'instruction au tribunal judiciaire de Bourges, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

5°) d'enjoindre au bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges de désigner un nouvel avocat au titre de l'aide juridictionnelle pour sa représentation obligatoire dans une procédure devant la cour d'appel de Bourges, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

6°) d'enjoindre au bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges de désigner un avocat au titre de l'aide juridictionnelle pour sa représentation obligatoire dans plusieurs procédures devant la cour d'appel de Bourges et dans une procédure d'instruction au tribunal judiciaire de Bourges, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de l'ordre des avocats de Bourges une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2405104 du 5 décembre 2024 ;

- l'ordonnance n° 2405241 du 9 décembre 2024 ;

Vu :

- le code de procédure civile ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative.

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Les mesures ainsi sollicitées ne doivent pas être manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.

3. La loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique prévoit, à son article 2, que les personnes physiques dont les ressources sont insuffisantes pour faire valoir leurs droits en justice peuvent bénéficier d'une aide juridictionnelle, et à son article 25, que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle a droit à l'assistance d'un avocat choisi par lui ou, à défaut désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats. Il résulte de l'article 76 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi qu'à défaut de choix exprimé par le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ou de production du document attestant l'acceptation de l'avocat choisi par lui, la désignation est effectuée par le représentant de la profession qui siège au bureau ou à la section du bureau d'aide juridictionnelle, à condition qu'il ait reçu délégation du bâtonnier à cet effet, ou à défaut, par le bâtonnier lui-même. Selon l'article 78 de ce décret, dans tous les cas où un avocat qui prêtait son concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle est déchargé de sa mission, un remplaçant est immédiatement désigné à défaut de choix par le bénéficiaire. Par ailleurs, aux termes de l'article 419 du code de procédure civile : " Le représentant qui entend mettre fin à son mandat n'en est déchargé qu'après avoir informé de son intention son mandant, le juge et la partie adverse. / Lorsque la représentation est obligatoire, l'avocat ne peut se décharger de son mandat de représentation que du jour où il est remplacé par un nouveau représentant constitué par la partie ou, à défaut, commis par le bâtonnier ou par le président de la chambre de discipline ".

4. Les décisions que le bâtonnier peut être amené à prendre, tant en application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, que sur le fondement de l'article 419 du code de procédure civile, lesquelles dispositions n'impliquent aucune appréciation du fond du litige, ne peuvent faire l'objet d'un recours que devant le juge judiciaire.

5. M. A demande à la juge des référés, indifféremment sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-3, de suspendre l'exécution de décisions du bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges refusant de désigner un avocat au titre de l'aide juridictionnelle pour l'assister dans le cadre de diverses procédures en cours devant le juge judiciaire et d'enjoindre au même bâtonnier de procéder à ces désignations. De telles conclusions ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative. Il y a donc lieu de rejeter la requête en toutes ses conclusions comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

6. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". En l'espèce, la requête de M. A, qui a présenté des requêtes similaires, rejetées par la juge des référés les 5 et 9 décembre 2024, présente un caractère abusif. Il y a lieu de condamner M. A à payer une amende de 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A est condamné à payer une amende de 500 euros en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Cher.

Copie en sera adressée pour information au bâtonnier de l'ordre des avocats de Bourges.

Fait à Orléans, le 23 décembre 2024.

La juge des référés,

Sophie C

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.