Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405375
mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2405375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Vieillemaringe, avocat, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté pris à son encontre le 15 novembre 2024 par le préfet d'Indre-et-Loire ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision au fond ;
3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil.
M. A soutient que :
- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : la décision attaquée modifie sa situation juridique puisqu'il passe d'une situation administrative régulière à une situation irrégulière ; elle entraîne la suspension de son contrat d'apprentissage et de sa scolarité ; il se retrouve ainsi sans ressources et dans une situation de grande vulnérabilité ;
- les moyens qu'il soulève sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse : cette décision ne satisfait pas à l'exigence de motivation résultant des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande de titre de séjour ; le préfet a commis une erreur de droit en n'appréciant pas le caractère réel et sérieux de la formation suivie, ainsi que l'impose l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a également commis une erreur de droit en se fondant sur l'absence de liens particuliers en France, condition qui n'est pas prévue par ces dispositions ; contrairement à ce qu'a estimé le préfet, il n'a commis aucune fraude sur son âge ; le préfet, qui n'a pas porté une appréciation globale sur sa situation, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a également entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet d'Indre-et-Loire, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2405374, enregistrée le 14 décembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 15 novembre 2024 susvisé du préfet
d'Indre-et-Loire.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 30 décembre 2024 à 14 heures, le juge des référés a présenté son rapport et entendu les observations de Me Gauthier, substituant Me Vieillemaringe, qui persiste dans les conclusions de la requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 heures 10.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais déclarant être né le 27 août 2006, est entré en France le 20 mai 2022. Par un jugement en assistance éducative du 25 août 2023, la juge des enfants au tribunal judiciaire de Tours, saisie par le requérant après que le président du conseil départemental d'Indre-et-Loire a refusé de le prendre en charge, a ordonné son placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance de ce département. Le 22 août 2024, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 novembre 2024, le préfet d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision de refus de titre de séjour contenue dans cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il y a lieu en l'espèce, par application de ces dispositions, d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A, inscrit au centre de formation d'apprentis de Saint-Pierre-des-Corps pour la préparation du certificat d'aptitude professionnelle de peintre applicateur de revêtements, bénéficie depuis le 25 mars 2024 d'un contrat d'apprentissage dans une entreprise de peinture. Son employeur et maître de stage atteste de son sérieux et des qualités dont il fait preuve dans cet apprentissage. La décision de refus de titre de séjour litigieuse a pour effet de faire obstacle à la continuation tant de ce contrat d'apprentissage que de la formation dans laquelle M. A s'est engagé. Dans ces conditions, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie en l'espèce.
6. D'autre part, en l'état de l'instruction - et alors que le préfet d'Indre-et-Loire n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas représenté à l'audience - le moyen tiré de ce que c'est à tort que le préfet a fondé sa décision sur une fraude commise par le requérant quant à sa minorité est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus de titre de séjour litigieux.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 15 novembre 2024, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2405374 dirigées contre cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet d'Indre-et-Loire munisse M. A d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au réexamen de sa demande de titre de séjour ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de délivrer cette autorisation provisoire de séjour au requérant dès la notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
9. La présente ordonnance admet M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Vieillemaringe dans les conditions prévues par ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 15 novembre 2024 susvisée du préfet d'Indre-et-Loire est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2405374 dirigées contre cette décision.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer à M. A, dès la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au réexamen de sa demande de titre de séjour ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa requête au fond.
Article 4 : L'Etat versera à Me Vieillemaringe une somme de 1 200 euros dans les conditions prévues par l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet d'Indre-et-Loire.
Fait à Orléans, le 31 décembre 2024.
Le juge des référés,
Frédéric B
La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.