Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405571

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de la délibération n° 2024/145 de la communauté de communes du Pithiverais Gâtinais. Cette délibération approuvait l'exercice des compétences eau et assainissement et fixait les nouveaux tarifs au 1er janvier 2025. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car l'association requérante ne justifie pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts ou à ceux des usagers, l'augmentation tarifaire invoquée ne caractérisant pas, à elle seule, une urgence au sens de la procédure de référé. Aucun des moyens soulevés, tirés notamment de l'absence d'obligation de transfert des compétences et du défaut d'information préalable, n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la délibération au regard des textes applicables, dont la loi n° 2018-702 du 3 août 2018.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2024, l'Association des résidents d'Auxy (ADRA) demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la délibération n° 2024/145 adoptée le 10 décembre 2024 par laquelle le conseil de la communauté de communes du Pithiverais Gâtinais a approuvé l'exercice des compétences en matière d'eau et d'assainissement et adopté les tarifs applicables à compter du 1er janvier 2025.

Elle soutient que :

* la condition d'urgence est satisfaite dès lors que :

- la délibération adoptée doit être mise en œuvre dès le 1er janvier 2025 ;

- elle aura une incidence importante sur les usagers en raison de la forte augmentation des tarifs de l'eau et de l'assainissement ;

* il existe un doute sérieux sur sa légalité au motif que :

- les communautés de communes ne sont plus tenues de prendre obligatoirement en charge les compétences en matière d'eau et d'assainissement à compter du 1er janvier 2026, ainsi que l'a annoncé le premier ministre qui a donc modifié le calendrier de transfert et ainsi qu'il découle de la proposition de loi n° 4466 adoptée par le Sénat le 18 octobre 2024 et le dépôt d'une proposition de loi le 29 octobre 2024 à l'Assemblée nationale ;

- l'obligation d'information de la part des fournisseurs exigée par la loi du 17 mai 2011 n'a été mise en place qu'une vingtaine de jours avant l'application des nouveaux tarifs adoptés ;

- cette augmentation des tarifs associée à la TVA applicable va pénaliser les particuliers et les professionnels ;

- cette augmentation n'est pas justifiée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les statuts de l'association produits par la requérante enregistrés au greffe le 30 décembre 2024.

Vu :

- le recours au fond enregistré sous le n° 2405569 au greffe du tribunal de céans le 27 décembre 2024.

- les autres pièces du dossier.

-

Vu :

- le décret n° 2012-1078 du 24 septembre 2012 relatif à la facturation en cas de fuites sur les canalisations d'eau potable après compteur ;

- la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d'amélioration de la qualité du droit ;

- la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République ;

- la loi n° 2018-702 du 3 août 2018 relative à la mise en œuvre du transfert des compétences eau et assainissement aux communautés de communes ;

- la loi n° 2019-1461 du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que le conseil communautaire de la communauté de communes du Pithiverais Gâtinais (CCPG) a adopté le 10 décembre 2024 la délibération n° 2024/145 approuvant l'exercice des compétences en matière d'eau potable et d'assainissement collectif à compter du 1er janvier 2025 et fixant les tarifs applicables et différenciés selon les communes membres à compter du 1er janvier 2025 destinés à couvrir les dépenses liées à la gestion de ces services publics. Par la présente requête, l'Association des résidents d'Auxy (ADRA) demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette délibération.

Sur le cadre juridique applicable :

2. Tout d'abord, selon l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales, " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial. ".

3. Ensuite, selon l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales : " I. ' La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : () 6° Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8, sans préjudice de l'article 1er de la loi n° 2018-702 du 3 août 2018 relative à la mise en œuvre du transfert des compétences eau et assainissement aux communautés de communes ; / 7° Eau, sans préjudice de l'article 1er de la loi n° 2018-702 du 3 août 2018 relative à la mise en œuvre du transfert des compétences eau et assainissement aux communautés de communes./ La communauté de communes peut déléguer, par convention, tout ou partie des compétences mentionnées aux 6° et 7° du présent I ainsi que la compétence relative à la gestion des eaux pluviales urbaines définie à l'article L. 2226-1 à l'une de ses communes membres. () ".

4. Enfin, l'article 1er de la loi n° 2018-702 du 3 août 2018 relative à la mise en œuvre du transfert des compétences eau et assainissement aux communautés de communes, tel qu'il résulte de sa modification par l'article 14,V de la loi n° 2019-1461 du 27 décembre 2019 relative à l'engagement dans la vie locale et à la proximité de l'action publique dispose : " Les communes membres d'une communauté de communes qui n'exerce pas, à la date de la publication de la présente loi, à titre optionnel ou facultatif, les compétences relatives à l'eau ou à l'assainissement peuvent s'opposer au transfert obligatoire, résultant du IV de l'article 64 de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République, de ces deux compétences, ou de l'une d'entre elles, à la communauté de communes si, avant le 1er juillet 2019, au moins 25 % des communes membres de la communauté de communes représentant au moins 20 % de la population délibèrent en ce sens. En ce cas, le transfert de compétences prend effet le 1er janvier 2026. / Le premier alinéa du présent article peut également s'appliquer aux communes membres d'une communauté de communes qui exerce de manière facultative à la date de publication de la présente loi uniquement les missions relatives au service public d'assainissement non collectif, tel que défini au III de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales. En cas d'application de ces dispositions, le transfert intégral de la compétence assainissement n'a pas lieu et l'exercice intercommunal des missions relatives au service public d'assainissement non collectif se poursuit dans les conditions prévues au premier alinéa du présent article./ Si, après le 1er janvier 2020, une communauté de communes n'exerce pas les compétences relatives à l'eau et à l'assainissement ou l'une d'entre elles, l'organe délibérant de la communauté de communes peut également, à tout moment, se prononcer par un vote sur l'exercice de plein droit d'une ou de ces compétences par la communauté. Les communes membres peuvent toutefois s'opposer à cette délibération, dans les trois mois, dans les conditions prévues au premier alinéa. ".

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

6. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu notamment des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

7. L'article L. 522-3 dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

8. Si l'Association des résidents d'Auxy soutient que l'urgence serait justifiée en raison de l'entrée en vigueur imminente de la délibération du 10 décembre 2024 au 1er janvier 2025, elle ne justifie cependant pas que la seule augmentation des tarifs en matière d'eau et d'assainissement de manière différenciée entre les communes préjudicierait de manière suffisamment grave aux intérêts des personnes qu'elle soutient représenter et défendre les intérêts. L'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant ainsi manifestement pas établie, il y a lieu, dès lors, de rejeter la requête de l'association requérante par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'Association des résidents d'Auxy est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association des résidents d'Auxy.

Copie en sera adressée pour information à la communauté de communes du Pithiverais Gatinais.

Fait à Orléans, le 31 décembre 2024.

Le juge des référés,

Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.