Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2501624
mardi 15 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2501624 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | EL OUAFI |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2501624 le 5 avril 2025, composée d'une requête et d'un mémoire ainsi que de pièces enregistrés les 7 et 10 ainsi que le 12 février 2025 au greffe du tribunal administratif de Rouen et d'une lettre de la préfète de la Mayenne enregistrée le 4 avril 2025 au greffe du tribunal administratif de Nantes, M. F G, retenu à la date d'enregistrement de la requête au greffe du tribunal administratif d'Orléans au centre de rétention administrative d'Olivet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2025 par lequel la préfète de la Mayenne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Mayenne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous une astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
M. G soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* méconnaît le droit d'être entendu garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne
* est insuffisamment motivée ;
* viole son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " au regard de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement et méconnaît l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
* est insuffisamment motivée ;
* viole son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. G n'est fondé.
Le centre de rétention administrative d'Olivet a communiqué des pièces enregistrées le 14 avril 2025.
M. G, représenté par Me Hajji, a communiqué des pièces enregistrées les 14 et 15 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- les observations de Me Hajji, représentant M. G, qui :
* conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
* soutient, en outre, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français le défaut d'examen sérieux ;
* et demande qu'il soit enjoint à la préfète de la Mayenne de délivrer à M. G un récépissé de demande de titre de séjour ainsi que de mettre à la charge de l'État une somme de huit cents euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- et M. G qui indique avoir toujours travaillé y compris en apprentissage pour l'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en 2018, qu'il connaît plus la France que son pays d'origine et qu'il a des liens en France notamment avec les familles d'accueil.
La préfète de la Mayenne n'était ni présente ni représentée.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h34.
L'audience s'est tenue selon les modalités prévues au premier alinéa de l'article L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un procès-verbal a été établi dans les conditions prévues au troisième alinéa de l'article L. 922-3 précité et à l'article R. 922-22 du même code.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant ivoirien, né le 2 mars 1999 à Adjame (République de Côte d'Ivoire), est entré en France le 13 novembre 2015 alors mineur selon ses déclarations puis a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du Finistère par une ordonnance du tribunal pour enfants de D jusqu'au 28 février 2017. Par un arrêté du 11 février 2019, le préfet du Finistère a refusé à l'intéressé son admission au séjour, refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, arrêté annulé par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 6 juin 2019 enjoignant au préfet de délivrer au requérant un titre provisoire dans l'attente du réexamen de sa situation. L'intéressé a été bénéficiaire d'une autorisation de séjour valable du 13 juin 2019 au 13 septembre 2019. Par un arrêté du 10 octobre 2019, la même autorité a refusé l'admission au séjour de l'intéressé, refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, annulé par un jugement du même tribunal du 30 janvier 2020 enjoignant au préfet de délivrer au requérant une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. M. G a donc été bénéficiaire d'un tel titre de séjour valable du 12 juin 2020 au 11 juin 2021 puis d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 12 juin 2021 au 11 juin 2023, puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 3 janvier 2024 au 2 janvier 2025 délivrée par le préfet de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 7 février 2025, la préfète de la Mayenne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois. Par arrêté du 4 avril 2025, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 8 avril 2025 confirmée par une ordonnance de la cour d'appel d'Orléans du 10 avril 2025. M. G demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 février 2025.
Sur le moyen commun aux différentes décisions :
2. Par un arrêté n° 53-2024-12-20-00002 du 20 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 53-2024-195 du même jour, la préfète de la Mayenne a donné à Mme C E, attachée principale d'administration de l'État, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.
Sur le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
3. La première phrase de l'alinéa premier de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
4. D'une part, M. G ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire français dès lors que la motivation de cette décision est explicitement prévue à la première phrase de l'alinéa premier de l'article L. 613-1 précité.
5. D'autre part, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en litige du 7 février 2025 de la préfète de la Mayenne mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et notamment citent la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent des éléments de la situation personnelle de M. G et indiquent que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si l'intéressé soutient que la décision n'est pas motivée quant à la durée de son séjour en France, force est de constater que la préfète procède à une analyse globale de la situation du requérant prenant en considération tant sa date d'entrée en France et donc la durée de son séjour et sa situation personnelle tant sur le territoire français que dans son pays d'origine. Les décisions attaquées sont par ailleurs particulièrement bien motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses doit être écarté comme manquant en fait.
Sur spécifiquement la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".
7. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. G a été entendu à plusieurs reprises par les services de police tout au long des procédures dont il fait l'objet et notamment lors des auditions des 24 janvier 2025 à 0 heure par les forces de police alors qu'il était encore retenu pour vérification de son droit au séjour, 7 février 2025 à 8 heures 25 par les forces de police alors qu'il était encore placé en garde à vue et 4 avril 2025 à 9 heures 30 par les forces de la gendarmerie nationale alors qu'il était encore placé en garde à vue. Il résulte des procès-verbaux de ces auditions, signés par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. G aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dès lors, d'une part, M. G ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. "
10. Le principe de la présomption d'innocence, garanti par les dispositions précitées, n'a vocation à s'appliquer qu'en matière répressive, dont ne relèvent pas la décision attaquée. Dès lors, M. G ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français (voir par exemple dernièrement CAA Nancy, ordo, 20 septembre 2024, n° 24NC01733).
11. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. G a effectivement entamé des démarches en vue du renouvellement de son titre de séjour, force est de constater que la copie d'écran de la page du site internet " démlarches-simplifiees.fr " à en-tête de la préfecture de la Loire-Atlantique porte deux mentions " brouillon " en sorte que la demande de renouvellement, faite à deux reprises les 23 août 2023 et 12 décembre 2024, n'est pas complète. S'il soutient à l'audience avoir rencontré des difficultés techniques avec ledit site et être dans l'attente d'un rendez-vous en préfecture suite à un contact avec cette dernière, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, il ne peut être considéré qu'une démarche aboutie de demande de renouvellement d'un titre de séjour a été réalisée en sorte que le fondement de la décision attaquée du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être contesté. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
12. En quatrième lieu, M. G soutient l'erreur dans l'appréciation de la menace à l'ordre public notamment dès lors qu'il conteste formellement à l'audience ces mentions qui, en tout état de cause, n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pénale. La préfète, en défense, n'apporte aucun élément confirmant les mentions ainsi portées dans la motivation de son arrêté querellé en sorte qu'elle ne justifie pas, alors que ces mentions sont clairement contestées à l'audience, l'appréciation qu'elle a porté sur le comportement de l'intéressé au regard de l'ordre public. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en tant qu'elle est fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 6. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la présente annulation n'emporte aucune conséquence.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. M. G fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il s'y trouve depuis 2015 soit bientôt dix ans, qu'il y a construit des liens sociaux dont un cercle social important, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il attend leur premier enfant. Toutefois, si sa durée de présence résulte des termes mêmes de la décision attaquée, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses autres dires. À cet égard, les seules attestations d'hébergement d'une personne se présentant comme sa demi-sœur, attestations au demeurant postérieures à la décision en litige et ne présentant aucune antériorité, sont insuffisantes pour estimer l'existence de relations fortes entre ces deux personnes, alors même que dans le procès-verbal du 4 avril 2025 cité au point 8 il indique n'avoir aucune famille en France. Concernant le concubinage allégué, s'il ressort de l'attestation du 14 avril 2025 de Mme A B qu'elle déclare entretenir une relation amoureuse avec le requérant depuis un an et qu'il a pris une place importante dans sa vie et celle de ses filles dont la plus âgée (13 ans), à supposer exact une telle relation qui ne ressort que de cette attestation ainsi qu'une simple mention dans le procès-verbal précité, elle n'existerait que depuis une année ce qui est très récent. En outre, si le requérant indique dans ses écritures que sa concubine attend un enfant de ses œuvres, cette dernière n'en fait pas été dans son attestation. Enfin, M. G, sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de quinze ans et où il déclare avoir sa famille. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, et même s'il a obtenu son attestation scolaire de sécurité routière du niveau 2 en 2017 et son certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en qualité de menuisier installateur en 2018 ainsi qu'une attestation de formation " 1er témoin niveau 2 " dans le domaine de la protection incendie en août 2023, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En sixième lieu, M. G fait valoir avoir un employeur auprès duquel il a pu travailler dans le secteur de l'abattage de poulets tant qu'il bénéficiait d'un titre de séjour et qui attend de le reprendre. Il présente à l'appui de son moyen des bulletins de paie pour les mois de décembre 2020 et janvier 2021, une attestation de Pôle emploi montrant des périodes travaillées par périodes de plusieurs jours entre le 2 novembre 2020 et le 30 mai 2021, des bulletins de paie de février (du 22 au 28), de mars à décembre 2022, janvier, mai, juillet à septembre, novembre et décembre 2023, et janvier 2024 et un avenant au contrat de mission temporaire pour une période du 30 novembre au 14 décembre 2023. Il ressort de ces documents que les emplois occupés tant dans un abattoir que comme agent de récolte, ouvrier de production, agent de service, cuisinier et aide cuisinier notamment n'ont été à temps plein que quelques mois, les autres procurant un revenu bien inférieur au salaire minimum en sorte qu'ils ne permettent pas de considérer l'intéressé comme suffisamment intégré professionnellement. Par suite, et compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, la préfète de la Mayenne n'a entaché sa décision attaquée d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle du requérant.
16. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Toutefois, la seule circonstance selon laquelle sa compagne serait en état de grossesse à la date de la décision attaquée ne permet pas à M. G d'invoquer utilement les stipulations précitées à raison, dans son cas précis, d'un enfant à naître.
Sur spécifiquement la décision portant refus de délai de départ volontaire :
17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
19. En deuxième lieu, pour refuser à M. G le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète de la Mayenne a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre (1° de l'article L. 612-2) en précisant les faits retenus. Par suite, la décision est suffisamment motivée.
20. En dernier lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 12 que c'est sans erreur d'appréciation que la préfète de la Mayenne a pu estimer que le comportement de M. G constituait une menace pour l'ordre public. Au surplus, il résulte des procès-verbaux cités au point 8 qu'il a déclaré ne pas vouloir quitter le territoire au sens des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4°) L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".
Sur spécifiquement la décision fixant le pays de destination :
21. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées (). ".
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
23. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. Au surplus, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux cités au point 14.
24. En dernier lieu, si M. G, en soulevant le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, a entendu en réalité soulever le moyen tiré de l'erreur d'appréciation (CE, 6 novembre 1987, n° 65590, A), ce moyen doit être écarté dès lors qu'il ne fait état d'aucune risque en cas de retour dans son pays d'origine, à savoir la République de Côte d'Ivoire. Toutefois, si le moyen est le même que celui cité au point 15, il y a lieu, à le supposer opérant, de l'écarter pour les mêmes motifs.
Sur spécifiquement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
26. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
27. Enfin, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
28. Contrairement à ce que soutient M. G, la motivation de la décision attaquée, rappelée précédemment, en sus de la citation de l'article L. 612-10 précité, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Par ailleurs, contrairement à ce que précise le requérant dans ses écritures, la décision contestée n'est pas fondée sur l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur l'article L. 612-6 du même code. La décision est donc suffisamment motivée. Par ailleurs, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. G, la préfète de la Mayenne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à douze mois, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.
29. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 7 février 2025, par lesquelles la préfète de la Mayenne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et à la préfète de la Mayenne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.
Le magistrat désigné,
G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
N. ARCHENAULT
La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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