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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2505270

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2505270

vendredi 17 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2505270
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCHICHE RAPHAEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... demandant la suspension de son placement au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil. La juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'établissait pas que la décision attaquée, prise sur le fondement des articles L. 224-5 et suivants du code pénitentiaire, préjudiciait de manière grave et immédiate à sa situation. En conséquence, la demande de suspension a été rejetée sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Chiche, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 5 août 2025 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a décidé son placement au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil jusqu’au 5 août 2026 ;

2°) d’enjoindre à la direction du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, à la direction interrégionale des services pénitentiaires de Lille et au garde des sceaux, ministre de la justice de lever sans délai la mesure d’affectation au QLCO, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard, due à partir de 24 heures après sa notification ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 600 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le litige ressortit à la compétence du tribunal administratif d’Orléans en application de l’article R. 312-8 du code de justice administrative et dès lors qu’à la date de la décision attaquée, il était incarcéré au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran ;
- le litige ne peut être jugé par une ordonnance prise sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et qu’il demande à pouvoir répliquer aux observations de l’administration ;
- l’urgence résulte de ce que la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts en ce qu’elle le place dans une situation d’isolement de fait, qu’elle le prive d’exposition à la lumière naturelle vingt-trois heures par jour, qu’elle entrave son droit de mener une vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et ce alors que sa compagne, seule à le visiter, réside en région parisienne, que le parloir est équipé d’un dispositif de séparation et que les dispositions relatives aux unités de vie familiale et aux parloirs familiaux ne s’appliquent pas, et qu’enfin, elle l’assujettit à des fouilles corporelles intégrales systématiques contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors, d’une part, que l’article L. 224-5 du code pénitentiaire, sur lequel se fonde la décision attaquée, crée une différence de traitement entre les personnes prévenues, mises en examen ou accusées et les personnes condamnées et porte ainsi une atteinte injustifiée et disproportionnée au principe d’égalité devant la loi, garantie par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et d’autre part, qu’il a pâti de cette différence de traitement puisqu’étant définitivement condamné, il n’a pas été tenu compte de l’avis très défavorable de la juge de l’application des peines à son affectation au QLCO.

Par un mémoire distinct, enregistré le 6 octobre 2025, M. B..., représenté par Me Chiche, demande à la juge des référés, en application de l’article 23-1 de l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 et à l’appui de sa requête, de transmettre au Conseil d’Etat la question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution de l’article L. 224-5 du code pénitentiaire.

Il soutient que les dispositions de cet article, qui sont applicables au litige et n’ont jamais été déclarées conformes à la Constitution, méconnaissent le principe d’égalité devant la loi tel que garanti par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 22 août 2025 sous le n° 2504469 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule et son article 61-1 ;
- l’ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 ;
- la décision n° 2025-585 DC du 12 juin 2025 du Conseil constitutionnel ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lesieux, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
Par une décision du 5 août 2025, prise sur le fondement des articles L. 224-5 et suivants du code pénitentiaire créés par la loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic, le garde des sceaux, ministre de la justice a décidé le placement de M. B..., alors incarcéré au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil jusqu’au 5 août 2026. Par sa requête, M. B... demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision et d’enjoindre aux autorités compétentes de lever sans délai cette mesure. Par un mémoire distinct, le requérant saisit la juge des référés d’une demande tendant à la transmission au Conseil d’Etat d’une question prioritaire de constitutionnalité relative à la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution des dispositions de l’article L. 224-5 du code pénitentiaire.

Sur la question prioritaire de constitutionnalité :

Il résulte des dispositions combinées des premiers alinéas des articles 23-1 et 23-2 de l’ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, que le tribunal administratif saisi d’un moyen tiré de ce qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution présenté dans un écrit distinct et motivé, statue sans délai par une décision motivée sur la transmission de la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil d’Etat et procède à cette transmission si est remplie la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu’elle n’ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances et que la question ne soit pas dépourvue de caractère sérieux.

Aux termes de l’article L. 224-5 du code pénitentiaire : « A titre exceptionnel, afin de prévenir la poursuite ou l'établissement de liens avec les réseaux de la criminalité et de la délinquance organisées, quelles que soient les finalités et les formes de ces derniers, les personnes majeures détenues pour des infractions entrant dans le champ d'application des articles 706-73,706-73-1 ou 706-74 du code de procédure pénale peuvent, sur décision du ministre de la justice, être affectées dans des quartiers de lutte contre la criminalité organisée, après avis du juge de l'application des peines compétent s'il s'agit d'une personne condamnée. S'il s'agit d'une personne prévenue, mise en examen ou accusée, il ne peut être procédé à l'affectation qu'après information du magistrat chargé de l'enquête ou de l'instruction et qu'à défaut d'opposition de sa part dans un délai de huit jours à compter de la réception de cette information ».

Le conseil constitutionnel a déjà déclaré conforme à la Constitution les dispositions litigieuses, dans les motifs et le dispositif de sa décision n° 2025-585 DC du 12 juin 2025. Aucun changement de circonstances survenu depuis cette décision n’est de nature à justifier que la conformité de cette disposition à la Constitution soit à nouveau examinée par le Conseil constitutionnel.

Au surplus, M. B... soutient que les dispositions critiquées sont contraires au principe d’égalité devant la loi, tel que garanti par les articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, dès lors qu’une décision de placement au QLCO d’une personne condamnée n’est prise qu’après avis du juge de l’application des peines alors que s’agissant des personnes prévenues, mises en examen ou accusées, le ministre de la justice doit s’assurer de l’absence d’opposition du magistrat chargé de l’enquête ou de l’instruction. Toutefois, les personnes condamnées sont dans une situation différente de celle des personnes prévenues, mises en examen ou accusées lesquelles bénéficient en particulier de droits et de garanties spécifiques dès lors qu’elles n’ont pas été définitivement condamnées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d’égalité devant la loi doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. B..., qui n’est pas nouvelle, ne présente, en tout état de cause, pas un caractère sérieux. Il n’y a, dès lors, pas lieu de la transmettre au Conseil d’Etat.

Sur les autres moyens :

M. B... n’invoque aucun autre moyen de nature à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais liés au litige, selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de transmettre au Conseil d’Etat la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. B....

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Copie en sera adressée pour information au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Orléans, le 17 octobre 2025.


La juge des référés,





Sophie LESIEUX


La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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