Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juin 2026, Mme A... C..., représentée par le cabinet d’avocats Estere, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 8 avril 2026 portant clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de réenregistrer et d’instruire sa demande de renouvellement dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l’Etat, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C... soutient que :
- la condition d’urgence est remplie en l’espèce : la décision contestée, qui a les mêmes effets qu’un refus de renouvellement, la place en situation irrégulière et la prive de la possibilité de poursuivre sa formation professionnalisante auprès de la Mermoz Academy ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, qui présente le caractère d’une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir : cette décision ne comporte pas les prénom, nom et qualité de son auteur ni la mention du service auquel il appartient, en méconnaissance des articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l’administration ; cette décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du même code ; elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux et individualisé de sa situation ; l’administration ne pouvait, sans méconnaître l’obligation d’instruction résultant de l’article L. 411-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, refuser de procéder à l’instruction de sa demande pour un motif étranger à la complétude de son dossier ; en fondant sa décision sur la circonstance qu’elle serait en contrat à durée indéterminée depuis 2019 et effectuerait « 40 heures par semaines », le préfet a entaché sa décision d’une erreur de fait ; le préfet a également méconnu les articles L. 422-1 et R. 433-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que l’annexe 10 de ce code.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2603539, enregistrée le 8 juin 2026.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B... pour statuer en qualité de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique du 29 juin 2026 à 11 heures, le juge des référés a présenté son rapport, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique à 11 heure 10.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., ressortissante de la République démocratique du Congo née le 10 février 1998, est entrée en France sous couvert d’un visa D portant la mention « étudiant », valable du 2 septembre 2020 au 2 septembre 2021. Elle a été ensuite munie de cartes de séjour afin de poursuivre ses études en France, et en dernier lieu d’une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 21 novembre 2025. Le 29 septembre 2025, elle a demandé le renouvellement de ce titre de séjour. Le 9 avril 2026, elle a pris connaissance, sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France, d’une « notification de clôture de la demande » mise à disposition la veille, émanant de « L’agent Instructeur Ministère de l’intérieur » et ainsi rédigée : « Au regard des éléments en notre possession, le dossier ne peut faire l’objet d’une instruction pour la raison suivante : Vous êtes en CDI depuis 2019 et vous effectuer 40 heures par semaines. Vous dépasser le volume horaire autorisé » [sic]. Mme C... demande au juge des référés de suspendre l’exécution de cette décision.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
En ce qui concerne l’urgence :
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.
4. La décision contestée, qui prononce la clôture de la demande de Mme C... au motif qu’elle n’aurait pas respecté les obligations qui s’imposent aux titulaires d’un titre de séjour en qualité d’étudiant, constitue ainsi un refus de renouvellement de titre de séjour. Le préfet d’Indre-et-Loire, qui n’a pas produit d’observations en défense et n’était ni présent ni représenté à l’audience, ne fait état d’aucune circonstance de nature à faire échec à la présomption d’urgence qui existe en cas de refus de renouvellement d’un titre de séjour. La condition d’urgence doit ainsi être regardée comme remplie en l’espèce.
En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
5. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l’administration, du défaut de motivation en droit de la décision litigieuse et de l’erreur de fait dont cette décision serait entachée sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant clôture de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C....
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C... est fondée à demander la suspension de la décision du 8 avril 2026 portant clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu’à ce qu’il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2603539 tendant à l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
7. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet d’Indre-et-Loire reprenne l’instruction de la demande de renouvellement de Mme C... et qu’il munisse la requérante, durant cet examen, d’une attestation de prolongation d’instruction. Il y a lieu d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire de prendre ces mesures dès la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat le versement à Mme C... d’une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 8 avril 2026 portant clôture de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C... est suspendue jusqu’à ce qu’il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2603539 tendant à l’annulation de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d’Indre-et-Loire, dès la notification de la présente ordonnance, de reprendre l’instruction de la demande de Mme C... et de munir la requérante d’une attestation de prolongation d’instruction.
Article 3 : L’Etat versera à Mme C... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... et au préfet d’Indre-et-Loire.
Fait à Orléans, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
Frédéric B...
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.