Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102060

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (3)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a confirmé la réduction de son droit au revenu de solidarité active au titre du mois de février 2021.

Elle soutient que :

- son inscription auprès de Pôle emploi a été réalisée mais non finalisée ;

- elle est en situation de difficulté, ayant à sa charge un enfant en situation de handicap.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, allocataire du revenu de solidarité active, a été informé, par courrier du 22 janvier 2021, de la décision du président du conseil département du Nord de réviser son allocation de revenu de solidarité active. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 15 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 22 janvier 2021 de révision de son allocation de revenu de solidarité active, à laquelle elle s'est substituée.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle ". Les articles L. 262-2 à L. 262-12 du même code définissent les conditions d'ouverture du droit au revenu de solidarité active tandis que les articles L. 262-27 à L. 262-39 définissent le droit des bénéficiaires du revenu de solidarité active à un accompagnement social et professionnel ainsi que leurs devoirs, notamment leurs engagements en matière d'insertion sociale ou professionnelle. A ce titre, en vertu du premier alinéa de l'article L. 262-28 du même code : " le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle ", le président du conseil départemental étant, en vertu de l'article L. 262-29 du même code, chargé d'orienter le bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le cadre des démarches qui lui incombent. Aux termes de l'article D. 262-65 du même code, " Le montant des revenus tirés de l'exercice d'une activité professionnelle en deçà duquel le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, en application de l'article L. 262-28 de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle est égal, en moyenne mensuelle calculée sur le trimestre de référence, à 500 euros ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; / 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire ; / 3° Lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active, accompagné par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail, a été radié de la liste mentionnée à l'article L. 5411-1 du même code ; / 4° Ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre () ". En vertu de l'article L. 262-38 du même code, cette suspension peut conduire, au terme d'une période définie par décret, à la radiation par le président du conseil départemental de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active. Le deuxième alinéa de cet article dispose que le bénéfice du revenu du solidarité active dans l'année qui suit la décision de suspension est subordonné à la signature préalable du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ou de l'un des contrats prévus par les articles L. 262-35 et L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles.

4. Il résulte de ces dispositions que toute personne bénéficiant du revenu de solidarité active qui est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à 500 euros par mois est, en contrepartie du droit à l'allocation, tenue à des obligations en matière de recherche d'emploi ou d'insertion sociale ou professionnelle. Si le président du conseil départemental est en droit de suspendre le versement du revenu de solidarité active dans les conditions prévues à l'article L. 262-37 précité, il ne peut légalement réviser de façon rétroactive les droits au revenu de solidarité active d'un bénéficiaire au motif que ce dernier n'a pas accompli, durant la période en cause, les démarches prévues à l'article L. 262-28 précité. Il ne peut davantage fonder un refus d'ouverture de droits au revenu de solidarité active sur un tel motif, sauf à ce que le demandeur ait fait l'objet d'une décision préalable de suspension de ses droits et n'ait pas signé un projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats prévus aux articles L. 262-35 et L. 262-36 du même code.

5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 4 décembre 2020, le président du conseil départemental du Nord a informé Mme A qu'en l'absence d'inscription à Pôle emploi et de signature du projet personnalisé d'accès à l'emploi prévu à l'article L. 262-34 du code de l'action sociale et des familles, il envisageait de réduire le montant de l'allocation de revenu de solidarité active versée et l'a invité à régulariser sa situation dans un délai d'un mois. En l'absence de démarche de sa part, le département du Nord a, par une décision du 22 janvier 2021, prise après avis de la commission pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du même code, procédé à la réduction des droits de la requérante au bénéfice de l'allocation de revenu de solidarité active pour le mois de février 2021, sans effet rétroactif. Mme A, qui ne conteste pas n'avoir pas souscrit de projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats prévus aux articles L. 262-35 et L. 262-36 du code de l'action sociale et des familles ne fait valoir aucun motif légitime au sens des dispositions précitées de l'article L. 262-37 du code précité, l'ayant empêché d'accomplir, avant l'expiration du délai fixé par le département du Nord, les démarches d'inscription et d'insertion auprès de Pôle emploi. Les difficultés personnelles et financières invoquées par la requérante sont, en outre, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il suit de là que le président du conseil départemental a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer la réduction de l'allocation de revenu de solidarité active de Mme A pour une durée d'un mois et confirmer cette sanction par la décision du 15 février 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision réduisant le versement de son allocation du revenu de solidarité active au titre du mois de février 2021. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département du Nord.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLa greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2102060