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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2105355

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2105355

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2105355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée sous le n° 2105355 le 5 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 6 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 27 juillet 2020, 14 avril 2020, 7 janvier 2020, 6 août 2018, 2 septembre 2017, 9 janvier 2017, 13 avril 2015, 4 décembre 2014, 25 novembre 2014, 29 mai 2014, 30 avril 2013 et 10 septembre 2011 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur son titre de conduite, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie ;

- les informations préalables obligatoires prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées à l'occasion de ces différentes infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 13 avril 2015, 4 décembre 2014 et 29 mai 2014 ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés à la suite des infractions commises les 13 avril 2015, 4 décembre 2014 et 29 mai 2014 ont fait l'objet d'une restitution, rendant les conclusions sur ce point sans objet ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 4 décembre 2014, 13 avril 2015 et 2 septembre 2017.

Vu les autres pièces du dossier.

II) Par une ordonnance du 14 décembre 2021 enregistrée le 16 décembre 2021 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au présent tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par A C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Paris le 5 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI du 6 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour défaut de points et lui a enjoint de restituer celui-ci dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 27 juillet 2020, 14 avril 2020, 7 janvier 2020, 6 août 2018, 2 septembre 2017, 9 janvier 2017, 13 avril 2015, 4 décembre 2014, 25 novembre 2014, 29 mai 2014, 30 avril 2013 et 10 septembre 2011 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés sur son titre de conduite, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie ;

- les informations préalables obligatoires prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées à l'occasion de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 2 septembre 2017, 13 avril 2015, 4 décembre 2014, 29 mai 2014 et 30 avril 2013 ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés à la suite des infractions commises les 2 septembre 2017, 13 avril 2015, 4 décembre 2014, 29 mai 2014 et 30 avril 2013 ont fait l'objet d'une restitution, rendant les conclusions sur ce point sans objet ;

- le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retrait de points est inopérant ;

- les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 avril 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 4 décembre 2014, 13 avril 2015 et 2 septembre 2017.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de Mme B au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée 48SI du 6 mai 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de M. C pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision 48SI ainsi que l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des 27 juillet 2020, 14 avril 2020, 7 janvier 2020, 6 août 2018, 2 septembre 2017, 9 janvier 2017, 13 avril 2015, 4 décembre 2014, 25 novembre 2014, 29 mai 2014, 30 avril 2013 et 10 septembre 2011.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2105355 et 2109783 tendent à l'annulation de la même décision par le même requérant, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route, dans sa version issue de la loi du 14 mars 2011 d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. / Le délai de deux ans mentionné au premier alinéa est porté à trois ans si l'une des infractions ayant entraîné un retrait de points est un délit ou une contravention de la quatrième ou de la cinquième classe. / Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ".

4. En l'espèce, s'il est constant que les points retirés à la suite des infractions constatées les 30 avril 2013, 29 mai 2014, 13 avril 2015, 4 décembre 2014 et 2 septembre 2017 ont été restitués à M. C respectivement les 30 novembre 2013, 22 mars 2015, 1er janvier 2016, 4 septembre 2015 et 23 août 2018, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, cette circonstance n'est pas, à elle-seule, susceptible de rendre sans objet les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions de retrait de points correspondantes, dès lors que cette restitution n'a pas pour effet de retirer les décisions de perte de points en litige et que ces décisions sont susceptibles de faire obstacle au bénéfice du mécanisme de récupération de points prévu au premier alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route.

5. Néanmoins, il résulte de l'instruction, et tout particulièrement du relevé d'information intégral versé à l'instance, qu'en raison des infractions commises par le requérant les 9 janvier 2017 et 6 août 2018, l'intéressé n'était, en tout état de cause, pas susceptible, même en l'absence des décisions de retrait de point prises à la suite des infractions constatées les 13 avril 2015, 4 décembre 2014 et 2 septembre 2017, de bénéficier des mesures prescrites aux trois premiers alinéas de l'article L. 223-6 du code de la route.

6. Il suit de là que les restitutions des points retirés suite aux infractions constatées les 13 avril 2015, 4 décembre 2014 et 2 septembre 2017 ont privé les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points correspondantes de leur objet avant même l'introduction de l'instance, et non en cours d'instance comme le soutient le ministre en défense, de sorte que ses conclusions doivent être rejetées comme étant irrecevables.

7. En revanche, il résulte de l'instruction, et tout particulièrement du relevé d'information intégral versé à l'instance, que la restitution des points retirés à la suite des infractions commises les 30 avril 2013 et 29 mai 2014 n'a pas privé d'objet les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points correspondantes dès lors qu'elles ont eu pour effet de priver M. C de la possibilité de bénéficier du mécanisme de récupération de points prévu à l'article L. 223-6 du code de la route. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le ministre de l'intérieur en défense ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la réalité des infractions :

8. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

9. En l'espèce, il ressort du relevé d'information intégral de M. C, dont les informations sont issues du système national des permis de conduire, d'une part, que ce dernier a acquitté les amendes forfaitaires qui lui ont été infligées suite aux infractions des 7 janvier 2020, 6 août 2018, 30 avril 2013 et 10 septembre 2011, d'autre part, que des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées ont été émis à son encontre suite aux infractions des 29 mai 2014, 25 novembre 2014, 9 janvier 2017, 14 avril 2020 et 27 juillet 2020.

10. Si le requérant conteste la réalité de ces infractions, il n'établit ni même n'allègue, pour les infractions en cause, avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de ces infractions ou de l'envoi des avis de contravention non plus qu'une réclamation ayant entrainé l'annulation du titre exécutoire et ne fait, par ailleurs, état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

11. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 10 septembre 2011 :

12. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles de ses articles A. 37 à A. 37-4 de ce code, issues de l'arrêté du 5 octobre 1999 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est relevée avec interception du véhicule mais sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ce dernier utilise un formulaire réunissant, en une même liasse autocopiante, le procès-verbal conservé par le service verbalisateur, une carte de paiement matériellement indispensable pour procéder au règlement de l'amende et l'avis de contravention, également remis au contrevenant pour servir de justificatif du paiement ultérieur, qui comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

13. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un formulaire conforme à ce modèle et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

14. Enfin, si l'intervention de l'arrêté du 5 octobre 1999 ne garantit pas, à elle seule, que des formulaires établis selon un modèle antérieur, où le document comportant les informations requises et celui nécessaire au paiement étaient entièrement distincts, n'aient pas continué à être utilisés pour la constatation des infractions, il résulte tant du règlement du Conseil du 3 mai 1998 concernant l'introduction de l'euro que des mesures législatives et réglementaires prises pour sa mise en œuvre, s'agissant notamment du montant des amendes, que de tels formulaires, libellés en francs, n'ont pu être employés après le 1er janvier 2002. Pour les infractions relevées avec interception du véhicule à compter de cette date, la mention au système national des permis de conduire du paiement ultérieur de l'amende forfaitaire permet donc au juge d'estimer que le titulaire du permis s'est vu remettre un avis de contravention comportant les informations requises.

15. Il ressort du relevé d'information intégral que M. C a payé l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction du 10 septembre 2011, relevée avec interception du véhicule, de manière différée, le 21 septembre 2011. Cette infraction a ainsi été constatée postérieurement au 1er janvier 2002. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comporteraient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de l'infraction du 10 septembre 2011 doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 6 août 2018 et 7 janvier 2020 :

16. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale en vigueur à la date des infractions litigieuses, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de 1'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

17. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C que les infractions des 6 août 2018 et 7 janvier 2020 ont été constatées par procès-verbal électronique. L'intéressé a payé les amendes forfaitaires respectivement les 3 septembre 2018 et 12 février 2020. M. C ne conteste pas ces éléments et n'allègue pas que les avis de contravention, qu'il a nécessairement reçus, seraient inexacts ou incomplets. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable, s'agissant de ces deux infractions, doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 30 avril 2013 :

18. Il résulte des arrêtés pris pour 1'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de 1'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

19. L'infraction commise le 30 avril 2013 a été constatée par radar automatique sans interception du véhicule. M. C a payé l'amende forfaitaire correspondante, ainsi qu'il ressort de son relevé d'information intégral. Il en découle que M. C a nécessairement reçu l'avis de contravention correspondant à cette infraction. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, et en l'absence de tout élément de nature à établir qu'il aurait été destinataire d'un avis inexact ou incomplet, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration ne s'est pas acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 9 janvier 2017 :

20. Il résulte de l'instruction que l'infraction constatée le 9 janvier 2017 a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, daté du même jour et signé par le requérant en dessous des mentions comportant l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Cette production est suffisante pour attester la délivrance de ces informations. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 29 mai 2014 :

21. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 29 mai 2014 a été constatée par procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit un double du procès-verbal électronique dressé à l'encontre de M. C à la suite de ladite infraction. Ce document informe le contrevenant du nombre de points qu'il est susceptible de perdre à la suite de l'infraction commise, mais ne comporte pas la mention de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité pour l'intéressé d'exercer son droit d'accès.

22. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ces éléments avaient été portés à la connaissance de M. C à l'occasion d'une infraction antérieure suffisamment récente, constatée le 30 avril 2013, ayant donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire de manière différée. Dans ces conditions, M. C n'a pas été, dans les circonstances de l'espèce, effectivement privé de la garantie liée à l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 29 mai 2014 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 27 juillet 2020 :

23. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. En conséquence, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Par ailleurs, la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la mention " N/A " possède également la même valeur probante durant toute la période d'application des règles sanitaires alors applicables pour lutter contre la covid-19, dès lors qu'elle permet d'attester que le contrevenant a pu prendre connaissance de ces informations, sans qu'il ait eu à apposer sa signature sur le document.

24. Il résulte de l'instruction que l'infraction du 27 juillet 2020 a fait l'objet d'un procès-verbal électronique. Le ministre de l'intérieur produit une copie de ce procès-verbal qui comporte les informations requises et porte la mention " N/A ", pour " non apposée ", établissant, compte tenu de ce qui précède, que l'intéressé a eu communication des informations suffisantes au regard des dispositions prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 14 avril 2020 et 25 novembre 2014 :

25. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 14 avril 2020 et 25 novembre 2014 ont été constatées par radar automatique. S'il ressort du relevé d'information intégral que ces infractions ont donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance, qui établit la réalité des infractions, n'est toutefois pas de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, si le ministre de l'intérieur produit un exemplaire anonymisé d'avis de contravention qui comporte les informations prescrites par l'article L. 223-3 du code de la route, ce document ne permet pas d'établir que M. C aurait été destinataire de l'avis émis à son encontre et, par suite, des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'intéressé est dès lors fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré trois points du capital de son permis de conduire à la suite de ces infractions sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 14 avril 2020 et 25 novembre 2014.

27. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Dès lors que la décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. C fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement et que le solde de points du permis de M. C est donc redevenu positif du fait de ces annulations, la décision ministérielle en date du 6 mai 2021, invalidant son permis de conduire et enjoignant sa restitution, doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

28. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

29. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, son permis de conduire ainsi que les trois points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 14 avril 2020 et 25 novembre 2014, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée 48SI du 6 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du titre de conduite de M. C pour défaut de points et lui a enjoint de le restituer, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 14 avril 2020 et 25 novembre 2014 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, son permis de conduire ainsi que les trois points illégalement retirés suite aux infractions des 14 avril 2020 et 25 novembre 2014, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2105355 et 2109783 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. B

La greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2105355, 2109783

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