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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2202116

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2202116

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2202116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mars 2022, 20 mai 2022 et 10 juin 2022, M. B A, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 9 décembre 2021 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Pas-de-Calais n'ayant justifié d'aucune procédure de vérification, ni auprès du consulat général de France au Mali, ni auprès de la direction zonale de la police aux frontières ; en tout état de cause, il n'a pas remis en cause l'authenticité du jugement supplétif ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, le préfet du Pas-de-Calais n'ayant pas saisi préalablement pour avis la commission prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il remplissait les conditions d'octroi d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne le pays fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par des mémoires, enregistrés les 28 avril 2022 et 9 juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 10 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2022.

Un mémoire, présenté pour M. A, a été enregistré le 28 juin 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 24 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Courtois a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien qui serait né le 30 avril 2003 au Mali et serait entré sur le territoire national le 6 mars 2019, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du Pas-de-Calais le 1er avril 2019. Il a sollicité le 21 juin 2021 un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale et son admission exceptionnelle au séjour en qualité de mineur placé à l'aide sociale à l'enfance après l'âge de seize ans. Par arrêté en date du 9 décembre 2021, dont M. A demande l'annulation au tribunal, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté litigieux a été signé par M. Francis Manier, conseiller d'administration au ministère de l'intérieur et directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Pas-de-Calais, qui disposait pour ce faire d'une délégation de signature consentie par l'arrêté n° 2020-10-31 du préfet du Pas-de-Calais du 22 avril 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque donc en fait et ne peut qu'être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision refusant de délivrer un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision attaquée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () ". En vertu de l'article L. 811-2 du même code, la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Aux termes de ce dernier article : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour un passeport malien valide du 14 décembre 2017 au 14 décembre 2022, un extrait d'acte de naissance n° 807RY17 du 23 octobre 2018 et un extrait de jugement supplétif du 22 octobre 2018. Toutefois, l'authenticité du passeport a été remise en cause par le préfet du Pas-de-Calais à la suite d'une analyse documentaire confiée à la direction interdépartementale de la police aux frontières, qui a conclu à la contrefaçon de ce document à raison de l'apposition d'une page d'état civil contrefaite comportant un fond d'impression en toner, caractérisé par les points alignés en lieu et place de l'offset et de l'effacement d'un tampon humide rectangulaire sur la page numéro sept. En outre, le défaut d'authenticité du passeport est également corroboré par les déclarations de M. A du 1er décembre 2021 quant à son obtention, ce dernier indiquant que, par souci de rapidité, le passeport a été réalisé au Mali et envoyé en France par ses parents, pour régulariser sa situation administrative alors que le document indique une date de délivrance au 14 décembre 2017. Ensuite, le préfet du Pas-de-Calais, pour remettre en cause l'authenticité de l'extrait d'acte de naissance n° 807RY17 du 23 octobre 2018 produit par M. A a pris en compte l'analyse documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières du 2 décembre 2021, qui relevait une erreur d'orthographe dans le mot " officier " dans le document produit. Le service compétent de la direction interdépartementale de la police aux frontières, saisi à une date postérieure à l'arrêté contesté, a par ailleurs apporté au préfet du Pas-de-Calais, le 25 mai 2022, en cours d'instance devant le tribunal de céans, la confirmation que plusieurs anomalies permettaient de remettre en cause la force probante de l'extrait d'acte de naissance, telles que l'absence de renseignement du champ réservé au numéro d'identification " NINA ", l'absence d'identification de l'imprimeur en marge, le mauvais alignement des cadres grisés, la mention père et mère écrites en majuscules au lieu d'être en minuscules, l'absence de qualité du signataire de l'acte pour établir l'acte de naissance selon la législation malienne et la rédaction des dates de naissance et de délivrance de l'acte en chiffres et non en lettres. Enfin, si le préfet du Pas-de-Calais n'a pas remis en cause, dans la décision attaquée, l'extrait de jugement supplétif du 22 octobre 2018, il a également produit en cours d'instance une analyse documentaire de ce document, réalisée le 28 mars 2022 par la direction interdépartementale de la police aux frontières, qui conclut à un avis défavorable quant à sa force probante en ce qu'il ne peut remplacer le jugement intégral, que ses mentions s'avèrent particulièrement sommaires et qu'il fait mention dans son en-tête du numéro de l'acte de naissance qui a été considéré comme contrefait. M. A, qui ne conteste pas sérieusement le caractère contrefait de son passeport en se bornant à critiquer les analyses documentaires de la police aux frontières et à produire l'attestation d'un officier d'état civil, lequel n'est pas celui qui a rédigé l'extrait d'acte de naissance dont l'authenticité est contestée, qui indique que la faute d'orthographe contenue dans le mot " officier " de l'extrait d'acte de naissance n'est qu'une erreur d'imprimerie, n'apporte pas d'éléments suffisants de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet du Pas-de-Calais sur l'absence de force probante des documents d'état civil produits. De même, les circonstances que M. A ait toujours indiqué la même identité depuis son arrivée en France et que celle-ci n'ait pas été remise en cause par les autorités administratives ou judiciaires en charge de la protection de l'enfance ou qu'il n'ait pas fait l'objet de poursuites pénales pour usage de faux documents administratifs à la suite du signalement du préfet du Pas-de-Calais le 30 novembre 2021 sont sans incidence sur le caractère probant des documents d'état-civil produits. Dans ces conditions, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet du Pas-de-Calais n'a pas saisi les autorités maliennes afin d'établir l'authenticité des actes produits alors que les éléments en sa possession permettaient de douter sérieusement de leur caractère probant, le préfet du Pas-de-Calais doit être regardé comme apportant la preuve de l'absence de force probante des documents d'état civil produit. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet du Pas-de-Calais a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. Pour refuser à M. A, qui, se déclarant né en 2003, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation tendant à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle de monteur d'installations sanitaires, la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, le préfet du Pas-de-Calais a pris en compte les notes et l'assiduité de l'intéressé, qui ne traduisent pas un investissement sérieux dans ses études, la circonstance qu'il ne démontre pas qu'il ne peut pas poursuivre ces études dans son pays d'origine, qu'il a quitté récemment et où résident ses parents et ses frères, la circonstance qu'il a fait usage de faux documents administratifs et la circonstance que sa situation personnelle ne met pas en lumière de circonstances exceptionnelles ou de motifs humanitaires. Si M. A, qui soutient ne jamais avoir été scolarisé au Mali, se prévaut de ses efforts, de ses notes et appréciations positives sur ses bulletins scolaires et de la part de son professeur principal, ainsi que du rapport circonstancié du 17 juin 2021 du service qui assure son suivi, qui l'estime en capacité de s'intégrer au sein de la société française, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les évaluations se sont dégradées au cours de l'année scolaire 2020-2021 pour faire état de résultats insuffisants et d'absences qui rendent difficile l'évaluation dans certaines matières, d'autre part, que, contrairement à ce qu'il a indiqué, il est toujours en contact avec ses parents et enfin, qu'ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A a produit, pour se voir délivrer un titre de séjour, des documents administratifs contrefaits. Dans ces conditions et alors que M. A n'établit ni même n'allègue de circonstances exceptionnelles ou de motifs humanitaires, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais a commis une erreur manifeste d'appréciation pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du CESEDA : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui, s'étant déclaré né en 2003, a été pris en charge en qualité de mineur isolé par les services de l'aide sociale à l'enfance et bénéficie depuis sa majorité d'un contrat jeune majeur, est célibataire, sans enfant à charge. Il ne justifie pas, ni même n'allègue avoir de la famille en France et ne se prévaut d'aucun lien personnel d'une particulière intensité qu'il aurait pu nouer dans le cadre de ses activités scolaires ou extra-scolaires. En outre, s'il soutient ne plus avoir de contacts avec sa famille, il ressort des pièces du dossier que ses parents se sont mobilisés pour obtenir et lui faire parvenir un passeport malien dans le cadre de ses démarches administratives. Il ne conteste pas, par ailleurs, que ces derniers résident au Mali, avec ses trois frères. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Pas-de-Calais a pu refuser à M. A de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que M. A n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, de sorte que le préfet du Pas-de-Calais, en refusant à M. A de lui délivrer un titre de séjour, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-22 (), à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, à supposer même qu'il remplirait les conditions d'octroi pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A ne peut utilement soutenir que le préfet du Pas-de-Calais était tenu de consulter la commission du titre de séjour avant de lui opposer un refus et que la décision litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 que le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que M. A n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, de sorte que le préfet du Pas-de-Calais, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

19. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 16 à 18 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination de M. A est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En second lieu, la décision attaquée mentionne les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait fait état de crainte quant à son retour au Mali. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut, dès lors, qu'être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en date du 9 décembre 2021 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Eurielle Rivière et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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