mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 avril 2023 et le 11 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Rivière, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé sa demande d'autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé sa demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, en toute hypothèse dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de sa demande d'autorisation provisoire de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ne la régularisant pas, comme l'y invitait la circulaire du 5 juillet 2022, en raison de circonstances exceptionnelles nées de la guerre en Ukraine ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée sans examen " sérieux " de sa situation ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de la protection temporaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée sans examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et par exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de la protection temporaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions en particulier de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour, refus de délivrance de la protection temporaire et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée sans examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale, par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour, refus de délivrance de la protection temporaire et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en raison de l'existence de circonstances humanitaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 août 2023.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 19 mai 2000 à Akbou (Algérie) et déclarant être entrée sur le territoire français le 1er mars 2022, après avoir séjourné en Ukraine, a présenté le 16 mai 2022 une demande tendant à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire et le 9 novembre 2022 une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 14 novembre 2022, le préfet du Nord a refusé d'accorder à Mme B une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour sur le territoire national pendant une année. Par un autre arrêté du 12 décembre 2022, le préfet du Nord a refusé sa demande de certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions du 14 novembre 2022 :
2. Par un arrêté du 24 mai 2022, publié le 25 mai 2022 au recueil spécial n°131 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme Amélie Puccinelli, secrétaire générale adjointe, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.
3. Ce moyen étant le seul soulevé à l'encontre de cette décision, Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ".
En ce qui concerne la légalité de la décision du 12 décembre 2022 portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 octobre 2022, publié le jour même au recueil n°245 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. D F, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence à Mme B doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté du 22 décembre 2022 contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée la décision qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause, sans qu'importe la circonstance, dès lors que Mme B ne sollicitait que la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ", que l'opportunité d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ait pas été examinée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de certificat de résidence portant la mention " étudiant " doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant d'adopter la décision attaquée.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'alinéa 1er du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Par ailleurs, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 c) et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / () ".
8. Il résulte de la combinaison des stipulations de l'accord franco-algérien citées au point 3, que la délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant algérien en qualité d'étudiant est soumise à la justification d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises dont il est constant que Mme B ne justifie pas disposer, celle-ci ne se prévalant que d'un visa de long séjour délivré par un Etat non communautaire, l'Ukraine, et expiré depuis le 1er septembre 2022. En conséquence, le préfet du Nord pouvait légalement, pour ce motif, refuser de délivrer, à l'intéressée, un certificat de résidence en qualité d'étudiant.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a été saisi par Mme B d'une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il n'était donc pas tenu d'examiner d'office si Mme B était susceptible de se voir accorder un titre de séjour pour un autre motif. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, texte dont le préfet du Nord n'a pas fait un examen d'office aux termes de l'arrêté contesté, doit être écarté comme inopérant.
11. La circulaire du 5 juillet 2022 invoquée par Mme B, si elle présente un caractère impératif, sans pour autant avoir été publiée dans les conditions posées par le code des relations entre le public et l'administration susceptibles de la rendre opposable, est adressée aux seuls recteurs et n'a pas pour objet de dispenser les étudiants ressortissants de pays tiers déplacés d'Ukraine de la condition du visa de long séjour pour leur droit au séjour, mais seulement pour leur inscription universitaire. Par suite, le moyen tiré de sa méconnaissance est inopérant. En ne dispensant pas Mme B du visa de long séjour, le préfet, qui a examiné l'ensemble de la situation de l'intéressée, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'opportunité d'une régularisation.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, l'arrêté du 14 novembre 2022 contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B avant d'adopter la décision attaquée.
15. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni de celle de la décision portant refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
16. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée en France, démunie de titre de séjour et très récemment, le 1er mars 2022, suite à l'invasion de l'Ukraine par la Russie alors qu'elle avait entamé des études en novembre 2021 à l'université de Kiev après deux années en licence sciences économiques effectuées dans son pays d'origine, en Algérie. Si elle est hébergée par sa sœur, qui bénéficie d'un certificat de résidence de dix ans en court de validité, et son beau-frère, de nationalité française, qui subviennent à ses besoins, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie où vivent notamment ses parents. Inscrite, à la date de la décision contestée, en licence 3 " commerce et management internationaux " à l'université de Lille, elle justifie, par les attestations qu'elle produit, s'investir dans ses études et suivre avec assiduité les enseignements. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas poursuivre ses études en Algérie, l'attestation du doyen de la faculté de l'université Abderrahmane Mira-Bejaïa du 22 juin 2023 faisant apparaître qu'à la date de la décision contestée, elle pouvait encore solliciter un congé académique, ou demander à réintégrer sa formation, ce qu'elle ne fera que tardivement, le 12 juin 2023. Enfin, elle justifie, par la production d'une attestation sur l'honneur de M. E C, ressortissant français, être en couple avec ce dernier depuis le mois de juillet 2022. Dans ces circonstances, en dépit de l'investissement bénévole de Mme B, compte tenu du caractère très récent de la relation amoureuse de la requérante et de la possibilité à la date de la décision attaquée de poursuivre ses études dans son pays, où vivent ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans, le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, obliger la requérante à quitter le territoire français.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire :
18. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation de Mme B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 12 et 13.
19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée ni à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, ni de celle de la décision portant refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
21. En l'espèce, Mme B soutient que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Toutefois, compte tenu de sa situation exposée au point 15, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pouvait pas à la date de la décision contestée poursuivre la formation entamée en Algérie, il n'existait aucune circonstance particulière de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ supérieur au délai qui lui a été accordé.
22. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
23. En premier lieu, l'arrêté du 14 novembre 2022, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que le risque de mariage forcé en Algérie n'est pas démontré, n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B. Dès lors que cet arrêté énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles est fondée la décision fixant le pays de destination qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant fixation du pays de destination doit être écarté.
24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée ni à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, ni de celle de la décision portant refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
25. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
26. Si Mme B justifie, par la production d'un certificat établi par un médecin généraliste algérien le 11 avril 2021, avoir subi des violences, qu'elle impute à son ex-compagnon, elle ne justifie ni d'une menace actuelle de traitement inhumain ou dégradant, ni que les autorités algériennes ne seraient pas en mesure de sanctionner les auteurs de violences qu'elle a pu subir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des textes cités au point précédent doit être écarté.
27. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de sa mesure d'éloignement.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
28. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / Il résulte de ce qui précède que la partie requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision attaquée portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination ". L'article L. 612-10 du même code ajoute : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
29. Il ressort des éléments mentionnés au point 15 que Mme B, arrivée récemment en France, vit chez sa sœur, titulaire d'un certificat de résidence pour dix années, et son beau-frère, de nationalité française, et qu'elle est en couple avec un ressortissant français. Dans ces conditions et dès lors que Mme B ne présente aucune menace à l'ordre public et qu'elle n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en imposant à la requérante une interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Nord, qui n'excluait pas aux termes de sa décision sur recours gracieux du 14 décembre 2022 une possibilité de délivrance d'un visa long séjour par les autorités consulaires françaises en qualité d'étudiante à Mme B en cas de retour en Algérie, a méconnu les dispositions citées au point précédent.
30. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être annulée.
31. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à solliciter l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
32. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
33. Le présent jugement, qui rejette les principales conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 novembre 2022 du préfet du Nord est annulé en tant qu'il a interdit à Mme B tout retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Eurielle Rivière et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J.-M. RIOULa greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026