LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305006

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305006

lundi 13 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridique totale ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour afin d'accompagner ses enfants dans leurs soins médicaux, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai, de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour sollicitée ou un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'autorisation provisoire de séjour :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a délibéré de manière collégiale et qu'il n'est pas justifié que cet avis comporte la signature et l'identité des médecins qui l'ont émis, que les médecins membres du collège étaient agréés et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droites de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droites de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de ses filles et de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit, à la demande du tribunal, l'entier dossier médical des filles de la requérante, enregistré le 13 juillet 2023, qui a été communiqué.

Mme B a été admise au bénéficie de l'aide juridique totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante géorgienne née le 13 novembre 1983 à Tbilissi (Géorgie), déclare être entrée irrégulièrement en France le 13 décembre 2021 accompagnée de son mari et de leurs trois enfants mineurs. Le 24 décembre 2021, elle a été admise provisoirement au séjour durant l'instruction de sa demande d'asile, qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 août 2022. Le

19 juillet 2022, elle a sollicité une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfants malades. Par arrêté du 21 avril 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande d'autorisation provisoire de séjour afin d'accompagner ses enfants dans leurs soins médicaux, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président./ () ".

3. Mme B s'est vue accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 juin 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun soulevé contre les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. L'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de la requérante, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement la requérante en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Il transmet son rapport au collège de médecins. (). ". Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () ".

6. D'une part, il ressort des avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 15 décembre 2022 qu'ils comportent la signature et l'identité des médecins qui les ont émis, que ces derniers ont été régulièrement désignés par arrêté du directeur général de l'OFII du 13 novembre août 2022 et que le docteur A, qui a établi le rapport médical le 15 septembre 2022, n'a pas participé aux délibérations du collège composé des docteurs Quille, Mesbahy et Mauze. D'autre part, la mention qui figure sur les avis de l'OFII émis le 15 décembre 2022, selon laquelle ceux-ci ont été émis à l'issue d'une délibération du collège, atteste de la collégialité des délibérations et fait foi jusqu'à preuve contraire, qui n'est pas apportée en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée./ () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Il ressort des pièces du dossier que la première fille de la requérante, née le

2 juillet 2019, souffre d'une encéphalopatie épileptique sévère, d'un retard de croissance avec mise en place d'une nutrition entérale nocturne par sonde nasogastrique, d'un encombrement bronchique majoré par une hyper activité bronchique, d'une hypotonie sévère, d'une surdité appareillée et d'une absence de langage. Sa sseconde fille, née le 16 juillet 2021, souffre de crises d'épilepsie, d'une pathologie cardiaque (communication auriculaire de type ostium secundum avec dilatation des cavités droites) pour laquelle une intervention chirurgicale est à prévoir, de dénutrition avec retard de croissance staturopondérale nécessitant le port d'une sonde nasogastrique, d'une fragilité respiratoire avec des décompensations respiratoires fréquentes et une hyperréactivité bronchique. Ces pathologies nécessitent, à la date des décisions attaquées, d'une part, des hospitalisations régulières ainsi qu'un suivi pluridisciplinaire en neuropédiatrie, kinésithérapie, ortophonie et, d'autre part, la prise d'un traitement combinant Flixotide, Salbutamol, Montelukast, Forlax, Clobazam, Melatonine, Midazolam, Depakine, Pyridoxine, Esomeprazole, Lamictal, Vitamine B6, Colecalciferol, Budesonide, Vigabatrine. Par ailleurs, ses deux filles bénéficient d'une scolarisation en institut médico-éducatif valable d'octobre 2022 à juillet 2027, et elles bénéficient chacune d'une carte mobilité inclusion mention stationnement et priorité ou invalidité accordées à compter de décembre 2022 par le département du Nord ainsi que de l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé à compter de mai 2022. Par ses avis du

15 décembre 2022, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé des filles de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur leur état de santé mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont ils sont originaires, elles peuvent y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si la requérante se prévaut d'un courrier de l'agence géorgienne de la réglementation des activités médicales et pharmaceutiques du

23 avril 2023 pour soutenir que le Clorazam, le Midazolam et l'Esomeprazole (Inexium) sont indisponibles en Géorgie, il ressort toutefois des pièces du dossier que le Clorazam peut être remplacé par le Diazepam, ces deux molécules étant des benzodiazépines qui ont une activité myorelaxante, anxiolytique, sédative, hypnotique, anticonvulsivante et amnésiante, que le Vigabatrine peut être remplacé par l'acide valproïque, ces deux molécules étant des antiépileptiques ayant notamment pour effet une augmentation de l'acide gamma-aminobutyrique (GABA), principal neurotransmetteur cérébral inhibiteur et que si le médicament Inexium n'est pas disponible en Géorgie, les médicaments Neoprazol, Ezonorm et Ezol, qui contiennent la même substance active, l'esomeprazole, y sont disponibles. Si la requérante soutient également que ses filles ne pourraient effectivement bénéficier en Géorgie d'un traitement adapté à leur état de santé, notamment d'un suivi par une équipe pluridisciplinaire, d'une part, les certificats médicaux établis par les médecins français qui suivent leurs filles ainsi que la note établie par l'assistante sociale de l'association qui les héberge ne suffisent pas à démontrer que les caractéristiques du système de santé géorgien ne permettraient pas à leurs filles de bénéficier des soins appropriés, d'autre part, ni le rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés sur l'accès aux soins en Géorgie en 2022 ni le rapport de l'Institut de sciences politiques sur le droit au séjour et les problématiques de santé des ressortissants géorgiens de 2022 ne suffisent, en l'absence de tout élément concernant la situation personnelle de la requérante quant à ses perspectives d'emploi et de revenus en Géorgie, à établir que les caractéristiques du système de sécurité sociale géorgien ferait obstacle, compte tenu de l'impécuniosité de la requérante, à ce que ses filles puissent accéder effectivement à un traitement approprié en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui déclare être entrée en France le 13 décembre 2021, soit récemment, ne produit aucun élément attestant d'une vie privée et familiale en France, à l'exception de la présence de son mari et de ses enfants, tous trois de nationalité géorgienne, ni aucune pièce justifiant d'une insertion sociale ou professionnelle en France. Par ailleurs, elle n'établit pas être isolée en cas de retour dans son pays d'origine où la cellule familiale a vocation à se reconstituer, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où résident ses parents. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale./ () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13. D'une part, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, les filles de la requérante peuvent effectivement disposer en Géorgie d'un traitement approprié à leur état de santé. D'autre part, la scolarisation de l'aîné des enfants en élémentaire et celle des deux filles en institut spécialisé, dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elle ne serait pas possible en Géorgie, ne suffisent pas à établir que la décision portant refus de séjour en litige méconnaît les stipulations précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 15 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français :/ () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié./ () ".

18. D'une part, il résulte des dispositions précitées que ces dernières ne sont pas applicables aux étrangers parents d'enfants malades mais seulement aux étrangers eux-mêmes malades. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que les filles de la requérante peuvent effectivement bénéficier d'un traitement approprié à leur état de santé en Géorgie. Par suite, le moyen doit être écarté.

19. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté

21. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision fixant le pays de destination :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 22 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

24. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposé aux points 9 et 11, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

25. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant de prendre la décision contestée. Par suite, le moyen doit être écarté.

26. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

27. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Dès lors, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'obligation générale de motivation des actes administratifs prévue par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

28. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 22 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

29. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. : () ".

30. Si la requérante soutient que le préfet du Nord aurait entaché la décision contestée d'erreur d'appréciation, elle se borne à renvoyer à l'état de santé de ses filles et à la particularité de sa situation et n'assortit pas, ce faisant, le moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

31. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français.

32. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Vergnole et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. BOURGAULa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions