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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305014

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305014

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juin et 23 octobre 2023, Mme C A, représentée par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 en tant que le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résident algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en toutes hypothèses dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de l'arrêté ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- et les observations de Me Cliquennois, substituant Me Rivière, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante algérienne née le 2 septembre 1991, entrée en France le 26 septembre 2013 sous couvert d'un visa court séjour et ayant bénéficié d'un certificat de résidence " algérien " en raison de son mariage avec un ressortissant français, a sollicité le changement de statut en qualité de " salarié " lors de son renouvellement. Par un arrêté du 31 janvier 2017, le préfet du Nord a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par un jugement du 15 juin 2017, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté. Par une ordonnance du 29 janvier 2018, la cour administrative d'appel de Douai a rejeté sa requête dirigée contre ce jugement. Par une décision du 15 mai 2019, le préfet du Nord, d'une part, a refusé de faire droit à sa demande d'abrogation de l'arrêté du 31 janvier 2017 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, et, d'autre part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par un jugement n° 1910665 du 13 avril 2022, le tribunal administratif de Lille, d'une part, a annulé pour insuffisance de motivation la décision du préfet du Nord du 15 mai 2019 en tant qu'elle a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme A sur le fondement du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a enjoint au préfet du Nord de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois, et d'autre part, a rejeté les conclusions dirigées contre la décision du 15 mai 2019 refusant d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2017. Par un arrêté du 9 février 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résident algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 13 septembre 2022, publié le même jour au recueil n°223 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à M. D E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

3. Les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énoncent avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Les mentions qu'elles comportent sont ainsi de nature à mettre en mesure la requérante d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Et aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, mariée en Algérie depuis le 8 février 2012 à un ressortissant français, M. F, est entrée sur le territoire français le 26 septembre 2013 à l'âge de vingt-deux ans et s'est vue délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français valable du 14 novembre 2013 au 13 novembre 2014. Il ressort également des pièces du dossier que la communauté de vie entre les époux a cessé à l'été 2014, le divorce ayant finalement été prononcé par le tribunal de grande instance de Lille le 15 mai 2018. Par un arrêté du 1er juillet 2016, le préfet du Nord a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français. Elle s'est ensuite maintenue irrégulièrement en France et a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français le 31 janvier 2017 avant l'annulation, par un jugement du 13 avril 2022 du tribunal administratif de Lille de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien mention " salarié " du 15 mai 2019 au motif tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision. Si Mme A se prévaut de sa nouvelle relation avec un compatriote, M. B G, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 27 juin 2030, avec lequel elle établit une vie commune depuis le 1er juin 2021, cette relation demeurait récente à la date de la décision attaquée. De plus, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A est enceinte des œuvres de son concubin depuis le 31 mars 2023, cette circonstance, postérieure à la décision contestée, est sans incidence sur sa légalité. En outre, ni les trois attestations de proches attestant de la réalité du couple formé par M. G, ni la circonstance qu'elle ait travaillé à temps plein pendant un an et demi du mois d'avril 2016 au mois de janvier 2018 en tant qu'aide cuisinière et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche à temps plein sur un poste d'employé de société de nettoyage datée de mai 2022 ne suffisent à caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Les cours de français qu'elle atteste suivre depuis le mois de mars 2023 sont par ailleurs postérieurs à la décision attaquée et donc sans incidence sur sa légalité. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A serait dépourvue d'attaches en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans et où il est établi que résident ses parents et ses frères et sœurs, ni qu'elle ne pourrait s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son séjour en France, et en dépit de sa présence en France depuis plus de neuf ans, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, dès lors, pas méconnu le point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, ces moyens, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent, être écartés.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. S'il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, le préfet peut toujours délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit en appréciant, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation

8. Eu égard aux motifs retenus au point 6 du présent jugement, le préfet du Nord, en refusant d'admettre exceptionnellement la requérante à séjourner en France et de régulariser sa situation par la délivrance d'un certificat de résidence algérien, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'a commis d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de l'intéressée.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation, doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de cette décision, doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

15. Il résulte des dispositions précitées que pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite, l'étranger dispose en principe d'un délai de trente jours à compter de la notification de la mesure d'éloignement. Ces mêmes dispositions donnent à l'autorité administrative la faculté, soit de décider à titre exceptionnel d'accorder à l'étranger un délai de départ volontaire supérieur à trente jours en raison de la situation personnelle de l'intéressé, soit au contraire de refuser, par une décision motivée, de lui accorder un délai de départ volontaire si les conditions légales d'un tel refus sont remplies. Par suite, la décision par laquelle le préfet accorde à l'étranger un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français qui lui est faite ne saurait, eu égard à son objet et ses effets, être regardée comme ayant le caractère d'une décision défavorable que dans l'hypothèse où l'étranger avait saisi le préfet d'une demande tendant à ce que lui soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel.

16. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait fait état auprès du préfet de circonstances particulières tenant à sa situation personnelle, propres à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé à titre exceptionnel pour quitter volontairement le territoire français, ni qu'elle ait sollicité l'octroi d'un tel délai dérogatoire. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration, avant l'édiction de la mesure d'éloignement, des éléments utiles qui auraient été de nature à justifier qu'un délai dérogatoire supérieur à trente jours lui soit accordé. Dans ces conditions, le délai de trente jours accordé à Mme A pour exécuter spontanément l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire français constituant le délai de principe prévu à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la fixation d'un tel délai n'avait pas le caractère d'une décision défavorable. Il suit de là que la requérante ne peut pas utilement soutenir que la décision contestée serait entachée d'un défaut de motivation

17. En troisième et dernier lieu, si la requérante soutient que la décision du préfet du Nord de lui accorder un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, elle se borne, à l'appui de ce moyen, à soutenir que le préfet aurait dû lui accorder un délai de départ supérieur, au vu des circonstances particulières de sa situation qui justifieraient, selon elle, qu'un tel délai lui soit accordé à titre exceptionnel, sans toutefois apporter de précisions. Par ailleurs, elle n'indique pas quel délai aurait dû lui être accordé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a octroyé un délai de départ volontaire de trente jours.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de cette décision, doit être écarté.

20. En second lieu, si la requérante soutient que la décision contestée a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 9 février 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Rivière et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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