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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306832

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306832

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRIVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 juillet et 11 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de lui délivrer le certificat de résidence algérien sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, un récépissé l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 76161 du code de justice administrative ou, si l'aide juridictionnelle n'est pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat la même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard du titre III de l'annexe de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de la convention relative aux droits des personnes handicapées et est entachée d'errer manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de certificat de résidence algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et di séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires faisant obstacle à ce que soit prononcée une interdiction de retour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 septembre 2023.

Mme A a produit, à la demande du tribunal, une pièce, enregistrée le 30 novembre 2023, qui a été communiquée en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées du 30 mars 2007 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 916-47 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 25 août 1998 à Kouba (Algérie), est entrée en France le 27 août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " valable du 23 août au 21 novembre 2017. Elle a ensuite été mise en possession d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " valable du 21 novembre 2017 au 20 novembre 2018, renouvelée jusqu'au 25 février 2023. Le 16 décembre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 21 juin 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Mme A s'est vue accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 septembre 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". / () ". Il appartient au préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces stipulations, d'apprécier, sous le contrôle du juge, le caractère réel et sérieux des études poursuivies.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France le 27 août 2017, s'est inscrite en licence mention " économie, gestion " à l'université de Lille pour l'année universitaire 2017 - 2018. Elle a obtenu une moyenne de 9,791/20 à l'issue de la seconde session d'examens mais a néanmoins été autorisée à s'inscrire en deuxième année. Durant l'année universitaire 2018 - 2019, elle a validé sa première année de licence par compensation à l'issue de la première session d'examens avec une moyenne de 10,24 mais a été ajournée à la deuxième année, avec une moyenne de 6,13/20 à l'issue de la seconde session d'examens. Au terme de l'année universitaire 2019 - 2020, elle a validé sa deuxième année de licence par compensation à l'issue de la première session d'examens avec une moyenne de 10,354/20. Inscrite en troisième année de licence, elle ne s'est pas présentée à la première session d'examens puis a été ajournée à l'issue de la seconde session d'examens avec une moyenne de 9,234/20 lors de l'année universitaire 2020 - 2021. Elle a de nouveau été ajournée lors de l'année universitaire 2021 - 2022 avec une moyenne de 8,621/20 à l'issue de la première session d'examens et de 9,339/20 à l'issue de la seconde session d'examens, avant de finalement valider sa troisième année de licence lors de l'année universitaire 2022 - 2023 à l'issue de la seconde session d'examens avec une moyenne de 10,229. Il ressort également des pièces du dossier que Mme A est suivie depuis 2017 par son médecin généraliste pour des troubles du sommeil, des difficultés de concentration et des crises d'angoisse. Elle est également suivie, depuis octobre 2017, par le service de santé universitaire en raison de troubles psychologiques remontant à l'enfance, lesquels entraînent des crises anxieuses et des difficultés pour étudier, ainsi que pour un syndrome dépressif et une endométriose. Après exploration de plusieurs pistes de diagnostic, les médecins du service de santé universitaire, suspectant un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), ont sollicité une évaluation ainsi qu'un examen psychiatrique. Eu égard aux résultats des examens réalisés début 2023 par deux psychiatres, de l'évaluation pluridisciplinaire parallèlement réalisée dans un centre spécialisé et au suivi psychiatrique réalisé en consultation entre janvier et juin 2023, le diagnostic s'est orienté vers un trouble du spectre autistique sans déficience intellectuelle (syndrome d'Asperger), diagnostic qui a été définitivement posé par un troisième psychiatre le 16 août 2023. Par ailleurs, son médecin généraliste ainsi que le psychiatre l'ayant examinée le 16 août 2023 relèvent que Mme A souffre également d'une symptomatologie dépressive et anxieuse avec comorbidités psychiatriques. De plus, le médecin du service de santé universitaire ayant suivi Mme A entre 2017 et 2022 atteste que les problèmes de santé de Mme A ont pu perturber ses années universitaires 2020 - 2021 et 2021 - 2022, qui doivent être considérées hors cursus, et le psychiatre ayant posé le diagnostic du syndrome d'Asperger en août 2023 atteste du fort retentissement sur sa vie quotidienne, notamment sur ses apprentissages, les deux praticiens considérant qu'elle doit bénéficier d'une reconnaissance de son handicap par la maison départementale pour les personnes handicapées. Il ressort enfin des pièces du dossier que Mme A a bénéficié d'un aménagement pour passer ses examens de l'année universitaire 2022 - 2023, lesquels ont facilité la validation de sa troisième année de licence. Si la plupart des certificats médicaux produits par Mme A ont été établis postérieurement à la décision attaquée, ils révèlent néanmoins un état de santé antérieur qui a fortement perturbé le déroulement de ses études entre 2017 et 2023, lequel constitue une circonstance particulière de nature à justifier la relative lenteur de la progression de Mme A dans la réussite de ses études. Dès lors, en se fondant sur l'absence de caractère réel et sérieux des études de Mme A en raison de son absence de progression effective et significative, le préfet du Nord a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

6. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision portant refus de renouvellement de certificat de résidence algérien doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement de circonstances de fait, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à Mme A un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " d'une durée d'un an et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rivière, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Rivière d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de renouveler le certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " de Mme A et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de renouvellement de titre de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Rivière, sous réserve pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Rivière et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. BOURGAULa présidente,

signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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