Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2308341

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2308341
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2023, et un mémoire, enregistré le 11 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Marseille, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 3 juillet 2023 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande tenant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

Sur l'urgence, que :

- cette condition est réputée satisfaite s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

- en outre, il est privé de la possibilité de prolonger son contrat de travail expirant au 31 octobre 2023 ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait relative aux pièces qu'il a déjà fournies, et, dans la même mesure, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 novembre 2023 à 11 heures, en présence de Mme Benkhedim, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Marseille, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et Me Hafdi, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée et qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malgache né le 9 août 1991, déclare être entré en France le 7 septembre 2019 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 23 août 2019 au 23 août 2020. A l'expiration de son visa, il a été muni d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention, valable du 24 août 2020 au 23 octobre 2021, puis d'une carte de séjour temporaire, portant également la même mention, valable du 26 février 2022 au 25 février 2023. Par un courrier reçu le 8 janvier 2023 par les services de la préfecture du Nord, il a sollicité un changement de statut en vue de la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Le récépissé de cette demande arrivant à expiration le 25 mai 2023, il en a sollicité le renouvellement le 12 mai 2023. Par un courriel du 3 juillet 2023, les services de la préfecture du Nord ont répondu en indiquant à l'intéressé qu'il n'avait transmis ni son attestation de réussite définitive ou le diplôme obtenu, ni deux photographies d'identité récentes, et a, en conséquence, clôturé cette demande de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision du 3 juillet 2023.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Lorsque l'acte administratif objet du litige n'est pas susceptible de recours, cette irrecevabilité affecte tant la demande d'annulation de cet acte que la demande tendant à sa suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

4. Le courriel du 3 juillet 2023, qui indique faire suite à la demande de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, soit un document provisoire délivré pendant l'examen d'une demande, a pour seul objet de rejeter cette demande. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que, en lui adressant ce courriel, les services de la préfecture du Nord auraient " ce faisant, () refusé de [lui] délivrer la carte de séjour temporaire " sollicitée, et il n'y a pas lieu de requalifier, dans le cadre de la présente demande en référé, les conclusions dirigées contre ce courriel du 3 juillet 2023 comme tendant, en réalité, à la suspension de l'exécution d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur la demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ". Ainsi, ce courriel ne constituant pas un refus de séjour, les conclusions de M. B tendant à la suspension de l'exécution d'un tel refus sont irrecevables.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 5 décembre 2023.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2308341