Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2309752

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2309752
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née le 2 novembre 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur son recours gracieux du 30 août 2023 exercé à l'encontre de l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel la même autorité a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " auto-entrepreneur / commerçant ", l'a obligé à obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " auto-entrepreneur / commerçant ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans cette attente, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

Sur la requête dans son ensemble :

- sa requête est recevable, dès lors que la preuve d'un recours en annulation a été joint à celle-ci ;

- elle est dirigée contre une décision de rejet d'un recours gracieux, laquelle fait grief ;

Sur l'urgence, que :

- cette condition est réputée satisfaite, dès lors qu'ayant sollicité un changement de statut à titre principal et un renouvellement de titre de séjour à titre subsidiaire, la présomption d'urgence qui s'applique à cette demande de renouvellement est transposable à sa demande de changement de statut ;

- la décision en litige portant notamment obligation de quitter le territoire français est devenue définitive et donc exécutoire, et ne fait l'objet d'aucun recours suspensif ;

- elle fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle, le plaçant dans une situation de précarité financière alors qu'il doit assumer ses charges courantes ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 5 et 6 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 30 mai 1993, est entré en France le 12 septembre 2020 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " étudiant ", valable du 28 août 2020 au 26 novembre 2020. Il a été muni d'un certificat de résidence algérien portant la même mention, valable du 27 novembre 2020 au 26 novembre 2021, régulièrement renouvelé jusqu'au 27 janvier 2023. Par un arrêté du 13 juillet 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " auto-entrepreneur / commerçant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. B A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 2 novembre 2023 du silence gardé par cette même autorité sur son recours gracieux du 30 août 2023 exercé à l'encontre de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Lorsque l'acte administratif objet du litige n'est pas susceptible de recours, cette irrecevabilité affecte tant la demande d'annulation de cet acte que la demande tendant à sa suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

4. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire (), fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ". Aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " I. - Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif. ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a formé, le

30 août 2023, auprès du préfet du Nord un recours gracieux contre l'arrêté du 13 juillet 2023, lequel a été notifié au requérant le 8 août 2023 avec la mention des délais et voies de recours. Il résulte des dispositions précitées qu'il appartenait à M. A de saisir le tribunal administratif dans le délai de trente jours à compter de la notification de cet arrêté, le délai de recours ne pouvant être prorogé par l'exercice d'aucun recours administratif. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait, dans ce délai, saisi le tribunal administratif compétent contre cet arrêté, ainsi devenu définitif.

6. D'autre part, en l'absence de tout élément de fait ou de droit nouveau de nature à modifier la situation juridique de M. A au regard de son droit au séjour en France, l'intéressé ne faisant à cet égard état d'aucune circonstance de droit ou de fait nouvelle dans son recours gracieux, la décision implicite du préfet du Nord, qui a le même objet que l'arrêté du 13 juillet 2023, ne peut qu'être regardée comme une décision purement confirmative de cet arrêté initial devenu définitif. Les conclusions à fin d'annulation d'une telle décision étant irrecevables, les conclusions de M. A tendant à la suspension de son exécution sont manifestement irrecevables.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A, y compris ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 23 novembre 2023.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,