Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2400567
jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2400567 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées le 18 janvier 2024 et le 24 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Perinaud, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et valable jusqu'à ce qu'il soit procédé au réexamen de sa situation sans interruption de droits dans un délai de deux jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) d'assortir l'injonction de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours d'une astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des articles L. 521-4, L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la même somme à son profit sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'injonction donnée au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance du 18 mars 2022 et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler n'a pas été respectée par l'administration ; qu'afin de garantir le plein effet de la décision juridictionnelle, l'injonction prononcée doit être assortie d'une astreinte de 300 euros par jour de retard en application des articles L. 521-4, L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ; qu'en outre, il pourra être précisé qu'il soit, dans la suite de ce réexamen, statué sur sa demande dans ce même délai et il devra être fait injonction de délivrer une nouvelle autorisation provisoire autorisant à travailler dans un délai de deux jours à compter de l'ordonnance à intervenir.
Par une pièce et un mémoire en défense, enregistrés le 23 janvier 2024 et le 24 janvier 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le réexamen de la situation du requérant est toujours en cours ; que la remise d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail prononcée par injonction a été exécutée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024 à 11h30, en présence de Mme Benkhedim, greffière, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Lutran, substituant Me Perinaud, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- et Me Dussault, représentant le préfet du Nord, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes motifs que le mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 12 septembre 1995, de nationalité algérienne, est entré en France le 17 avril 2019. Il a été muni, en qualité de conjoint d'un ressortissant français, d'un titre de séjour valable du 9 octobre 2019 au 8 octobre 2020 dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 3 février 2022, le préfet du Nord a refusé de renouveler ce titre de séjour. Par une ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cette décision et a ordonné au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable pendant ce réexamen. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier les mesures ordonnées par cette ordonnance.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".
4. La décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l'exécution d'une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter les mesures ordonnées par le juge des référés par toute mesure destinée à assurer cette exécution.
En ce qui concerne la demande tendant à ce que l'injonction de réexamen soit assortie d'une astreinte :
5. S'il résulte de l'instruction que, par un courrier du 18 janvier 2024, les services de la préfecture du Nord indiquent que le préfet du Nord a procédé au réexamen de la situation de M. A et a refusé de lui délivrer une carte de séjour, ce courrier ne saurait être regardé comme une décision expresse par laquelle le préfet du Nord aurait statué sur le droit au séjour de l'intéressé. En outre, il résulte du mémoire en défense et des déclarations à l'audience du représentant du préfet du Nord que la situation du requérant est toujours en cours de réexamen. Toutefois, l'attente des suites judiciaires pour les faits mentionnés au traitement des antécédents judiciaires concernant M. A ne saurait justifier l'absence de réexamen de sa situation conformément à l'injonction prononcée par le juge des référés qui revêt un caractère exécutoire. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet du Nord n'a pas procédé à l'exécution de l'ordonnance du tribunal administratif dans les conditions définies par celle-ci qui impliquaient une prise de position expresse sur le droit à la délivrance du titre de séjour demandé par M. A, qui lui aurait été notifiée. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
6. Dès lors, il y a lieu de faire droit à la demande du requérant et de compléter l'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022 en prononçant contre le préfet du Nord, à défaut pour lui de justifier d'une décision expresse de réexamen, notifiée à M. A, au demeurant sans pouvoir, sauf circonstances nouvelles, rejeter de nouveau sa demande en se fondant sur le même motif que celui fondant la décision dont l'exécution est suspendue, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à la date de notification effective d'une décision expresse.
En ce qui concerne la demande tendant à ce que soit enjoint la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sous astreinte :
7. M. A demande au juge des référés d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au réexamen de sa situation. Toutefois, cette mesure a déjà été prescrite par l'ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022. Cependant, cette injonction précise que l'autorisation provisoire de séjour délivrée est valable pendant le réexamen de la situation de M. A. Il résulte de ce qui précède qu'il n'a pas été procédé à ce réexamen qui est toujours en cours. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet du Nord n'a pas procédé à l'exécution de l'ordonnance du tribunal administratif dans les conditions définies par celle-ci en l'absence de continuité de délivrance d'autorisations provisoires de séjour le temps du réexamen. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
8. Dès lors, il y a lieu de faire droit à la demande du requérant et de compléter l'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022 en prononçant contre le préfet du Nord, à défaut pour lui de justifier de la délivrance à M. A d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quatre jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Périnaud, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Périnaud de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Lille est assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard prononcée à l'encontre du préfet du Nord, à compter de l'expiration d'un délai de dix jours suivant la notification de la présente ordonnance et jusqu'à la date à laquelle la mesure de réexamen aura reçu exécution dans les conditions précisées au point 6.
Article 3 : L'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Lille est assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard prononcée à l'encontre du préfet du Nord, à compter de l'expiration d'un délai de quatre jours suivant la notification de la présente ordonnance et jusqu'à la date à laquelle une autorisation provisoire de séjour aura été délivrée à M. A dans les conditions précisées au point 8.
Article 4 : Le préfet du Nord portera à la connaissance du tribunal administratif de Lille les mesures prises pour assurer l'exécution de l'ordonnance n° 2201510 du 18 mars 2022.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Perinaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Perinaud, avocat de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 15 février 2024.
La juge des référés,
Signé
S. BERGERAT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,