Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2026, M. B... C..., agissant en qualité de représentant légal de Mme A... C..., demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille de lui communiquer l’intégralité du rapport d’admission au service des urgences et de déchocage du 1er juin 2025, des éléments de régulation du SAMU 59 et des fiches d’intervention du SMUR (primaire et transfert), y compris toute mention ou observation relative au dispositif médical porté par la patiente, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;
2°) d’enjoindre au CHU de Lille de lui communiquer des explications écrites circonstanciées sur l’absence de traçabilité du dispositif, les discordances relevées quant à son identification, les raisons pour lesquelles l’analyse technique a porté sur la pompe n° 990739 et non sur la pompe n° 1002717, le sort et la localisation de celle-ci à compter de la prise en charge par le SMUR, l’existence ou non d’un signalement de matériovigilance et les conditions dans lesquelles la décision d’arrêt des traitements de la première semaine a été envisagée, dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) d’ordonner la préservation et la conservation immédiate de l’intégralité des données, journaux, enregistrements et de tout dispositif médical détenus par le CHU de Lille, sous astreinte de 2 000 euros par jour en cas de destruction, altération ou défaut de conservation ;
4°) de désigner un expert sur le fondement de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, avec pour mission de se faire remettre l’ensemble des pièces utiles, d’identifier le ou les dispositifs portés par la patiente et de déterminer lequel était en service la nuit du 31 mai au 1er juin 2025, d’analyser leur fonctionnement et les données associées, de retracer le circuit du dispositif à compter de l’intervention du SMUR, et de donner son avis sur tout lien entre le fonctionnement du dispositif et l’hypoglycémie survenue ;
5°) à titre subsidiaire, d’ordonner ces mesures sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative ;
6°) de mettre à la charge du CHU de Lille une somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a qualité pour agir ;
- son recours vise à préserver plusieurs libertés fondamentales : le droit au respect de la vie privée, le principe de sauvegarde de la dignité de la personne humaine et le droit du patient de consentir aux soins et d’être associé, par l’intermédiaire de son représentant, aux décisions qui le concernent ;
- les articles L. 5212-1 et suivants et R. 5212-1 et suivants du code de la santé publique imposent la traçabilité des dispositifs médicaux et la conservation des informations permettant d’identifier les patients en cas d’incident ; le CHU de Lille a méconnu ces obligations ;
- le refus persistant de communiquer les éléments demandés, conjugué aux discordances affectant l’identification du dispositif, à l’absence de traçabilité de la pompe réellement en cause et aux conditions dans lesquelles une décision d’arrêt des traitements a été envisagée, caractérise une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales déjà indiquées ;
- l’urgence est caractérisée par l’état de la patiente, qui exige l’élucidation sans délai des circonstances de l’incident, alors que les preuves présentent un caractère périssable et qu’il existe un risque qu’elles soient détruites, altérées ou rendues indisponibles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Even, premier conseiller pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
D’une part, aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». Aux termes de l’article L. 521-3 de ce code : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ». Aux termes de l’article R. 532-1 de ce même code : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. (…) ».
Il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative, et notamment des articles L. 521-2, L. 521-3 et R. 532-1, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 comme de celles présentées sur le fondement de l'article R. 532-1. Par suite, ces trois demandes ne peuvent, à peine d'irrecevabilité, être présentées simultanément dans une même requête.
D’autre part, en vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
Au regard de la règle rappelée au point 2, les conclusions de la requête de M. C... présentées à la fois sur le fondement des article L. 521-2, L. 521-3 et R. 532-1 du code de justice administrative doivent, dans leur ensemble, être rejetées comme irrecevables, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Au surplus, en distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l’application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n’étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l’existence d’une situation d’urgence.
En indiquant que les mesures qu’il sollicite, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, sont nécessaires pour sauvegarder les données utiles à éclairer les conditions dans lesquelles sa fille a été prise en charge, M. C... ne justifie pas d’une situation d’urgence particulière caractérisant la nécessité de bénéficier de mesures dans le délai de quarante-huit heures.
Enfin, s’agissant des conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-3, il résulte des documents joints par M. C... à sa requête qu’une décision de rejet a été opposée à sa demande de communication de documents. Par suite, il ne saurait être fait droit à ses demandes sur le fondement de cet article, dès lors que les mesures sollicitées auraient pour effet de faire obstacle à l’exécution de cette décision de refus.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C....
Fait à Lille, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
Signé
P. EVEN
Pour expédition conforme,
La greffière,