Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2602997

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2602997
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHIZZIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2026, M. B... A... C..., représenté par Me Hizzir, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 3 juillet 2026 par laquelle la préfète du Puy-de-Dôme lui a refusé sa demande de titre de séjour mention salarié, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays destination ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Puy-de-Dôme, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de l’ordonnance à intervenir et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite, dès lors que le refus a de lourdes conséquences sur sa situation administrative, personnelle et professionnelle car il peut perdre son emploi ;
- le doute sérieux sur la légalité des décisions contestées existe, dès lors que l’auteur de l’acte est incompétent ; elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle et d’une erreur manifeste d’appréciation en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu l’ensemble des pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Brun, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

M. B... A... C..., ressortissant tunisien, né le 26 janvier 1993 est entré régulièrement en France le 8 mai 2024, sous couvert de son passeport revêtu d’un visa de long séjour portant la mention « saisonnier », valable du 25 mai 2024 au 24 juillet 2024. Il s’est vu délivrer par la suite une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier valable du 25 juillet 2024 au 24 juillet 2026. Le 14 janvier 2026, M. A... C... a sollicité un changement de statut en vue de se voir délivrer un titre de séjour mention « salarié » sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par la présente requête, il demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l’exécution de la décision par laquelle la préfète du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer ce titre, l’a obligé à quitter le territoire français et fixé le pays de destination.

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l'état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

Pour demander la suspension de l’exécution de l’arrêté de la préfète du Puy-de-Dôme du 3 juillet 2026 en ce qu’il rejette sa demande de titre de séjour portant la mention « salarié », M. A... C... soutient qu’il n’est pas justifié de la compétence de son auteur, que la décision lui refusant son titre de séjour est entaché d’un défaut d’examen de sa situation professionnelle et personnelle et qu’elle résulte d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Toutefois, d’une part, il résulte de l’instruction que la décision attaquée précise bien que M. A... C... a produit un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet conclu avec l’entreprise Sol Solution à Riom pour occuper un poste en qualité de foreur à compter du 1er janvier 2026 et qu’il produit une autorisation de travail en date du 17 décembre 2025 pour ce poste. Elle précise également qu’il est célibataire et sans enfant.

D’autre part, l’étranger admis à séjourner en France pour l’exercice d’un emploi à caractère saisonnier est titulaire à ce titre non pas d’une carte de séjour temporaire mais de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention « travailleur saisonnier », lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu’elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d’origine où il s’engage à maintenir sa résidence habituelle. Il en résulte que la résidence habituelle de M. A... C... est censée se situer dans son pays d’origine. De plus, M. A... C... est célibataire et sans enfant. S’il produit des attestations de ses frères, dont un seul habite sur le département, et d’amis qui affirment son sérieux, qu’il réside en France et s’investit dans la vie familiale, il ne résulte pas de l’instruction qu’il est dépourvu de famille dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 31 ans. En l’état du dossier et en dépit de ses efforts d’insertion professionnelle depuis près de deux ans, il apparaît manifeste que les moyens invoqués ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 3 juillet 2026.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la situation d’urgence, que la requête de M. A... C... doit être rejetée dans toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. A... C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... C....


Fait à Clermont-Ferrand, le 3 août 2026.


Le juge des référés,





J. BRUN


La République mande et ordonne à la préfète du Puy-de-Dôme, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.