Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 28 juillet 2023, le 30 mai 2025, le 23 juin 2025 et le 19 août 2025, la société par actions simplifiée (SAS) Les Pierres de l’Atlantique, représentée par Me Delhaes, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse à lui verser la somme de 114 683,62 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait des décisions des 15 et 22 juillet 2020, annulées par un jugement n° 2002565 et n° 2002566 du Tribunal administratif de Pau en date du 27 avril 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en ayant illégalement exercé un droit de préemption sur les parcelles objets des décisions des 15 et 22 juillet 2020 précitées et en ayant renoncé en cours de procédure à acquérir les parcelles objets des délibérations du 22 juillet 2020 précitées ;
- elle a subi des préjudices qui peuvent être évalués comme suit :
* 2 457,96 euros au titre des frais de géomètre ;
* 4806 euros au titre des frais d’études des terrains ;
* 44 000 euros au titre des indemnités d’immobilisation ;
* 3 419,66 euros au titre des frais d’avocat ;
* 60 000 euros au titre des frais de convention d’assistance à maîtrise d’ouvrage.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mars 2025 et le 16 juillet 2025, la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse, représentée par la SELARL HMS Atlantique Avocats conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SAS Les Pierres de L’Atlantique à lui verser sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la réalité des préjudices allégués n’est pas démontrée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- l’ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d’urgence sanitaire et à l’adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Foulon,
- les conclusions de Mme Portès, rapporteur public,
- et les observations de Me Lopes, représentant la société Les Pierres de l’Atlantique, et celles de Me Cazcarra, représentant la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse.
Considérant ce qui suit :
La SAS Les Pierres de l’Atlantique a signé le 13 mars 2019 une promesse de vente avec la société Sud-Ouest Bail en vue de l’acquisition de parcelles situées sur le territoire de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse (Landes) cadastrées section BK n° 330 et n° 331. Le 8 août 2019, elle a signé une promesse de vente avec la SCI Miami en vue de l’acquisition des parcelles voisines, cadastrées section BK n° 15 et n° 297. Consécutivement aux deux déclarations d’intention d’aliéner du 24 février 2020, par deux décisions du 15 juillet 2020, le président de la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud (MACS) a délégué ponctuellement le droit de préemption urbain de l’établissement public à la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse pour l’acquisition de ces biens. Puis, par deux délibérations du 22 juillet 2020, le conseil municipal de cette commune a décidé d’exercer ce droit de préemption, respectivement, sur les parcelles cadastrées section BK n° 330 et n° 331 et sur les parcelles cadastrées section BK n° 15 et n° 297. Par un jugement n° 2002565 et n° 2002566 du 27 avril 2022, le Tribunal administratif de Pau a annulé les quatre décisions des 15 et 22 juillet 2020. Par la présente requête, la SAS Les Pierres de l’Atlantique demande au tribunal la condamnation de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse à lui verser la somme de 114 683,62 euros au titre de la réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait des décisions illégales des 15 et 22 juillet 2020.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
En premier lieu, le jugement précité du 27 avril 2022, devenu définitif, annule les décisions du 15 juillet 2020 du président de la communauté de communes MACS au motif qu’il ne pouvait déléguer ponctuellement son droit de préemption pour l’acquisition des parcelles section BK n° 15 et n° 297 et section BK n° 330 et n° 331, du fait de sa renonciation à exercer ce droit, expressément pour les deux premières parcelles et implicitement en raison de l’irrégularité de sa demande de visite pour les deux autres. Ce jugement annule également, par voie de conséquence, les délibérations du 22 juillet 2020 par lesquelles le conseil municipal de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse a exercé son droit de préemption sur les parcelles cadastrées section BK n° 330 et n° 331 et sur les parcelles cadastrées BK n° 15 et n° 297.
Les décisions du 22 juillet 2020 sont, ainsi qu’il vient d’être dit, entachées d’illégalité et susceptibles d’engager la responsabilité de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse.
Néanmoins, s’agissant des décisions du 15 juillet 2020 adoptées par la communauté de communes MACS, la responsabilité de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse ne saurait être engagée, dès lors qu’elle n’est pas l’auteur des décisions illégales.
En second lieu, la société requérante soutient que la commune a commis une autre illégalité fautive en renonçant, en cours d’instance, à exercer son droit de préemption puis en procédant, par l’intermédiaire de l’établissement public foncier local, à l’acquisition amiable des parcelles BK n°s 15, 297, 330 et 331, ce qui relèverait selon elle du détournement de procédure. Toutefois, cette circonstance ne permet pas de retenir que le recours à la procédure de préemption serait entaché d’un détournement de procédure. En outre, s’il est exact que la commune a acquis lesdites parcelles de façon amiable le 11 mars 2021 avant que le tribunal n’annule la procédure de préemption, ce fait ne constitue pas une faute distincte mais concourt à la réalisation du même dommage, à savoir l’impossibilité pour la requérante d’acquérir ces parcelles.
En ce qui concerne le lien de causalité :
La responsabilité d’une personne publique n’est susceptible d’être engagée que s’il existe un lien de causalité suffisamment direct et certain entre les fautes commises par cette personne et le préjudice subi par la victime. En outre, si l’intervention d’une décision illégale peut constituer une faute susceptible d’engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si la même décision aurait pu légalement être prise en suivant une procédure régulière.
S’agissant des parcelles BK n° 330 et n° 331, la société requérante était au bénéfice d’une promesse de vente signée le 8 août 2019 et devenue caduque le 30 juin 2020. La seule illégalité fautive invoquée et établie réside dans le fait qu’à défaut d’énoncer les dispositions de l’article D. 313-13-3 du code de l’urbanisme, la demande de visite notifiée par la communauté de commune MACS le 6 juillet 2020 n’a pas valablement interrompu le délai de renonciation à son droit de préemption, qui expirait le lendemain. Aucun élément ne permet donc de retenir que la délibération de préemption, malgré son illégalité, n’aurait pu être légalement adoptée. L’illégalité de cette délibération n’est, par suite, pas la cause directe et certaine du dommage invoqué.
S’agissant des parcelles BK n° 15 et n° 297, la société requérante était au bénéfice d’une promesse de vente signée le 13 mars 2019 et devenue caduque le 15 mai 2020. Par un courrier du 5 mars 2020, en réponse à la déclaration d’intention d’aliéner du 24 février 2020, le président de la communauté de communes Maremne Adour Côte Sud a informé le vendeur qu’il ne s’opposait pas à la vente. La société requérante, qui se borne à se référer au jugement, n’apporte aucun élément tendant à établir que l’illégalité de la délibération du 22 juillet 2020 pourrait être la cause de son dommage.
Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires de la société Les Pierres de l’Atlantique ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Les Pierres de l’Atlantique demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SAS Les Pierres de l’Atlantique une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Les Pierres de l’Atlantique est rejetée.
Article 2 : La SAS Les Pierres de l’Atlantique versera à la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Les Pierres de l’Atlantique et à la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
Mme Foulon, conseillère,
M. Buisson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
C. FOULON
La présidente,
A. TRIOLETLa greffière,
A. STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au préfet des Landes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière,