Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2501453

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2501453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES ETRANGERS
Avocat requérantSP AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2025, et un mémoire complémentaire, enregistré le 31 mars 2026, M. C... A..., représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 18 mars 2025 par lequel le préfet du Gers a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et lui a fait obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat d’Auch ;

2°) d’enjoindre au préfet du Gers, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement et de procéder sans délai à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen réel et sérieux de la situation individuelle de l’intéressé ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors que le préfet n’a pas examiné sa demande de titre de séjour en prenant en compte sa qualification, son expérience professionnelle et ses diplômes ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L.435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d’erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 572-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il n’a pas été statué définitivement sur sa demande d’asile déposée en 2021 ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée de l’illégalité en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle est entachée d’un défaut de motivation quant à la durée de l’interdiction de retour et d’un défaut d’examen réel de sa situation ;
- elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

S’agissant de la décision portant astreinte de se présenter trois fois par semaine au commissariat d’Auch :

- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est illégale en conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision méconnait l’article L. 721-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en ce qu’elle ne prévoit pas que l’obligation qu’elle édicte s’achèvera à l’issue d’un délai de trente jours.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 février 2026 et le 25 août 2026, le préfet du Gers conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Par courrier en date du 14 août 2026, le préfet du Gers a informé le tribunal de ce qu’il avait pris le 14 août un arrêté portant assignation à résidence de M. A....

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 22 avril 2025.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
-les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 26 août 2026 à 11h, en présence de Mme Caloone, greffière d’audience :

- le rapport de M. Pauziès, président ;
- les observations de Me Pather, assistée de Mme B..., élève-avocate, avocate de M. A..., qui reprennent les éléments exposés à l’appui de la requête en insistant notamment sur la circonstance que le requérant ne peut faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire dès lors qu’il n’a pas été statué sur sa demande d’asile, dès lors qu’après son transfert en Espagne, il n’a fait l’objet d’aucune prise en charge des autorités espagnoles pour déposer sa demande d’asile, et qui soulèvent un moyen nouveau tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
- le préfet du Gers n’était ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant algérien, est entré en France au mois de janvier 2021 selon ses déclarations. Il a sollicité le bénéfice de l’asile. Au cours de l’examen de sa situation administrative, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu’il avait fait l’objet d’un contrôle de police en Espagne en 2020. Saisies d’une demande de prise en charge en application de l’article 13.1 du règlement (UE) n° 604/13, les autorités espagnoles ont accepté la prise en charge de M. A... et le préfet de la Haute-Garonne a pris un arrêté de transfert le 26 mai 2021. Le transfert a été exécuté et M. A... est revenu en France où il a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre du travail par courrier du 10 octobre 2024. Par un arrêté du 18 mars 2025, le préfet du Gers a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et l’a obligé à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d’Auch. Par sa requête, M. A... demande l’annulation de cet arrêté. Par un arrêté du 14 août 2026, le préfet du Gers a assigné M. A... à résidence dans le département du Gers pendant une durée de quarante-cinq jours, et l’a obligé à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d’Auch.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont il est fait application et notamment l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que l’article L. 611-1-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également que M. A... a fait l’objet d’un arrêté de transfert et qu’il est revenu en France en situation irrégulière avant de déposer une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Elle mentionne également les principaux éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant ainsi que les motifs pour lesquels le préfet refuse son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Ces indications, qui ont permis à l’intéressé de comprendre et de contester la décision prise à son encontre étaient suffisantes. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gers n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A..., notamment au regard de l’ancienneté et de la stabilité de son insertion professionnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.
4. En dernier lieu, aux termes de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) b) Les ressortissants algériens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d’usage et sur présentation d’un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l’emploi [ministre chargé des travailleurs immigrés], un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention « salarié » : cette mention constitue l’autorisation de travail exigée par la législation française (…) ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Aux termes de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “travailleur temporaire” ou “salarié” d'une durée d'un an. / (…) Dans l'exercice de sa faculté d'appréciation, l'autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l'étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l'ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu'aux principes de la République mentionnés à l'article L. 412-7. / (…) ».
5. Les stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s’installer en France. Un ressortissant algérien ne peut, dès lors, utilement invoquer les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l’accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation. A ce titre, il lui revient de prendre en considération, notamment, l’ancienneté et la stabilité de l’insertion professionnelle du demandeur, le niveau de sa rémunération, sa qualification, son expérience et ses diplômes, la nature de l’activité exercée au regard des besoins de recrutement, les démarches effectuées par son employeur pour soutenir sa régularisation, le respect de ses obligations fiscales, de même que le respect de l’ordre public et tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande pour établir son insertion dans la société française. Il appartient seulement au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation portée sur la situation personnelle de l’intéressé.
6. M. A... se prévaut de sa présence en France ainsi que de son intégration professionnelle en faisant valoir qu’il justifie d’un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet dans un abattoir pour lequel son employeur a sollicité une autorisation de travail et en rappelant les difficultés de recrutement dans ce secteur. A cet égard, s’il ressort des pièces du dossier que M. A... a exercé la profession d’ouvrier d’abattoir depuis 2023 et qu’il a travaillé dans le secteur agricole dans son pays d’origine, son intégration professionnelle en France demeure toutefois récente et insuffisamment stable. Dans ces conditions, le préfet du Gers, qui a bien examiné la situation de l’intéressé sur le fondement de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation dans l’appréciation de la situation personnelle de M. A... en refusant de l’admettre au séjour à ce titre.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (…) ».

8. Ainsi qu’il a été dit ci-dessus, il ressort des termes de l’arrêté critiqué, pris sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu’il comporte les considérations de droit et de fait qui fondent le refus de délivrance d’un titre de séjour au requérant. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que la décision portant refus d’admission au séjour n’est pas entachée d’illégalité. Par suite, la décision attaquée n’est pas dépourvue de base légale.


10. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : (…) / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour (...) ». Aux termes de l’article L. 572-1 du même code : « Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen (…) ». Aux termes de l’article 13 du règlement UE n°604/2013 : « 1. Lorsqu’il est établi, sur la base de preuves ou d’indices tels qu’ils figurent dans les deux listes mentionnées à l’article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d’un État membre dans lequel il est entré en venant d’un État tiers, cet État membre est responsable de l’examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. (…) ».

11. Il est constant en l’espèce, que les recherches entreprises sur le fichier européen Eurodac à partir du relevé décadactylaire opérées le 29 avril 2021 lors de la présentation par M. A... de sa demande d'asile en France, révèlent que ses empreintes ont été précédemment relevées par les autorités espagnoles le 13 octobre 2020. Il s’ensuit, qu’en l’absence d’élément de nature à remettre en cause les éléments relevés dans l’arrêté de transfert 26 mai 2021 produit, il est établi que M. A... a franchi la frontière espagnole au plus tard le 13 octobre 2020, soit dans la période précédant les 12 mois du dépôt de sa demande d'asile en France. Par ailleurs, les autorités espagnoles sollicitées ont donné leur accord le 12 mai 2021 à la prise en charge de l’intéressé en application de l’article 13.1 du règlement UE 604/2013.

12. Il ressort des pièces du dossier, qu’à la date de l’arrêté attaqué du 18 mars 2025, d’une part, le transfert de M. A... aux autorités espagnoles pris sur le fondement des dispositions de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l’article L.572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avait été exécuté et qu’à la suite de son retour sur le sol français, les recherches effectuées auprès du centre de coopération policière et douanière franco-espagnole n’ont révélé aucun document de résidence en Espagne et si l’intéressé allègue ne pas avoir reçu d’assistance dans ce pays ce qui l’aurait empêché de déposer une demande d’asile, il n’apporte aucun élément au soutien de ses allégations. D’autre part, et à cette même date, la responsabilité de l’Etat espagnol avait pris fin au regard de l’expiration du délai de douze mois prévu par les dispositions de l’article 13 du règlement 604/2013 précité et il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... aurait réitéré sa demande d’asile auprès des autorités françaises. Dans ces circonstances particulières, en l’absence de demande effective d’asile à la date de l’arrêté attaqué, la situation de M. A... ne relevait pas des dispositions spécifiques relatives à l’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, ainsi qu’il a été dit précédemment, aucun des moyens dirigés à l’encontre des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n’est fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait dépourvue de base légale doit être écarté.

14. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qui n’est pas assorti des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé, ne peut qu’être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. »

16. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, qui vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que, pour fixer à un an la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l’encontre de M. A... sur le fondement de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet a relevé l’entrée récente du requérant sur le territoire, l’existence de liens familiaux dans son pays d’origine et qu’ainsi l’interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet a également précisé que M. A... n’avait pas fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement et qu’il n’avait pas un comportement troublant l’ordre public. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui fait état de l’ensemble des critères prévus par la loi et pris en compte par le préfet, est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions citées au point 15.

17. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Gers n’aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A... avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

18. En troisième lieu, M. A... n’ayant pas établi l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré du défaut de base légale de la mesure d’éloignement prononcée à son encontre par le préfet des Hautes-Pyrénées ne peut qu’être écarté.

19. En quatrième et dernier lieu, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que le préfet du Gers a pris en compte, pour prononcer une interdiction de retour pour une durée d’un an sur la base de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’ensemble des critères fixés par cet article. Eu égard à la situation de M. A..., à la durée et aux conditions de son séjour sur le territoire et de la circonstance qu’il ne peut se prévaloir de liens personnels ou familiaux en France, à l’exception d’une de ses sœurs, en prononçant à son encontre une telle interdiction d’une durée d’un an, le préfet du Gers n’a pas méconnu l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ni commis d’erreur d’appréciation.


En ce qui concerne la légalité de la décision l’astreignant à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d’Auch :
20. En premier lieu, si l’obligation de présentation à laquelle un étranger est susceptible d’être astreint a le caractère d’une décision distincte de l’obligation de quitter le territoire français, cette décision, qui tend à assurer que l’étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, concourt à la mise en œuvre de l’obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, si cette décision doit être motivée au titre des mesures de police, cette motivation peut, outre la référence à l’article L. 721‑7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, se confondre avec celle de l’obligation de quitter le territoire français assortie d’un délai de départ volontaire, laquelle est, ainsi qu’il a été dit au point 8, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
21. En deuxième lieu, ainsi qu’il a été dit précédemment, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas entachée d’illégalité. Par suite, M. A... n’est pas fondé à invoquer l’illégalité de cette dernière décision à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision l’astreignant à se présenter trois fois par semaine au commissariat de police d’Auch et lui faisant obligation d’indiquer les diligences effectuées dans la préparation de son départ.
22. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ».
23. La circonstance que l’arrêté en litige ne mentionne pas que la décision portant astreinte à se présenter au commissariat d’Auch est prise pour une durée limitée au délai de départ volontaire de trente jours n’est pas de nature à entacher cette décision d’illégalité dès lors qu’il ressort des termes de cet arrêté que la décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fixent une telle limitation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du préfet du Gers du 18 mars 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.





Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet du Gers.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.



Rendue publique par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2026.





Le président,
J-C. PAUZIÈS
La greffière,
M. CALOONE






La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :
La greffière,