Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2602965

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2602965
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSCP SJ2A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2026, Mme C... A... B..., représentée par Me Jonquet, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 juillet 2026 par laquelle le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d’enjoindre à ce qu’il soit procédé à la restitution des points illégalement retirés de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

en ce qui concerne l’urgence :

- alors qu’elle exerce, en qualité d’auto-entrepreneure, une activité d’accompagnatrice de montagne et de professeure de yoga, l’invalidation de son permis de conduire va la placer dans une situation professionnelle délicate ; en outre, cette situation met à mal sa stabilité familiale ;
- n’ayant jamais été condamnée pour un délit routier, elle ne représente pas un danger pour les autres usagers de la route ;
- au regard du doute sérieux sur la légalité de la décision entreprise, il y a urgence à prononcer la suspension de son exécution ;
- la décision contestée porte une atteinte grave au droit fondamental à l’exercice d’une activité professionnelle et à l’accès aux soins ; elle porte également atteinte à sa liberté d’aller et venir ainsi qu’à son droit d’exercer une activité professionnelle dans des conditions normales ;

en ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :

- elle n’a pas bénéficié de l’information préalable prévue par l’article R. 223-3 du code de la route au titre de chaque infraction ayant donné lieu à un retrait de points ;
- elle n’a jamais reçu d’amende au titre de l’infraction du 23 avril 2024 ;
- il n’est établi ni qu’elle aurait commis plusieurs excès de vitesse inférieurs à 20 km/h ni qu’il a été dûment procédé à la reconstitution automatique des points prévue par l’article L. 223-6 du code de la route, notamment s’agissant de la contravention du 12 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la requête, enregistrée au greffe du tribunal le 27 août 2026, sous le n° 2602963, par laquelle Mme A... B... sollicite l’annulation de la décision du 16 juillet 2026 par laquelle le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marie-Odile Meunier-Garner, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». L’article L. 522-3 du même code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

2. La condition à laquelle est subordonnée le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

3. En l’espèce, il résulte de l’instruction, et plus particulièrement du relevé d’information intégral de Mme A... B..., que la décision contestée prononçant l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul est intervenue à la suite, notamment, du retrait de quatre points pour des faits d’inobservation, par conducteur, de l’arrêt imposé par le panneau « Stop » à une intersection de routes commis à Luz-Saint-Sauveur le 6 août 2022, du retrait de trois points lié à un excès de vitesse d’au moins 30 km/h et inférieur à 40 km/h commis à Escoubes Pouts le 23 avril 2024 ainsi que du retrait de quatre points pour des faits de non-respect de l’arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant commis à Tarbes le 6 juin 2026. Eu égard à la gravité de ces infractions, dont la matérialité n’est pas contestée, à leur caractère récent et à leur réitération, la décision attaquée répond à des exigences de protection et de sécurité routière. Dans ces conditions, quand bien même cette décision est susceptible de porter atteinte à l’exercice de la profession de la requérante ainsi qu’à sa vie familiale, la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, laquelle doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie. Par suite, et sans qu’il soit besoin de statuer sur la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision entreprise, la requête de Mme A... B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, pour défaut d’urgence selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme A... B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... B....


Fait à Pau, le 1er septembre 2026.


La juge des référés,





M.O. MEUNIER-GARNER





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,