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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304802

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304802

mardi 10 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304802
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFELDMAN

Résumé IA

**Sujet principal** : Recours en plein contentieux d'une société délégataire contre la délibération fixant l'indemnité de résiliation de son contrat de délégation de service public (DSP) et demandant réparation de son préjudice. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Strasbourg (2ème Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal a rejeté la requête de la société XpFibre 2 Sarres. Il a jugé que la délibération du syndicat mixte Moselle Fibre, limitant l'indemnisation à la valeur nette comptable des biens de retour, était conforme au contrat de DSP. Les demandes indemnitaires pour manque à gagner ont été écartées, la société n'ayant pas démontré l'existence d'un préjudice certain et direct imputable à la résiliation. **Textes appliqués** : Les stipulations du contrat de délégation de service public (notamment l'article 1.4.9.7) et les principes généraux du droit administratif contractuel relatifs à la réparation du préjudice résultant d'une rupture pour motif d'intérêt général.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 juillet 2023, 4 février 2025 et 26 mars 2025 sous le n° 2304802, la société par actions simplifiée (SAS) XpFibre 2 Sarres, représentée par Me Feldman, demande au tribunal :

1°) d’annuler la délibération du comité syndical du syndicat mixte Moselle Fibre du 24 janvier 2023 fixant le montant de l’indemnité de résiliation de son contrat, ainsi que la décision du 28 avril 2023 rejetant son recours gracieux ;

2°) de condamner le syndicat mixte Moselle Fibre à lui verser la somme de 1 334 450 euros en réparation des préjudices résultant de l’illégalité de la résiliation de la convention de délégation de service public, déduction faite du montant de 169 209,13 euros, assortie des intérêts légaux ;

3°) de mettre à la charge du syndicat mixte Moselle Fibre une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
S’agissant des conclusions à fin d’annulation :
- l’article 1er de la délibération du 24 janvier 2023 est entaché d’illégalité dès lors qu’il limite son indemnisation au seul chef de la valeur nette comptable des biens de retour, en méconnaissance des stipulations du 2ème alinéa de l’article 1.4.9.7 du contrat de délégation de service public ;
- le montant de la valeur nette comptable retenu par la délibération est erroné, celui-ci s’élevant, au 9 novembre 2022, à la somme de 171 450 euros ;
- l’article 2 de cette délibération, qui autorise l’émission d’un titre de recette d’un montant de 37 638 euros, est entaché d’incompétence ;
- cette disposition est illégale en l’absence de tout manquement de sa part dans le cadre de la réversibilité et de la maintenance du réseau ;
S’agissant des conclusions indemnitaires :
- elle a droit à la réparation intégrale du préjudice résultant pour elle de la résiliation anticipée du contrat pour un motif d’intérêt général ;
- elle a droit à la somme de 171 450 euros au titre de la valeur nette comptable des biens de retour à la date du 9 novembre 2022 :
- elle a droit à 1 163 000 euros au titre du manque à gagner : d’une part, une somme de 560 000 euros au titre du manque à gagner résultant de la différence entre le résultat net cumulé réel et celui dont elle aurait dû bénéficier entre l’entrée en vigueur du contrat et la date de sa résiliation, d’autre part, une somme de 603 000 euros au titre du manque à gagner prévisible sur la période restant à courir de la convention ;
- il incombait à Moselle Fibre de procéder aux investissements nécessaires pour permettre d’assurer à son délégataire une rentabilité correspondant à celle du réseau tel qu’il aurait dû être remis à niveau ;
- subsidiairement, il y aura lieu de lui accorder 352 942 euros, à actualiser pour prendre en compte l’érosion monétaire depuis la conclusion de la convention, correspondant au cumul du résultat net des dernières années d’exploitation de l’activité concédée en contrepartie du déficit consenti par elle sur les neuf premières années de la durée contractuelle ;
S’agissant de l’absence de dette vis-à-vis de Moselle Fibre :
- elle n’a pas manqué à ses obligations en matière de réversibilité ; le plan de réversibilité défini le 16 juin 2022 a été exécuté et à la date de la résiliation l’ensemble du réseau et des liens permettant la fourniture des services aux usagers étaient fonctionnels ;
- il a été répondu aux demandes de Moselle Fibre par courrier du 21 novembre 2022 ;
- aucun des préjudices allégués par Moselle Fibre n’est fondé : s’agissant de la « reconfiguration des box », les logins et mots de passe ont été transmis le 10 novembre 2022 ; la continuité du service public a été assurée ; la reconfiguration du réseau résulte d’un choix de gestion par Moselle Fibre et n’a d’ailleurs été réalisé que huit mois après l’échéance contractuelle ; aucun manquement contractuel n’est constitué tandis que le syndicat ne démontre pas l’existence d’un préjudice certain pour un montant de 30 000 euros ; s’agissant de la « reconstitution de la documentation manquante », le syndicat n’a adressé aucune demande de documentation qui ne lui aurait pas été déjà fournie ou qui aurait été nécessaire pour la continuité du service public après la résiliation ; le préjudice d’un montant allégué de 5 000 euros n’est pas certain ; s’agissant de la « réparation de la casse du réseau », le syndicat n’établit pas qu’une casse du réseau serait intervenue avant le 9 novembre 2022 ; la réparation d’un câble mentionnée dans un courrier du 28 avril 2023 seulement en atteste.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2024 et 4 mars 2025, le syndicat mixte Moselle Fibre conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société XpFibre 2 Sarres sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la délibération du 24 janvier 2023 est régulière et légale ;
- le préjudice supplémentaire réclamé par la société délégataire au titre des biens de retour n’est pas établi ;
- le préjudice relatif au manque à gagner est chiffré de manière fantaisiste alors que la société XpFibre 2 Sarres n’escomptait un résultat net cumulé sur les quinze années d’exploitation de la délégation de service public qu’à hauteur de 352 942 euros, et qu’elle n’est pas fondée à demander l’indemnisation d’un préjudice de manque à gagner sur la période antérieure à la date de la résiliation pour motif d’intérêt général ; quant au déficit d’exploitation antérieur à la résiliation, il n’est pas imputable à cette même résiliation ; enfin, elle n’établit pas l’existence d’un manque à gagner indemnisable dès lors que l’exécution de la convention a été déficitaire jusqu’à sa résiliation ; elle ne saurait se prévaloir du compte prévisionnel d’exploitation joint à la convention ;
- la société XpFibre 2 Sarres ne peut pas prétendre à une indemnisation d’un manque à gagner en raison d’une quelconque faute du syndicat mixte : cette demande relève d’un litige distinct et aurait dû faire l’objet d’une demande indemnitaire préalable pour lier le contentieux ; il appartenait à la société délégataire d’assurer la mise à niveau du réseau et non au syndicat ; la mission d’adaptabilité du réseau était confiée à la délégataire selon l’article 1.4.5 de la convention ; or, celle-ci n’a pas réalisé l’étude technico-économique qui aurait permis de vérifier la faisabilité des actions envisagées et de définir les modalités financières de leur mise en œuvre ;
- la société XpFibre 2 Sarres a manqué à ses obligations contractuelles en matière de réversibilité, prévue à l’article 1.4.8.1 de la convention : il lui incombait de livrer le système d’information pour piloter le flux d’activation de Paris vers chaque box client en passant par les nœuds de raccordement optique du réseau ; le mode d’emploi n’a pas été reçu et les logins et mots de passe ne fonctionnaient pas, si bien qu’il a fallu reconfigurer le flux, pour un montant de 30 000 euros HT ; il incombait également à la société de fournir divers documents essentiels à la bonne exécution du service public délégué ; le syndicat a engagé des coûts de recensement, d’écriture des contrats et de négociation avec les tiers pour pallier l’absence de ces informations, qu’il a estimés à 5 000 euros.HT ; il a dû faire procéder à la réparation des dommages constatés sur le réseau à l’échéance de la convention, pour un montant de 2 638 euros HT.


II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2023 et le 14 janvier 2025 sous le n° 2306136, la société par actions simplifiée (SAS) XpFibre 2 Sarres, représentée par Me Feldman, demande au tribunal :

1°) d’annuler le titre de recettes n° 90002/2023 émis par le syndicat mixte Moselle Fibre en vue du recouvrement de la somme de 37 638 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l’obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge du syndicat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le titre de recettes méconnaît les dispositions du 4° de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, en l’absence de signature du bordereau de titres de recettes ;
- il ne comporte pas l’indication des bases de liquidation, en méconnaissance du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- la créance n’est pas fondée : d’une part, aucun des chefs de demande de réparation n’est fondé, en l’absence de fondement contractuel ; d’autre part, il n’existe pas de caractère certain entre le préjudice prétendument subi par le syndicat et une éventuelle faute qu’elle aurait commise ;
- il incombe au syndicat mixte de justifier qu’aucun nouveau titre n’a été émis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le syndicat mixte Moselle Fibre, représenté par Me Terraux, conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions présentées par la société XpFibre 2 Sarres sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le titre de recettes attaqué a été retiré, ainsi qu’il ressort du bordereau d’annulation émis le 21 décembre 2023.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code civil ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Brodier,
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique,
- les observations de Me Feldman, avocat de la société XpFibre 2 Sarres,
- les observations de Me Bonnard, substituant Me Terraux, avocate du syndicat mixte Moselle Fibre.

Une note en délibéré, présentée pour le syndicat mixte Moselle Fibre, a été enregistrée le 19 janvier 2026.


Considérant ce qui suit :

Le 7 novembre 2013, la communauté de communes des Deux Sarres a conclu avec la société Tutor un contrat de délégation de service public relative à l’exploitation d’un réseau de communications électroniques très haut débit sur son territoire. La compétence en matière de réseaux et de services locaux de communications électroniques a ensuite été exercée par la communauté de communes de Sarrebourg-Moselle Sud, au sein de laquelle la communauté de communes des Deux Sarres avait fusionné avec trois autres établissements publics de coopération intercommunale, avant d’être transférée au syndicat mixte Moselle Fibre, lequel s’est donc substitué à la communauté de communes des Deux Sarres dans l’exécution de la convention, à compter du 14 février 2020. Par une délibération du 3 mai 2022, le comité syndical de Moselle Fibre a prononcé la résiliation de cette convention pour motif d’intérêt général et en a informé la société XpFibre 2 Sarres, qui avait elle-même succédé à la société Tutor comme délégataire. Par une délibération du 24 janvier 2023, le comité syndical de Moselle Fibre a fixé à la somme de 169 209,13 euros le montant de l’indemnité de résiliation due à la société délégataire, et à 37 638 euros la somme due par cette dernière au syndicat en raison de plusieurs manquements à ses obligations.

Par sa requête enregistrée sous le n° 2304802, la société XpFibre 2 Sarres demande au tribunal d’annuler la délibération du 24 janvier 2023 et de condamner le syndicat mixte à lui verser la somme de 1 334 450 euros, déduction faite de la somme de 169 209,13 euros, en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de la résiliation du contrat pour motif d’intérêt général.

Par sa requête enregistrée sous le n° 2306136, la société demande au tribunal d’annuler le titre de recettes émis le 17 mai 2023 en vue du recouvrement de la somme de 37 638 euros. Il y a lieu de joindre ces deux requêtes, qui présentent à juger des questions connexes, pour statuer par un seul jugement.

Sur l’étendue du litige :

En premier lieu, le juge du contrat, saisi par une partie d’un litige relatif à une mesure d’exécution d’un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. En l’absence de contestation de la décision de résiliation du contrat et de conclusions tendant à la reprise des relations contractuelles, et dès lors que la délibération du 24 janvier 2023, dont elle demande l’annulation, s’analyse comme une simple mesure d’exécution du contrat, il y a lieu de regarder les conclusions présentées par la société XpFibre 2 Sarres dans le cadre de la requête n° 2304802 comme tendant à la condamnation du syndicat mixte Moselle Fibre à lui verser le solde financier de la délégation de service public, déduction faite de la somme de 169 209,13 euros, qui n’est pas en litige, en y incluant la réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de la résiliation du contrat, et en en excluant la créance dont se prévaut le syndicat à son encontre.

En second lieu, il résulte de l’instruction que, le 21 décembre 2023, l’ordonnateur du syndicat mixte Moselle Fibre a émis un titre d’annulation du titre de recettes n° 90002 du
17 mai 2023 à hauteur de 37 638 euros. Ce retrait étant devenu définitif, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation du titre de recettes contesté, ni sur celles tendant à la décharge de l’obligation de payer la somme initialement réclamée à la société XpFibre 2 Sarres.

Sur le règlement financier du contrat :

En ce qui concerne l’indemnisation des préjudices résultant de la résiliation pour motif d’intérêt général :

En premier lieu, lorsqu’une personne publique résilie la convention de délégation de service public avant son terme normal, le délégataire est fondé à demander l’indemnisation du préjudice qu’il subit à raison du retour anticipé des biens à titre gratuit dans le patrimoine de la collectivité publique, dès lors qu’ils n’ont pu être totalement amortis. Lorsque l’amortissement de ces biens a été calculé sur la base d’une durée d’utilisation inférieure à la durée du contrat, cette indemnité est égale à leur valeur nette comptable inscrite au bilan. Dans le cas où leur durée d’utilisation était supérieure à la durée du contrat, l’indemnité est égale à la valeur nette comptable qui résulterait de l’amortissement de ces biens sur la durée du contrat.

Il résulte de l’instruction que le syndicat mixte Moselle Fibre a déterminé, à partir des documents comptables produits par la société XpFibre 2 Sarres, que la valeur nette comptable des biens de retour s’établissait à 169 209,13 euros au jour de la résiliation du contrat en litige pour motif d’intérêt général, soit le 9 novembre 2022. Il a, pour ce faire, retranché de l’assiette indemnisable un montant de 4 188 euros inscrit en comptabilité comme « immobilisation en concession – AMO extension – GR », au motif que cette inscription correspondait à une situation de « factures non parvenues (FNP) », ce qui excluait qu’il puisse s’agir d’un bien de retour. Si la société requérante conteste la réduction pratiquée, elle ne produit aucun élément permettant de justifier du bien-fondé de cette inscription comptable, ni au demeurant qu’elle correspondrait à un bien acquis nécessaire au fonctionnement du service public dont l’exécution lui était déléguée. Par suite, la société XpFibre 2 Sarres n’est pas fondée à demander que l’indemnisation des biens de retour soit portée à 171 450 euros.

En deuxième lieu, si la résiliation unilatérale de la convention peut ouvrir, au profit de la société délégataire, un droit à une indemnité compensant la perte de bénéfices subie du fait de cette résiliation, il appartient à celle-ci d’établir la réalité de son préjudice.

D’une part, le manque à gagner subi au cours de la période antérieure à la date de résiliation de la convention en litige étant, par définition, sans lien avec cette dernière, la somme de 560 000 euros que la société XpFibre 2 Sarres réclame à ce titre ne saurait lui être allouée.

D’autre part, eu égard à son caractère prévisionnel, le plan d’affaires figurant en annexe n° 5 de la convention et faisant apparaître un résultat net escompté de 352 942 euros sur la durée de son exécution, ne saurait être de nature à démontrer l’existence d’un manque à gagner pour la période postérieure à la résiliation. La société XpFibre 2 Sarres n’apporte aucun autre élément pour l’établir, alors qu’il est constant que, jusqu’à la résiliation de la convention, son exploitation était déficitaire. Par suite, la somme de 603 000 euros que la société XpFibre 2 Sarres réclame au titre de son manque à gagner résultant de la résiliation anticipée de la convention ne saurait lui être allouée.

En ce qui concerne l’indemnisation des préjudices résultant de fautes commises par le syndicat Moselle Fibre :

La société XpFibre 2 Sarres se borne à soutenir que son déficit sur les neuf premières années de la convention est imputable à l’absence d’investissements réalisés par le délégant, sans toutefois fournir de précision sur la portée de l’obligation que Moselle Fibre aurait méconnue, ni sur les délais dans lesquels les investissements auraient dû être réalisés. La faute alléguée n’est ainsi pas établie. Au surplus, la requérante ne démontre pas non plus qu’elle aurait pu dégager des bénéfices si des investissements avaient été réalisés.

En ce qui concerne la somme mise à la charge de la société XpFibre 2 Sarres par le syndicat Moselle Fibre :

En premier lieu, le syndicat Moselle Fibre a mis à la charge de la société XpFibre 2 Sarres un montant de 30 000 euros, correspondant à un bon de commande du 11 juillet 2023 pour une prestation de « services de gestion et de supervision du cœur de réseau GPON de CC2S, d’audit de la configuration et de passage en configuration statique des acc-s de terminaison, sans SI et de migration des opérateurs à Paris TH2 vers CC2S ». Le syndicat soutient qu’il a dû procéder à cette reconfiguration pour recouvrer une parfaite maîtrise des équipements actifs, au motif que les logins et mots de passe transmis par la société XpFibre 2 Sarres ne permettaient pas d’accéder à la configuration des box. Toutefois, et alors qu’il n’est pas contesté qu’en réponse à la demande adressée par le syndicat le 10 novembre 2022, la société requérante a, le 14 novembre 2022, communiqué les login et mots de passe sollicités, la seule capture d’un écran d’authentification produite par Moselle Fibre n’établit pas que ceux-ci n’auraient pas été fonctionnels. Alors qu’il ressort d’un courrier qui lui a été adressé le 21 novembre 2022 par son ancienne délégante que celle-ci maintenait le lien de collecte jusqu’au 31 décembre 2022 et laissait le syndicat mettre en œuvre les solutions appropriées pour la suite, ce dernier ne justifie pas en l’espèce que la société XpFibre 2 Sarres aurait méconnu les stipulations de l’article 1.4.8.1 de la convention, prévoyant notamment des engagements en vue d’une transmission efficace des informations utiles à la prestation ni celles de l’annexe 12 à cette même convention relatives aux mesures de nature à assurer la réversibilité. Le syndicat mixte n’établit au demeurant pas plus que l’éventuelle insuffisance des éléments transmis par XPFibre 2 Sarres aurait impliqué d’engager les prestations qu’elle a mises à sa charge à hauteur de 30 000 euros.

En deuxième lieu, il n’est pas contesté que la société XpFibre 2 Sarres n’a pas transmis au syndicat Moselle Fibre un certain nombre des données administratives et commerciales, pourtant énumérées dans le plan de réversibilité établi le 16 juin 2022, parmi lesquelles les conventions cadres et les conditions particulières conclues avec les usagers, les documents de la maille de cofinancement, les « conventions façade » et les « conventions immeubles ». Toutefois, et ainsi que la société requérante le soutient, Moselle Fibre s’est borné à évaluer son préjudice à un montant de 5 000 euros hors taxes, résultant de l’intervention alléguée d’un technicien télécom pendant soixante-dix heures et d’un juriste pendant cinquante-huit heures, sans établir la réalité de ce même préjudice. Par suite, la société XpFibre 2 Sarres est fondée à soutenir que le syndicat mixte ne pouvait pas mettre à sa charge la somme de 5 000 euros hors taxes qu’il lui réclame.

En dernier lieu, ainsi que la société requérante le soutient, Moselle Fibre n’établit pas que la casse d’un élément du réseau, dont la réparation a été opérée le 28 avril 2023, serait intervenue avant la résiliation de la convention en litige. En l’absence de manquement imputable à la société XpFibre 2 Sarres, le syndicat mixte ne peut pas mettre à sa charge la somme de 2 638 euros hors taxes qu’il lui réclame.

Il résulte de tout ce qui précède que le solde du règlement financier de la convention de délégation de service public qui liait Moselle Fibre à la société XpFibre 2 Sarres s’établit à la somme de 169 209,13 euros en faveur de cette dernière, laquelle ne doit rien au syndicat. Par suite, et alors que le paiement de la somme de 169 209,13 euros n’est pas en litige, les conclusions de la requérante, qui tendent à ce que le syndicat soit condamné à lui verser une somme complémentaire, ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les frais de l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de la société XpFibre 2 Sarres, qui n’est pas la partie perdante, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du syndicat mixte Moselle Fibre une somme au titre des frais exposés par la société XpFibre 2 Sarres et non compris dans les dépens.





D E C I D E :



Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation du titre de recettes n° 90002 émis le 17 mai 2023 par le syndicat mixte Moselle Fibre, ni sur celles tendant à la décharge de l’obligation de payer la somme de 37 638 euros.

Article 2 : Les conclusions de la requête n° 2304802 et le surplus des conclusions de la requête n° 2306136 sont rejetés.

Article 3 : Les conclusions présentées par le syndicat mixte Moselle Fibre sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée XpFibre 2 Sarres et au syndicat mixte Moselle Fibre.



Délibéré après l’audience du 15 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,
Mme Brodier, première conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2026.


La rapporteure,

H. Brodier
Le président,

P. Rees

La greffière,

V. Immelé



La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier

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