Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, et un mémoire, enregistré le 8 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Nassoy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°)
d’annuler la décision du 24 mai 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d’agent privé de sécurité ;
2°)
d’enjoindre au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°)
de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n’est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors que les faits sont anciens et isolés et ne révèlent pas un comportement incompatible avec les fonctions d’agent privé de sécurité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2026, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Muller,
- les conclusions de M. Biget, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. A... B... a sollicité la délivrance d’une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d’agent privé de sécurité. Par une décision du 24 mai 2024, dont M. B... demande l’annulation, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de faire droit à sa demande.
Aux termes de l’article L. 612-20 du même code : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / (…) 5° S'il ne justifie pas de son aptitude professionnelle, notamment d'une connaissance des principes de la République, selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / (…) ». Aux termes de l’article L. 612-22 du même code : « L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20 (…) ».
Il résulte des dispositions de l’article L. 612‑20 du code de la sécurité intérieure qu’il appartient à l’autorité administrative d’apprécier si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l’exercice de la profession d’agent de sécurité, alors même que les agissements en cause n’auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, qu’ils auraient été effacés du système de traitement des antécédents judiciaires ou qu’ils auraient fait l’objet d’un classement sans suite. A ce titre, l’autorité administrative est amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
Il ressort des éléments figurant au fichier de traitement des antécédents judiciaires que M. B... a été mis en cause, le 14 octobre 2019, pour des faits de harcèlement sexuel par personne abusant de l’autorité que confère sa fonction - propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste imposés de façon répétée, commis entre le 15 et le 29 mars 2019 à Thionville et qu’il a fait l’objet d’un rappel à la loi le 10 juin 2020. Si M. B... conteste les faits qui lui sont reprochés et fait valoir que le rappel à la loi ne signifie pas qu’il les a reconnus, il ressort des termes du procès-verbal de comparution pour avertissement que la procédure établie par les services de gendarmerie a permis de retenir sa responsabilité dans la commission de l’infraction et qu’il a été expressément invité à ne pas la renouveler. En outre, il ne produit aucun document de nature à faire douter de la matérialité des faits, qui doit par suite être regardée comme établie.
Par ailleurs, M. B..., qui était titulaire d’une carte professionnelle et d’un agrément en qualité de dirigeant, était soumis à des exigences déontologiques accrues. En dépit de leur caractère isolé et anciens, ces faits, compte tenu de leur gravité et de la circonstance qu’ils ont été commis par une personne ayant abusé de sa position d’autorité, révèlent un comportement contraire à l'honneur, à la probité et de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, incompatible, avec l’exercice d’une activité privée de sécurité, et ainsi, de nature à justifier la décision qui lui a été opposée.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l’audience du 9 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
O. Muller
La présidente,
G. Haudier
La greffière,
C. Haas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,