Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2506008

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2506008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantOLSZAKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 24 juin 2025 par lequel le préfet de la Moselle a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur de droit, dès lors que le préfet ne s’est pas fondé sur ses ressources propres mais a fait une évaluation erronée de celles de sa fille ;
- la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’une erreur d’appréciation de ses ressources au regard des dispositions de l’article L. 426-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle bénéficie de virements mensuels de sa fille d’un montant de 1 300 euros et que cette dernière pourvoit à son entretien et à son hébergement ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour, laquelle est illégale ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en conséquence de l’annulation des décisions portant refus d’admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, lesquelles sont illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2025, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg du 20 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendu au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Foucher,
- les observations de Me Olszakowski, rerésentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante libanaise, née le 8 mai 1957, est entrée en France le 22 février 2024. Par une demande du 16 décembre 2024, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention « visiteur ». Par un arrêté du 24 juin 2025, le préfet de la Moselle a refusé de l’admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an. Par la présente requête, Mme A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg le 20 octobre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d’admission au séjour :

Aux termes de l’article L. 426-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ».

Pour justifier que sa situation répond à la condition de ressources de l’article L. 426-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la requérante soutient que sa fille lui verse une pension mensuelle de 1 300 euros et prend en charge son entretien, son hébergement et l’intégralité de ses besoins. Toutefois, le préfet fait valoir, sans être contredit, que la fille de la requérante, dont le foyer est composé de deux adultes et deux enfants, a déclaré 13 115 euros de ressources pour l’année 2023 pour l’ensemble du foyer, qu’elle était au chômage depuis le 1er septembre 2024 et qu’elle n’a pas communiqué le montant de son indemnisation, ce dont la requérante ne nous informe pas plus dans la présente instance. En outre, la requérante ne contredit pas les mentions portées sur la décision attaquée selon lesquelles sa fille disposait alors d’une épargne de 14 063 euros et selon lesquelles elle disposait elle-même d’une épargne de 1 118,64 euros. D’une part, dès lors que les ressources de la requérante dépendaient en très grande partie de celles de sa fille, le préfet n’a pas commis d’erreur de droit en prenant en compte celles de cette dernière. D’autre part, eu égard aux éléments précédemment relevés, en considérant que la requérante ne pouvait vivre de ses seules ressources, au sens de l’article L. 426-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, lesquelles dépendaient des ressources de sa fille dont la stabilité n’était pas établie, le préfet n’a pas commis d’erreur d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant refus d’admission au séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise sur le fondement d’une décision portant refus d’admission au séjour illégale. L’exception d’illégalité soulevée par la requérante ne peut, dès lors, pas être accueillie.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.




En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait été prise sur le fondement de décisions portant refus d’admission au séjour et obligation de quitter le territoire français illégales. L’exception d’illégalité soulevée par la requérante ne peut, dès lors, pas être accueillie.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par la requérante, n’appelle aucune mesure d’exécution. Les conclusions à fin d’injonction ne peuvent, dès lors, qu’être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent dès lors être rejetées.



D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A... est rejeté.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 30 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Haudier, présidente,
Mme Foucher, première conseillère,
M. Muller, premier conseiller.





Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


La rapporteure,

A.-V. Foucher
La présidente,


G. Haudier

La greffière,

C. Haas


La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,