Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 mai et 19 juin 2026, la SAS Hausland demande au juge des référés, sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :
1°) à titre principal, d’annuler la procédure adaptée engagée par l’office public d’habitation Mulhouse Alsace Agglomération Habitat (M2A Habitat) en vue de l’attribution des lots nos 16, 17 et 18, respectivement « électricité », « plomberie-sanitaires » et « chauffage-VMC » du marché public de travaux de réhabilitation thermique de 80 logements situés 4, 6, 8, 10 et 12, rue de la Verdure à Riedisheim, et d’enjoindre à M2A Habitat de reprendre la procédure au stade de l’analyse des offres en procédant, pour chacun des lots, à une notation individualisée et dûment motivée ;
2°) à titre subsidiaire, de suspendre la signature des marchés relatifs à chacun de ces lots et d’enjoindre à M2A Habitat de procéder à une nouvelle analyse des offres ;
3°) en tout état de cause, d’enjoindre à M2A Habitat de produire le rapport d’analyse des offres, les mémoires techniques des attributaires et toute pièce permettant d’apprécier la régularité de l’évaluation, et de mettre à la charge de M2A Habitat la somme de 4 000 euros à lui verser en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- en méconnaissance des dispositions des articles R. 2181-1, R. 2181-2 et R. 2181-3 du code de la commande publique, les décisions de rejet de ses offres sont insuffisamment motivées, en l’absence d’élément sur les « caractéristiques et avantages relatifs de l’offre retenue », de justification apportée à la note de 0/5 attribuée sur le sous-critère « planning prévisionnel » aux lots nos 17 et 18, alors qu’au titre du lot n° 16, son offre a obtenu la note de 3,75/5 pour le même sous-critère, d’explication quant aux notes identiques attribuée pour les six sous-critères de la valeur technique et d’information sur le déroulement et l’avancement de la négociation ;
- l’identité des notes attribuées à ses offres au titre des lots nos 17 et 18 au titre de chacun des six sous-critères de la valeur technique, alors qu’ils concernent des prestations techniquement et matériellement distinctes, pour des montants globaux différents, et qu’elle a remis des mémoires techniques distincts intégrant des fiches-produits, des organigrammes d’équipes, des plannings et des méthodologies différents, révèle que ses offres n’ont pas fait l’objet d’une évaluation individualisée, en méconnaissance des principes d’égalité de traitement et de transparence ;
- la notation du sous-critère 2.4 « planning prévisionnel » est entachée d’incohérence et d’erreur manifeste d’appréciation, puisqu’elle a obtenu la note de 0 sur 5 au titre des lots nos 17 et 18 et la note de 3,75 sur 5 au titre du lot n° 16, alors que, pour chacun des lots, elle a remis des plannings établis selon une méthodologie comparable ;
- le contenu de ses offres a été dénaturé, dès lors que des sections rédigées de manière identiques dans les mémoires techniques remis pour chacune d’entre elles, notamment celles relatives aux mesures d’hygiène, de sécurité et de santé et la synthèse « organisation des accès, rendez-vous et suivi des interventions en site occupé », ont été notées différemment pour le lot n° 16, d’une part, et les lots nos 17 et 18, d’autre part ;
- eu égard aux écarts de notes entre ses offres et celles retenues, ces manquements l’ont lésée.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2026, M2A Habitat, représenté par Me Marcantoni, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Hausland la somme de 4 000 euros à lui verser en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Rees, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue le 19 juin 2026 en présence de Mme Immelé, greffière d’audience, M. Rees a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. A... représentant la SAS Hausland,
- les observations de Me Palagi, avocate de M2A Habitat.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience en application du premier alinéa de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Le 12 décembre 2025, l’office public d’habitation Mulhouse Alsace Agglomération Habitat (M2A Habitat) a engagé une procédure adaptée en vue de l’attribution des lots nos 16, 17 et 18, respectivement « électricité », « plomberie-sanitaires » et « chauffage-VMC » du marché public de travaux de réhabilitation thermique de 80 logements situés 4, 6, 8, 10 et 12, rue de la Verdure à Riedisheim. La SAS Hausland, dont les offres ont été rejetées pour chacun des lots, conteste la régularité de cette procédure et en demande la reprise au stade de l’analyse des offres.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. (…) Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ».
En ce qui concerne les conclusions principales tendant à l’annulation de la procédure et à sa reprise au stade de l’analyse des offres :
En premier lieu, aux termes de l’article R. 2181-1 du code de la commande publique : « L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ». Aux termes de son article R. 2181-2, relatif à l’information des candidats et des soumissionnaires évincés dans le cadre des marchés passés selon une procédure adaptée : « Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur. / Lorsque l'offre de ce soumissionnaire n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur lui communique en outre les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché ».
Il résulte de l’instruction que la SAS Hausland, informée du rejet de ses offres par lettres du 18 mai 2026, a sollicité des précisions et explications complémentaires par courrier électronique du 22 mai 2026, auquel M2A Habitat a répondu par des lettres des 28 mai et 12 juin 2026.
D’une part, si la requérante soutient que les informations qui lui ont été communiquées le 18 mai 2026 étaient insuffisantes, elle admet avoir reçu, le 28 mai, les informations détaillées qu’elle sollicitait, et dont elle ne discute pas la conformité par rapport aux dispositions de l’article R. 2181-2 précité. D’autre part, la procédure adaptée en litige n’est pas régie par les dispositions de l’article R. 2181-3 du code de la commande publique lesquelles ne s’appliquent qu’aux marchés passés selon une procédure formalisée ; la requérante ne peut donc pas utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
En deuxième lieu, la circonstance que les offres de la requérante au titre des lots nos 17 et 18 ont obtenu des notes identiques pour chacun des six sous-critères de la valeur technique ne suffit pas, à elle seule, à établir que ces offres n’ont pas fait l’objet d’une évaluation individualisée, en méconnaissance des principes d’égalité de traitement et de transparence, à plus forte raison alors que les mémoires techniques remis à l’appui de ces offres sont strictement identiques.
En troisième lieu, le cadre de réponse du mémoire technique prescrit : « L’entreprise présentera : / Un planning prévisionnel faisant apparaitre le détail par phase et la durée globale estimée (100% de la note de ce sous-critère) ». Il résulte de ces dispositions que les candidats devaient remettre un planning prévisionnel faisant apparaitre le détail par phase et la durée globale estimée, sous peine de n’obtenir aucun point au titre du sous-critère 2.4 « planning prévisionnel ».
Il est constant que, pour chacune des lots, la SAS Hausland a omis de produire le document exigé par les dispositions précitées. Dès lors, M2A Habitat était fondée à lui attribuer la note de zéro au titre du sous-critère 2.4 « planning prévisionnel ». La circonstance que la requérante a, néanmoins, obtenu la note de 3,75 sur 5 au titre du lot n° 16, ne saurait être de nature à remettre en cause la note de zéro obtenue au titre des lots nos 17 et 18.
En quatrième lieu, la circonstance que les offres de la SAS Hausland, au vu de mémoires techniques identiques, ont été notées différemment pour le lot n° 16, d’une part, et les lots nos 17 et 18, d’autre part, au titre des sous-critères « environnement/HSE » et « méthodologie en site occupé », ne suffit pas, en soi, à établir que leur contenu a été dénaturé.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’ordonner la production des éléments qu’elle sollicite, que la requérante n’est pas fondée à demander l’annulation de la procédure de passation en litige ni, par voie de conséquence, sa reprise au stade de l’analyse des offres.
En ce qui concerne les conclusions subsidiaires :
Dès lors qu’en vertu de l’article L. 551-4 du code de justice administrative, le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle, les conclusions de la requérante tendant à la suspension de la signature des contrats relatifs à chacun des lots en litige sont sans objet. Elles ne peuvent donc, avec les conclusions à fin d’injonction qui les accompagnent, qu’être rejetées.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SAS Hausland sur le fondement des articles L. 551-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de M2A Habitat, qui n’est pas la partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS Hausland la somme de 3 000 euros à verser à M2A Habitat en application de ces dispositions.
O R D O N N E :
La requête de la SAS Hausland est rejetée.
La SAS Hausland versera à M2A Habitat la somme de 3 000 (trois mille) euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le surplus des conclusions de M2A Habitat est rejeté.
La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Hausland et à l’office public d’habitation Mulhouse Alsace Agglomération Habitat.
Fait à Strasbourg, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
P. Rees
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.