Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 janvier et 12 février 2026, M. B... A..., représenté par Me Pigot, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite, née le 28 avril 2024, par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
elle est entachée d’un vice de procédure tiré du défaut de convocation de la commission du titre de séjour ;
elle méconnaît l’article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle viole l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de police de Paris, à qui la requête a été régulièrement communiquée, n’a pas produit d’observations en défense, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 24 mars 2026.
Par ordonnance du 5 mai 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 20 mai 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les observations de Me Mourre, substituant Me Pigot, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant ivoirien né le 2 septembre 2005, entré en France le 2 mai 2022 sous couvert d’un visa accordé au titre du regroupement familial, a sollicité le 28 décembre 2023 la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article 8 de l’accord franco-ivoirien. Du silence gardé par le préfet de police de Paris pendant une durée de quatre mois est née le 28 avril 2024, conformément à l’article R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une décision implicite de rejet dont M. A... demande, par la présente requête, l’annulation.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 8 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d’Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes : « Les membres de la famille d'un ressortissant de l'un des Etats contractants peuvent être autorisés à rejoindre le chef de famille régulièrement établi sur le territoire de l'autre Etat dans le cadre de la législation en vigueur dans l'Etat d'accueil en matière de regroupement familial. / Ils reçoivent un titre de séjour de même nature que celui du chef de famille, dans le cadre de la législation de l'Etat d'accueil. ». Aux termes de l’article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III et dont l'un des parents au moins est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident se voit délivrer, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire (…), une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré sur le territoire français régulièrement le 2 mai 2022 sous couvert d’un visa valable du 15 avril au 14 juillet 2022 qui lui a été délivré après que son père a obtenu, le 10 janvier 2022, une décision favorable à la demande de regroupement familial formulée en 2020. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A... a sollicité l’année de ses dix-huit ans un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que son père était, à la date de la décision attaquée, détenteur d’une carte de résident. Dans ces conditions, M. A... remplissait les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la décision implicite rejetant sa demande de carte de séjour temporaire est entachée d'une erreur de droit et doit pour ce motif, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Eu égard au motif de l’annulation prononcée et aux stipulations de l’article 8 de la convention conclue entre la France et la Côte d’Ivoire citées au point 2, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. A..., dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de résident. Il n’y a, en revanche, pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La décision du 28 avril 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. A... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de délivrer à M. A..., dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de résident.
Article 3 : L’Etat versera à M. A... la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
I. OSTYN
Le président,
Signé
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.