Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 21 février 2025, 7 et 21 avril 2026, la société par actions simplifiée PARIS BATIGNOLLES, représentée par Me Morisset, demande au tribunal de :
1°) prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre du mois d’août 2018 ;
2°) mettre à la charge de l’État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
les rappels mis à sa charge sont infondés, dès lors que la position prise par l’administration dans le cadre de la vérification de comptabilité opérée sur la période du 1er janvier 2016 au 30 novembre 2018 en matière de TVA, qui n’a donné lieu à aucun rappel sur l’année 2018, lui est opposable sur le fondement de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;
le fait générateur et l’exigibilité de la TVA sur la cession des biens immobiliers sont intervenus à la date de transfert de propriété desdits biens, soit à la date du premier acte notarié du 26 septembre 2017 et non à la date de l’acte rectificatif du 3 mai 2018, de sorte que c’est à tort que le service a rattaché les rappels de TVA en litige au mois d’août 2018 ;
les intérêts de retard et la majoration pour manquement délibéré sont infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2025, le directeur régional des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Par ordonnance du 21 avril 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 6 mai 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn,
- les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,
- et les observations de Me Morisset, représentant la société PARIS BATIGNOLLES.
Considérant ce qui suit :
La société par actions simplifiée PARIS BATIGNOLLES, qui avait pour activité l’activité de commercialisation et de gestion d’actifs immobiliers, a fait l’objet d’un contrôle sur pièces. A l’issue de ce contrôle et au terme d’une procédure de taxation d’office fondée sur le 3° de l’article L. 66 du livre des procédures fiscales, elle a été assujettie, par une proposition de rectification du 5 février 2021, à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre du mois d’août 2018, assorti des intérêts de retard prévus à l’article 1727 du code général des impôts et de la pénalité pour manquement délibéré de 40 % en application du a de l’article 1729 du même code. Par une réclamation du 30 novembre 2022, la société requérante a contesté ce rappel et la pénalité afférente, mis en recouvrement par un avis du 31 octobre 2022. Cette réclamation ayant été rejetée par l’administration le 13 décembre 2024, la société PARIS BATIGNOLLES réitère ses prétentions devant le tribunal de céans.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Aux termes de l’article 269 du code général des impôts : « 1. Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; (…) 2. La taxe est exigible : a) Pour les livraisons et les achats mentionnés aux a et a sexies du 1 et pour les opérations mentionnées aux b et d du même 1, lors de la réalisation du fait générateur (…) ». Et aux termes de l’article 283 du même code : « (…) 3. Toute personne qui mentionne la taxe sur la valeur ajoutée sur une facture est redevable de la taxe du seul fait de sa facturation. (…) ».
Il résulte de l’instruction que la société PARIS BATIGNOLLES a cédé par acte authentique le 26 septembre 2017 un bien immobilier à la société CHAMPAI pour un montant de 12,5 millions d’euros. Tout en précisant expressément que les parties entendaient opter pour l’assujettissement de ladite vente à la TVA, elles sont, dans un paragraphe intitulé « Régularisation de la TVA », convenues que la vente entraînait la remise en cause pour partie de la TVA déduite par le vendeur et le reversement par ce dernier au Trésor public de la partie de la TVA initialement déduite pendant l’utilisation des biens et droits immobiliers et que ce montant, s’élevant à 957 667 euros, serait payé par l’acquéreuse. Il résulte également de l’instruction que, par un acte authentique du 3 mai 2018, les parties sont convenues que la vente en litige serait assujettie à la TVA et que la société CHAMPAI verserait à ce titre à la société requérante le montant correspondant à la différence entre la TVA due et la TVA déjà versée au titre de la régularisation susmentionnée. Il ne résulte pas de l’instruction que le fait générateur de la TVA en cause serait intervenu au mois d’août 2018, alors que les deux actes authentiques datent du 26 septembre 2017 et du 3 mai 2018 et que l’administration indique elle-même dans ses écritures que le rappel de TVA en litige aurait dû être rattaché au mois de mai 2018. Dans ces conditions, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la société PARIS BATIGNOLLES est fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des rappels de TVA mis à sa charge au titre du mois d’août 2018.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du livre des procédures fiscales.
D E C I D E :
Article 1er : La société PARIS BATIGNOLLES est déchargée, en droits et pénalités, du rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel elle a été assujettie au titre du mois d’août 2018.
Article 2 : L’État versera à la société PARIS BATIGNOLLES la somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée PARIS BATIGNOLLES et au directeur régional des finances publics d’Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
I. OSTYN
Le président,
Signé
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au ministre de l'action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.