Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 14 août 2025 sous le numéro 2523770, M. A... B..., représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet de police de Paris a implicitement refusé de l’admettre au séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l’attente, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’un défaut de motivation ;
elle est entachée d’un vice de procédure, dès lors que la commission du titre de séjour n’a pas été saisie ;
elle n’a pas été précédée d’un examen approfondi et particulier de sa situation :
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions attaquées sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2026, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens dirigés contre la décision implicite attaquée doivent être regardés comme dirigés contre l’arrêté du 29 janvier 2026, qui s’y est substitué.
Par ordonnance du 10 mars 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 21 avril 2026.
II. Par une requête, enregistrée le 23 février 2026 sous le numéro 2605781, M. A... B..., représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 29 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l’attente, de le munir d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
les décisions attaquées sont entachées d’incompétence de leur auteur ;
elles sont insuffisamment motivées en fait ;
elles n’ont pas été précédées d’un examen de sa situation ;
la décision portant refus d’admission exceptionnelle au séjour est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’il n’est démontré ni que les membres de la commission du titre de séjour ont été régulièrement désignés ni que M. B... aurait été convoqué à la réunion de la commission ;
elle est entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il justifie d’une résidence continue et ininterrompue sur le territoire français depuis 2012, soit depuis treize années à la date de la décision attaquée, qu’il justifie d’une intégration professionnelle exemplaire, qu’il est parfaitement intégré à la société française, dont il maîtrise la langue, qu’il déclare ses revenus à l’administration fiscale et n’a jamais commis de trouble à l’ordre public ;
elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreur manifeste d'appréciation ;
les décisions attaquées sont entachées d’erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2026, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Par ordonnance du 10 mars 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 21 avril 2026.
Des pièces ont été enregistrées pour M. B... le 16 juin 2026, soit postérieurement à la clôture d’instruction, et n’ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn ;
- et les observations de Me Nait Mazi, substituant Me Giudicelli-Jahn, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant égyptien né le 19 mars 1988, entré en France en 2012 sous couvert d’un visa de court séjour selon ses déclarations, a sollicité le 16 avril 2024 son admission au séjour. Du silence gardé par l’administration pendant un délai de quatre mois après le dépôt de la demande de titre de séjour est née, le 16 août 2024, une décision implicite de rejet de la demande conformément à l’article R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par la requête n° 2523770, M. B... demande l’annulation de cette décision implicite. Par la requête n° 2605781, il demande l’annulation de l’arrêté du 29 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de l’admettre exceptionnellement au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Les requêtes enregistrées sous les numéros 2523770 et 2605781 présentent à juger des questions semblables, concernent la situation d’un même requérant et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a par conséquent lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l’étendue du litige :
Le requérant demande l’annulation pour excès de pouvoir, d’une part, de la décision de refus implicite de titre de séjour née le 16 août 2024 du silence tenu par le préfet de police de Paris pendant le délai de quatre mois après le dépôt de sa demande de titre de séjour et, d’autre part, de l’arrêté du 29 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a notamment expressément refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour. Dès lors que cette décision expresse s’est implicitement mais nécessairement substituée à la décision implicite, qui porte sur le même objet, les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de refus née du silence gardé par le préfet de police de Paris doivent être regardées comme dirigées contre la décision de refus de titre de séjour du 29 janvier 2026 qui s’y est substituée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions :
En premier lieu, par un arrêté n° 2025‑01343 du 20 octobre 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation au signataire de l’arrêté attaqué, M. E... F..., administrateur de l’État hors classe, sous-directeur du séjour et de l’accès à la nationalité, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, lesquelles comportent la police des étrangers, en cas d’absence ou d’empêchement des autres délégataires, sans qu’il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n’aient pas été absents ou empêchés lorsqu’il a signé l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu aux termes des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ».
Les décisions de refus de séjour, fixant le délai de départ et le pays de destination énoncent l’ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Le préfet de police, qui n’avait pas à mentionner tous les éléments de la situation personnelle de la requérante, n’a donc entaché son arrêté d’aucun défaut de motivation de ces décisions. En outre, la mesure d’éloignement se fonde sur la décision de refus de séjour de sorte que, conformément aux dispositions précitées, le préfet de police n’était pas tenu de la motiver de manière distincte. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.
En troisième et dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet de police de Paris ait entaché sa décision d’un défaut d’examen de la situation de M. B....
En ce qui concerne la décision portant refus d’admission exceptionnelle au séjour :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ». Aux termes de l’article L. 432-14 du même code : « La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Dans les départements de plus de 500 000 habitants, une commission peut être instituée dans un ou plusieurs arrondissements. ». Aux termes de l’article R. 432-6 du même code : « Le préfet ou, à Paris, le préfet de police met en place la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 par un arrêté : / 1° Constatant la désignation des élus locaux mentionnés au 1° du même article ; / 2° Désignant les personnalités qualifiées mentionnées au 2° du même article ; / 3° Désignant le président de la commission. ».
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été convoqué devant la commission du titre de séjour par un courrier envoyé le 20 novembre 2025 et reçu le 26 décembre suivant et que les membres qui y ont siégé, à savoir M. C... et M. D..., ont été désignés par arrêté n° 2024-00509 du 19 avril 2024. Il s’ensuit que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d’admission au séjour serait entachée d’un vice de procédure manque en fait et doit, ainsi, être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».
M. B... fait valoir que la décision portant refus d’admission au séjour est entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il justifie d’une résidence continue et ininterrompue sur le territoire français depuis 2012, soit depuis treize années à la date de la décision attaquée, qu’il justifie d’une intégration professionnelle exemplaire, qu’il est parfaitement intégré à la société française, dont il maîtrise la langue, qu’il déclare ses revenus à l’administration fiscale et n’a jamais commis de trouble à l’ordre public. Toutefois, d’une part, si M. B... se prévaut d’une présence ininterrompue sur le territoire français depuis 2012, il ne conteste ni être célibataire et sans charge de famille en France, où il indique être arrivé à l’âge de 23 ans, ni ne pas être démuni d’attaches familiales à l’étranger où résident, ainsi qu’il l’a mentionné lui-même dans la feuille de salle, ses parents, ses deux frères et ses deux sœurs. En outre, il ne fait état d’aucun élément de nature à établir qu’il aurait noué, en France, des relations personnelles qui démontreraient une particulière insertion dans la société française, allant au-delà de sa seule maîtrise, au demeurant non établie, de la langue française. D’autre part, M. B... se prévaut de son insertion professionnelle exemplaire mais il ne produit à l’instance aucun bulletin de salaire ou contrat de travail qui corroborerait une telle allégation. Par ailleurs, les seuls virements sur ses comptes bancaires en provenance de sociétés intervenant dans le domaine du BTP et remises de chèque, dont l’origine n’est pas démontrée, ne caractérisent pas une situation d’emploi justifiant un motif exceptionnel de régularisation. De plus, si M. B... soutient qu’il déclare régulièrement ses revenus auprès de l’administration fiscale, il ressort des avis d’imposition produits à l’instance qu’il n’a déclaré aucun revenu au titre des années pour lesquelles il se prévaut d’une situation d’emploi. Enfin, si l’existence d’une menace pour l’ordre public est susceptible de faire obstacle à la délivrance d’un titre de séjour, l’absence de trouble à l’ordre public ne saurait, en revanche, figurer parmi les éléments justifiant un droit au séjour. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de police de Paris, en refusant de l’admettre au séjour, aurait entaché sa décision d’erreur manifeste d'appréciation.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ». Et aux termes du premier alinéa de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».
Ainsi qu’il a été dit au point 10, M. B... est célibataire et sans charge de famille en France, ses parents et sa fratrie résident en Egypte et il n’établit pas l’insertion personnelle et professionnelle dont il se prévaut. Le moyen tiré de ce que la décision portant refus d’admission au séjour méconnaîtrait l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porterait une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ne peut qu’être écarté.
En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 et 12 que M. B... n’est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus d’admission au séjour et obligation de quitter le territoire français seraient entachées d’erreur manifeste d'appréciation, en particulier quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B... doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: Les requêtes de M. B... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
I. OSTYN
Le président,
Signé
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.