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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2604738

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2604738

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2604738
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS (SARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 février 2026 et le 20 mai 2026, M. C... A..., représenté par Me Diallo, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 15 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un vice de compétence ;
- il est entaché d’un défaut de motivation ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu’il justifie remplir les conditions pour obtenir un titre de séjour en qualité de conjoint de Français ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2026, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.


Par une ordonnance du 21 mai 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 5 juin 2026.


Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience ;
- les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu lors de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant guinéen né le 27 décembre 1988 à Conakry (Guinée), déclare être entré en France en 2017. Le 1er février 2025, il a sollicité d’être admis au séjour en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 15 janvier 2026, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office. M. A... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté pour toutes les décisions qu’il contient.

En premier lieu, par un arrêté n° 2025-01703, régulièrement publié le 24 décembre 2025 au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police de Paris a donné délégation à Mme B... E..., attachée principale d’administration de l’État pour signer l’arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ».

Les décisions de refus de séjour et fixant le pays de destination énoncent les considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement, permettant au requérant d’en comprendre les motifs à leur seule lecture. Par ailleurs, dès lors qu’elle a été prise sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l’obligation de quitter le territoire français n’avait pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle de la décision portant refus de titre de séjour qui, ainsi qu’il vient d’être dit, est suffisamment motivée. Il en résulte que le moyen tiré de l’insuffisante motivation des décisions litigieuses doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ». Aux termes de l’article L. 423-1 de ce code : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ». Aux termes de l’article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ».

Il résulte des dispositions combinées des articles L. 423-1 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que la première délivrance d’une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d’un ressortissant français est, en principe, subordonnée à la production par l’étranger d’un visa de long séjour. En revanche, il résulte des dispositions de l’article L. 423-2 du même code que cette carte de séjour peut être délivrée sans présentation d’un visa de long séjour, lorsque l’étranger justifie cumulativement d’une entrée régulière sur le territoire français, d’un mariage en France et d’une communauté de vie effective d’au moins six mois sur le territoire.

Pour refuser d’admettre M. A... au séjour en dépit de son mariage avec Mme D... F..., dont la nationalité française n’est pas contestée, le préfet a opposé au requérant, d’une part, qu’il n’était pas titulaire d’un visa de long-séjour en qualité de conjoint de Français et, d’autre part, qu’il ne justifiait pas d’une entrée régulière en France et d’une vie commune d’une durée supérieure à six mois lui permettant de se dispenser de présenter un tel visa long-séjour. Si M. A... soutient qu’il mène vie commune avec son épouse depuis leur mariage le 22 novembre 2024, soit depuis plus de six mois à la date de la décision attaquée, il ne conteste pas les autres motifs alors qu’il résulte de l’instruction que le préfet pouvait se fonder uniquement sur l’absence de visa de long-séjour, d’une part, et sur l’absence d’entrée régulière en France, d’autre part, pour refuser de l’admettre au séjour en qualité de conjoint de Français. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, opérant à l’encontre de la seule décision de refus de séjour, doit donc être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ».

Il ressort des pièces du dossier que le requérant n’est entré en France qu’à l’âge de 39 ans, qu’il s’est marié à une ressortissante française d’origine guinéenne en novembre 2024 avec laquelle il menait vie commune. Toutefois, cette relation conjugale avec une ressortissante française, dont l’ancienneté avant le mariage est mal établie, ne suffit pas établir que M. A... aurait fixé dans ce pays le centre de sa vie privée et familiale en l’absence de toute insertion sociale ou professionnelle en France de l‘intéressé. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que les décisions contestées méconnaîtraient les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En dernier lieu aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

Si M. A... soutient qu’il risque d’être exposé dans son pays d’origine à des traitements inhumains et dégradants, il n’apporte aucune précision permettant au tribunal d’apprécier le bien-fondé de son moyen.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d’annulation de M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles relatives aux frais liés au litige.





d é c i d e :





Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.




Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La rapporteure,

Signé

M. MONTEAGLELe président,

Signé

J.-C. TRUILHE
La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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