Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 et 28 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Raad, demande au tribunal :
1°) d’annuler les arrêtés du préfet de police de Paris du 29 janvier 2026 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l’effacement de son signalement dans e système d’information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
les décisions attaquées sont entachées d’incompétence de leur auteur ;
elle sont insuffisamment motivées ;
elles ont été édictées en méconnaissance des droits de la défense, dès lors qu’il n’a pas pu bénéficier d’un interprète ;
elles sont entachées d’erreur d’appréciation sur son entrée irrégulière sur le territoire français et le risque de soustraction à la mesure d’éloignement, dès lors qu’il n’a jamais eu l’intention de rester sur le territoire français et s’est seulement présenté volontairement aux services de police pour les informer de la perte de son passeport et trouver une solution pour prendre un vol de retour au Maroc ;
elles n’ont pas été précédées d’un examen de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2026, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés sont infondés.
Par ordonnance du 9 mars 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 20 avril 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Ostyn a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant marocain né le 28 février 2000, demande l’annulation des arrêtés du 29 janvier 2026 par lesquels le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) ».
La situation d’un étranger qui n’est pas entré sur le territoire français est régie par les dispositions du livre III du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, relatif à l’entrée en France, et en particulier s’agissant des personnes qui se présentent à la frontière, par celles contenues au chapitre II du titre III de ce livre relatif au refus d’entrée. Les mesures d’éloignement du territoire national prévues au livre VI de ce code, notamment l’obligation de quitter le territoire français, ne lui sont pas applicables. Par conséquent, dès lors qu’un étranger qui n’est pas ressortissant d’un pays membre de l’Union européenne se trouve en zone aéroportuaire, en transit ou en zone d’attente, il peut faire l’objet d’un refus d’entrée, lequel pourra être exécuté d’office en application des dispositions de l’article L. 333-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, mais non d’une obligation de quitter le territoire français, ne pouvant être regardé comme entré sur le territoire français. Il n’y a pas lieu de distinguer, à cet égard, entre une situation où cet étranger exprime le désir d’entrer sur le territoire français et une situation où il ne formule pas ce souhait. Le ressortissant étranger qui a fait l'objet d’une décision de refus d’entrée et de placement en zone d’attente et qui a refusé d’obtempérer à un réacheminement pris pour l’application de cette décision ne peut être regardé comme entré en France de ce seul fait. Tel est le cas, toutefois, s’il a été placé en garde à vue à la suite de ce refus, à moins que les locaux de la garde à vue soient situés dans la zone d’attente. Un étranger non ressortissant d’un Etat membre de l’Union européenne, en transit sans avoir exprimé le souhait d’entrer sur le territoire, qui a été placé en garde à vue en raison de son refus d’être rapatrié et dont l’entrée sur le territoire national ne résulte que de ce placement en garde à vue, hors de la zone d’attente, ne peut faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français fondée sur les seules dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du même code. En revanche, il peut, le cas échéant, faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire, fondée sur l’irrégularité de son entrée sur le territoire européen, appréciée au regard des seuls documents exigés par le code frontières Schengen.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B..., ressortissant marocain arrivé le 23 janvier 2026 à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle par un vol en provenance de Bangalore (Inde), a fait l’objet d’un refus d’entrée en France le même jour et a été maintenu en zone d’attente pour une durée de quatre jours. En outre, par une ordonnance du 27 janvier 2026, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bobigny a autorisé la prolongation de ce maintien en zone d’attente pour une durée de huit jours. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B... a été placé le 29 janvier 2026 en garde à vue pour avoir refusé d’embarquer pour un vol à destination de Bangalore prévu le même jour. Toutefois, il ressort de l’audition de M. B... que ce dernier n’a pas exprimé son souhait d’entrer sur le territoire français et a indiqué aux services de police qu’il accepterait de quitter le territoire français si une mesure d’éloignement lui était notifiée. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. B... ne pouvant être regardé, à la date des décisions attaquées, comme entré sur le territoire français, il ne pouvait légalement faire l’objet d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Par suite, le requérant est fondé à demander, pour ce motif, l’annulation de cette mesure d’éloignement et, par voie de conséquence des décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de vingt-quatre mois qui l’assortissent.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation des deux arrêtés du 29 janvier 2026 du préfet de police de Paris portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’annulation de l’interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de M. B... implique l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de Paris de mettre en œuvre sans délai la procédure d’effacement de ce signalement à compter de la notification du présent
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, la présente instance n’ayant donné lieu à aucuns dépens, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l’article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: Les arrêtés du préfet de police de Paris du 29 janvier 2026 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de procéder à l’effacement du signalement de M. B... aux fins de non admission dans le système d’information Schengen dès la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
I. OSTYN
Le président,
Signé
J.-C. TRUILHÉ
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.