Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant srilankais, qui contestait un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que l'interdiction était légalement fondée sur les articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. C... s'étant soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire. Les moyens invoqués, notamment le vice de procédure et la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 février 2026, M. D... C..., demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 21 février 2026 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois.
Il soutient que la décision attaquée :
a été prise par une autorité incompétente ;
est insuffisamment motivée ;
est entachée de vice de procédure ;
méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il va présenter une demande de réexamen ;
porte atteinte à sa vie privée et familiale et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation et méconnait ainsi l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2026, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B... en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme B... ;
les observations orales de Me Faali, avocat commis d’office pour M. C..., présent, assisté d’un interprète en tamoul, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens et ajoute qu’il travaille depuis novembre 2024 en qualité de plongeur et qu’il a bien reçu l’obligation de quitter le territoire français du 24 octobre 2024 prise par le préfet du Val de Marne ;
le préfet de police n’étant ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. C..., de nationalité srilankaise, née le 23 août 1987, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 21 février 2026 par lequel le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois.
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-7 du même code : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ».
Par ailleurs, aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».
En premier lieu, par un arrêté ° 2025-01453 du 31 octobre 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme A... E..., attachée d’administration de l’Etat, adjointe à la cheffe de cabinet de la préfète déléguée à l’immigration pour signer, au nom du préfet de police, dans le cadre des permanences assurées au sein du bureau de la lutte contre l’immigration irrégulière, les arrêtés relatifs à l’obligation de quitter le territoire français, au refus de délai de départ volontaire, à la fixation du pays de renvoi, à l’interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les arrêtés portant retrait de ces mesures. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
En deuxième lieu, si M. C... soutient que la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure, il ne donne aucune précision à l’appui de ses allégations. Ce moyen doit donc être écarté.
En troisième lieu, il est constant que M. C... s’est soustrait à l’obligation de quitter le territoire français du 24 octobre 2024 prise par le préfet du Val de Marne et qu’ainsi il entrait dans le cas où, en vertu des dispositions précitées des articles L.612-6 et L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il pouvait faire l’objet d’une interdiction de retour. Si M. C... fait valoir être entré en France en 2023 et y travailler depuis novembre 2024 en qualité de plongeur, au regard de sa présence limitée à trois ans sur le territoire, de la circonstance qu’il est célibataire et sans enfant à charge alors qu’il est constant que sa famille est au Sri-Lanka, le préfet de police a pu, sans méconnaître les dispositions précitées, prononcer à l’encontre de l’intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois. Le préfet de police n’a donc entaché sa décision ni d’une erreur de droit ni porté au droit de M. C... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle doit être écarté.
Enfin, si M. C... soutient que la décision attaquée méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant dès lors que l’interdiction de retour contestée n’a pas pour objet, par elle-même, de l’éloigner vers le Sri-Lanka.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., à Me Faali et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026 .
La magistrate désignée,
Signé
J. EVGENAS
La greffière,
Signé
M. F...
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.