Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 27 février 2026 sous le n° 2606315/1-1, M. A... B..., représenté par Me Angliviel, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police de Paris a refusé sa demande du 26 août 2024 visant au renouvellement de son titre de séjour ;
2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l’État au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 7 de l’article 6 de l’accord franco-algérien, dès lors que son état de santé justifie une admission au séjour ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2026, le préfet de police de Paris conclut qu’il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de cette requête.
Il fait valoir qu’il a pris une décision explicite de rejet de la demande de titre de séjour le 18 février 2026.
II. Par une requête, enregistrée le 6 mars 2026 sous le n° 2607132/1-1, M. A... B..., représenté par Me Angliviel, demande au tribunal :
1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 18 février 2026 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;
3°) à titre principal, d’enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail ;
4°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail ;
5°) de mettre à la charge de l’État au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S’agissant du refus de séjour :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation en droit, dès lors qu’elle ne vise pas l’accord franco-algérien qui lui est applicable ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- le préfet n’a pas produit le dossier de l’OFII permettant de s’assurer des diligences effectuées par le collège des médecins de l’OFII avant de rendre son avis ;
- la décision méconnaît les stipulations du paragraphe 7 de l’article 6 de l’accord franco-algérien, dès lors que son état de santé justifie une admission au séjour ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de l’éloignement :
- la décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2026, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 mars 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 23 avril 2026.
Vu :
- la décision n° 500193 du Conseil d’État du 18 mars 2026 ;- la décision du 6 février 2026 par laquelle le président du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a accordé à M. B... l’aide juridictionnelle totale au titre de la requête n° 2606315/1-1 ;
- la décision du 8 avril 2026 par laquelle le président du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a accordé à M. B... l’aide juridictionnelle totale au titre de la requête n° 2607132/1-1 ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ;
- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Monteagle, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant algérien, né le 9 juin 1994 à Saïda (Algérie), déclare être entré en France le 20 décembre 2018. Il a été muni, à compter du 1er février 2021, de plusieurs certificats de résidence, valable en dernière instance du 26 décembre 2023 au 25 décembre 2024. Il a sollicité le renouvellement de ce titre le 26 août 2024. Par sa requête n° 2606315/1-1, il demande l’annulation de la décision implicite née du silence gardé initialement par le préfet de police de Paris sur cette demande. Par un arrêté du 18 février 2026, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination. Par la requête n° 2607132/1-1, M. B... demande au tribunal d’annuler ces décisions.
Les requêtes n° 2606315/1-1 et 2607132/1-1 sont relatives à la situation d’un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l’objet des litiges :
Dans la requête n° 2607132/1-1, le préfet de police de Paris indique avoir explicitement statué le 18 février 2026 sur la demande de titre de séjour de M. B.... Dès lors, les moyens développés par M. B... contre la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre cette décision explicite, dont il demande au demeurant l’annulation dans sa requête n° 2607132/1-1.
Sur l’admission à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : « Dans les cas d'urgence (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (…) ». Et aux termes du second alinéa de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : « L'admission provisoire est accordée par le président du bureau (…) ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué »
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été admis à l’aide juridictionnelle totale à titre définitif par le bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris le 6 février 2026 au titre de la requête n° 2606315/1-1 et le 8 avril 2026 au titre de la requête n° 2607132/1-1. Dans ces conditions, il n’y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire, qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions d’annulation :
Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays (…) ».
Il résulte de ces dispositions que lorsqu’il est saisi, à l’appui de conclusions tendant à l’annulation d’une décision de refus de délivrance de la carte de séjour prévue à l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, d’un moyen relatif à l’état de santé du demandeur, aux conséquences de l’interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d’en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l’avis médical rendu par le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il lui appartient de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l’ensemble des éléments pertinents, notamment le dossier du rapport médical et tous les éléments au vu desquels s’est prononcé le collège des médecins de l’OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. Afin de former sa conviction au regard des éléments versés au dossier par les parties, le juge peut, sans y être tenu, solliciter, dans le cadre de ses pouvoirs généraux d’instruction, les observations de l’OFII dans les conditions prévues par l’article L. 425-9-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il est constant que l’état de santé de M. B..., qui souffre d’épilepsie temporale en lien avec une tumeur opérée en 2020, nécessite un traitement médicamenteux dont le défaut pourrait avoir des conséquences d’une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que le traitement de l’intéressé est fondé sur le Tegretol, qui n’est que partiellement efficace, combiné avec un médicament dont la dénomination commerciale est le Briviact, composé d’une substance active dénommée Brivaracétam, cette combinaison de médicaments ayant permis un contrôle des crises d’épilepsie. Il n’est pas contesté que le Brivaracetam n’est pas commercialisé sous un autre nom commercial que le Briviact alors que le laboratoire produisant le Briviact a attesté, le 17 décembre 2025, qu’il ne commercialisait pas ce médicament en Algérie, ce qui ressort également de la liste des médicaments essentiels disponibles en Algérie sur laquelle ce médicament ne figure pas. Par ailleurs, le requérant établit, par la production d’une attestation du médecin hospitalier du 17 décembre 2025, que son précédent traitement, alliant le Tegretol avec le Keppra, a été un échec thérapeutique, ayant conduit les médecins à opter pour le Briviact. Alors que le requérant apporte ainsi des éléments précis et concordants sur l’indisponibilité de son traitement actuel en Algérie, le préfet n’établit, ni même n’allègue que d’autres antiépileptiques comparables au Briviact seraient disponibles en Algérie. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de séjour méconnaît le 7° de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision de refus de renouvellement de séjour du 18 février 2026 et que doivent être annulées, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’annulation, par le présent jugement, de l’arrêté du préfet de police de Paris du 18 février 2026 implique nécessairement eu égard à ses motifs, que le préfet de police de Paris délivre à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel du requérant de procéder à la délivrance de ce titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Angliviel conseil de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Angliviel de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les demandes de M. B... d’être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’arrêté du 18 février 2026 du préfet de police de Paris est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Angliviel, conseil de M. B..., sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Angliviel et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
M. MONTEAGLELe président,
Signé
J.-C. TRUILHE
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.