Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2026 et 22 avril 2026, Mme B... A..., représentée par Me Haik, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 20 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention « étudiant », l’a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre, à titre principal, au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer, dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, un titre de séjour temporaire mention portant la mention « étudiant » et, à titre subsidiaire, dans le même délai et sous la même astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de jour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions :
- elles sont entachées d’une incompétence de l’auteur de l’acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen sérieux ;
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
-elle méconnaît les articles L.433-1 et L.422-1 du code de l’entrée et du séjour des
étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de ces articles ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation..
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2026, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Par une ordonnance du 19 mai 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 2 juin 2026 à 12 h 00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Truilhé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., ressortissante camerounaise née le 26 février 2001 à Yaoundé (Cameroun), est entrée en France le 20 septembre 2018 selon ses déclarations. Titulaire, en dernier lieu, d’un titre de séjour portant la mention « étudiant » valable du 4 février 2022 au 3 mai 2023, elle en a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 20 janvier 2026, le préfet de police de Paris a refusé de renouveler ce titre, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté en date du 20 janvier 2026 :
2. Aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ». Pour l’application de ces dispositions, il appartient à l’administration, saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux des études est subordonné à une progression régulière de l’étudiant et à la cohérence de son parcours.
3. Pour refuser, par l’arrêté contesté du 20 janvier 2026, de renouveler le titre de séjour de Mme A... en qualité d’étudiante, le préfet de police s’est fondé sur les motifs tirés de ce que l’intéressée « ne justifie pas du caractère réel et sérieux de ses études sur le territoire français » notamment en ce que cette dernière, diplômée d’une licence en droit au titre des années 2018/2021, « présente une inscription scolaire au titre de l’année 2024-2025 au diplôme de spécialisation professionnelle mention « assistant de communication digital », qu’à ce titre son parcours témoigne d’une absence de progression réelle ».
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A..., arrivée en France en 2018 pour suivre des études de droit à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a obtenu son diplôme de licence en 2021. Si, au titre de l’année universitaire 2021/2022, cette dernière a été inscrite en première année de master « Justice, Procès, Procédure » au sein de la même université, elle n’a néanmoins pu valider son année et a redoublé pour l’année universitaire 2022/2023. En ce sens, s’il est constant que la requérante a également redoublé sa première année de master 1 au titre de l’année 2022/2023, il ressort néanmoins des pièces du dossier que cette dernière n’a pu mener à terme cette année en raison de troubles de la personnalité caractérisés au cours du second semestre 2023, comme en attestent les documents médicaux qu’elle produit. En raison de cet état de santé, la directrice de la formation a accepté sa demande gracieuse de redoublement au titre de l’année 2023/2024. Ainsi, s’il est constant que la requérante n’a pas obtenu son diplôme de
master 1 « Justice, Procès, Procédure » entre les années 2022 et 2024, il est constant qu’elle a été empêchée, pour raisons médicales, de mener à bien son cursus universitaire. Dès lors, si cette dernière a suivi, pour la période 2024/2025, une formation « d’assistante communication digitale » au sein du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) puis, au titre de l’année universitaire 2025/2026, en 3ème année d’alternance en « Bachelor Marketing et Communication digitale » au sein de l’Ecole W Paris – Université Paris-Panthéon-Assas, ce changement d'orientation s’inscrit dans une perspective professionnelle précise visant à travailler pour des organismes, des magazines ou des éditions spécialisées en droit, comme en atteste sa lettre adressée au soutien de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Au surplus, postérieurement à l’arrêté attaqué du 20 janvier 2026, Mme A... a obtenu, au cours du premier semestre, une moyenne de 16,08 sur 20. Dans ces conditions, compte tenu de l’ensemble des circonstances particulières de l’espèce, notamment de l’état de santé de Mme A... qui a perturbé le suivi de sa formation en droit et justifie sa réorientation, le préfet de police de Paris, en estimant qu’elle ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études en France, doit être regardé comme ayant commis une erreur d’appréciation au regard de dispositions précitées.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour mention « étudiant » doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel la requérante pourra être éloignée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
6. Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet de police de Paris, ou tout préfet territorialement compétent, délivre à Mme A..., et sous réserve d’un changement de circonstances de droit ou de fait, un titre de séjour portant la mention « étudiant », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a toutefois pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à Mme A... d’une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté en date du 20 janvier 2026 par lequel le préfet de police de Paris a refusé le renouvellement du titre de séjour étudiant de Mme A..., l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, un titre de séjour portant la mention « étudiant » à Mme A....
Article 3 : L’État versera à Mme A... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
Mme Monteagle, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le président-rapporteur
La première conseillère,
Signé
Signé
J-C. TRUILHÉ
M. MONTEAGLE
La greffière,
Signé
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.