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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2609541

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2609541

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2609541
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande de référé-liberté formée par un ressortissant tunisien contre l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français. Le juge estime que la procédure de droit commun du référé-liberté (article L. 521-2 du code de justice administrative) est inapplicable, car le requérant doit exclusivement utiliser la voie spécifique prévue à l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester une telle mesure d'éloignement, sauf à démontrer des circonstances nouvelles postérieures à la décision rendue sur ce fondement, ce qu'il n'a pas fait.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mars 2026, M. C... A... B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner toute mesure de nature à faire cesser la mise à exécution par le préfet de police de Paris de l’arrêté du 28 novembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis l’obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’urgence est établie dès lors que l’exécution de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet est imminente ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à mener une vie privée et familiale normale et à l’intérêt supérieur de son enfant.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- l’ordonnance n°2607299 du 10 mars 2026 du tribunal administratif de Paris ;
- l’ordonnance n° 2604983 du 20 février 2026 du tribunal administratif de Paris ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Merino pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 28 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait obligation à M. A... B..., ressortissant tunisien, né le 17 janvier 1995, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trente-six mois. Par une décision du 15 février 2026, le préfet de police a prononcé son placement en centre de rétention administrative en exécution de cette mesure d’éloignement. Par une ordonnance n° 2604983 du 20 février 2026, le tribunal administratif de Paris, saisi sur le fondement de l’article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté son recours formé contre l’arrêté du 28 novembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par une nouvelle ordonnance n° 2607299 du 10 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Paris, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative a refusé d’ordonner toute mesure de nature à faire cesser la mise à exécution par le préfet de police de Paris de l’arrêté du 28 novembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Se prévalant d’éléments nouveaux, M. A... B... demande une nouvelle fois au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’ordonner toute mesure de nature à faire cesser la mise à exécution par le préfet de police de Paris dudit arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».

3. Il appartient à l’étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français lorsqu’elle est accompagnée d’un placement en rétention administrative ou d’une mesure d’assignation à résidence, de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions de l’article L. 614-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile d’une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d’injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il n’en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l’exécution d’une telle mesure relative à l’éloignement forcé d’un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l’intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement de l’article L. 614-2, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s’attachent normalement à sa mise à exécution.

4. Ainsi que l’a déjà jugé le juge des référés dans une ordonnance 2607299 du 10 mars 2026, M. A... B... ne se prévaut d’aucune circonstance de droit ou de fait qui serait survenue postérieurement à l’ordonnance n° 2604983 du 20 février 2026 du tribunal administratif de Paris saisi, sur le fondement de l’article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de son recours contre l’arrêté du 28 novembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis pris à son encontre. Par suite, alors par ailleurs, qu’il ressort des mentions de l’ordonnance rendue par le juge des libertés et de la détention le 19 février 2026, que l’intéressé, qui se prévaut d’une communauté de vie avec une ressortissante française et de la naissance de leur enfant le 2 décembre 2025, s’est déclaré sans domicile fixe au cours de la procédure, il n’est pas fondé à contester sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative la mise à exécution de cet arrêté par le préfet de police de Paris.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M A... B... doit être rejetée en toutes ses conclusions sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... B....


Fait à Paris, le 30 mars 2026.


La juge des référés,

Signé


M. Merino


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.



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