Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2026 M. B... A..., représenté par Me Bernard, demande au juge des référés, statuant par application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- Il justifie d’une présomption d’urgence en sa qualité de demandeur de renouvellement d’un titre de séjour et risque de basculer dans la précarité dès lors qu’il ne peut plus travailler ;
- L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris par une autorité incompétente ;
- L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est insuffisamment motivé ;
- L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est entaché d’un vice de procédure lié à l’absence de communication de l’avis de l’OFII et de l’irrégularité de la composition du collège de médecins qui a rendu cet avis ;
- L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris sans examen personnalisé et complet de sa situation ;
- L’arrêté attaqué est entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris en violation des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile eu égard à son état de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2026, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête. Il soutient que :
- M. A... ne peut bénéficier d’une présomption d’urgence et en l’espèce, il ne justifie pas d’une situation d’urgence ;
- L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris par une autorité compétente ;
- L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il est suffisamment motivé ;
- L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car l’avis de l’OFII n’avait pas à lui être communiqué ;
- L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il a été pris suite à un examen personnalisé et complet de sa situation ;
- L’arrêté attaqué n’est pas entaché d’un doute sérieux quant à sa légalité car il n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit l’asile eu égard à son état de santé n’ont pas été méconnues.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2615061.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Béal en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l’audience.
Ont été entendu au cours de l’audience publique tenue le 29 juin 2026, en présence de M. Lemieux, greffier d'audience :
- le rapport de M. Béal,
- les observations de Me Bernard, avocat de M. A...,
- et de Me Jacquard, représentant le préfet de police.
La clôture de l’instruction a été prononcée à 14 h 15 :
Considérant ce qui suit :
1. M. A... demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, d’enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter du prononcé de l’ordonnance à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
Sur l’urgence :
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement d’un titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.
4. Il résulte de l’instruction que M. A... a bénéficié d’un titre de séjour valable du 28 février 2023 au 27 février 2024 dont il a demandé le renouvellement. Par arrêté du 28 avril 2025, le préfet de police a rejeté sa demande et l’a obligé à quitter le territoire français. Toutefois, par une ordonnance du 9 septembre 2025, le juge des référés du tribunal a ordonné la suspension de ce refus et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de cette demande de renouvellement de titre de séjour. Ensuite, par jugement du 22 décembre 2025, le tribunal de céans a annulé ce refus. Ainsi et contrairement à ce que soutient le préfet de police, M. A... se trouve toujours du fait des suspension et annulation susvisées dans la situation d’un étranger à qui le renouvellement d’un titre de séjour a été refusé et ce nonobstant la délivrance suite à l’ordonnance du juge des référés d’un récépissé le 12 septembre 2025 l’autorisant à séjourner et à travailler. Ensuite, le préfet soutient que le requérant conserve une autorisation de travail et une protection administrative fondée sur l’ordonnance de suspension susvisée. Toutefois, les effets de cette ordonnance ont expiré avec le jugement au fond du 22 décembre 2025 qui y a implicitement mis fin. Enfin, si le préfet soutient que la situation d’urgence n’est pas établie suite au délai pris par le requérant pour saisir le juge des référés, ce délai est dû à une saisine du bureau d’aide juridictionnelle qui a accordé ladite aide au requérant le 10 juin 2026. Par suite, la condition tenant à l’urgence exigée par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. En l’état de l’instruction les moyens tirés de l’irrégularité de la composition du collège de médecins de l’OFII ayant rendu l’avis du 27 octobre 2025 et tiré de la violation des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile eu égard à son état de santé sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler à M. A... son titre de séjour jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond n° 2615061.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et l’astreinte :
7. La présente ordonnance implique nécessairement qu’il soit procédé au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A.... Par conséquent, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision et de la munir durant ce réexamen d’un récépissé avec autorisation de travail à titre provisoire jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond n° 2615061, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de ladite ordonnance, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n’y a pas lieu dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Bernard de la somme de 2 000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du préfet de police du 30 mars 2026 est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond n° 2615061.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou tout autre préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer durant ce réexamen et dans un délai de 5 jours à compter de la notification de ladite ordonnance un récépissé avec autorisation de travail, jusqu’à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond n° 2615061.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Bernard et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
Signé
A.BEAL
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance