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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2620042

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2620042

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2620042
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAINTE FARE GARNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2026, M. B... A..., représenté par Me Sainte Fare Garnot, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de décision favorable sur son espace ANEF ou, à défaut, tout document établissant que sa carte de résident est en cours de fabrication dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que le préfet ne lui a pas délivré à titre provisoire une carte de résident ou une attestation de décision favorable suite à l’injonction du juge des référés par ordonnance n°2615048 du 8 juin 2026 et que, de ce fait, il ne pourra plus exercer son activité d’agent de sécurité privé dans la mesure où sa carte professionnelle expire le 7 juillet 2026 ;
- la carence du préfet, qui n’a pas exécuté l’ordonnance du juge des référés précitée, constitue une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif et au droit à l’exécution utile de la décision juridictionnelle rendue à son bénéfice ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, qui inclut l’activité professionnelle, dès lors qu’en l’absence de délivrance a minima d’une attestation de décision favorable, il ne pourra plus travailler de manière régulière et risque de perdre son emploi dans le cadre d’un contrat de travail à durée indéterminée.


Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que M. A... s’est vu délivrer une attestation de prolongation d’instruction valable du 30 avril 2026 au 29 juillet 2026 qui l’autorise à travailler.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Tichoux pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 1er juillet 2026 en présence de Mme Heeralall, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Tichoux, juge des référés ;
- les observations de Me Sainte Fare Garnot, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle ajoute que la délivrance à M. A... d’une attestation de prolongation d’instruction ne lui permet pas d’obtenir le renouvellement de sa carte professionnelle d’agent de sécurité dès lors que le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande de renouvellement au motif qu’il n’a pas présenté une attestation justifiant que son titre de séjour est en cours de fabrication et que, sans sa carte professionnelle, il perdra son emploi en qualité d’agent de sécurité chef de poste ; elle fait également valoir que le rendez-vous prévu le 7 juillet 2026 pour la prise des empreintes de M. A... n’équivaut pas à la délivrance de l’attestation de décision favorable sollicitée dans la requête et que, par conséquent, le préfet n’a toujours pas exécuté l’injonction faite par le juge des référés dans son ordonnance n°2615048 du 8 juin 2026 ;
- et les observations de M. A..., qui indique attendre la délivrance d’une attestation de décision favorable à sa demande de renouvellement de titre de séjour pour déposer une nouvelle demande de carte professionnelle et que, sans ce document, il perdra son emploi.

Le préfet de police n’était ni présent ni représenté à l’audience.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».

2. M. A..., ressortissant ivoirien né le 10 juillet 1968, est entré en France le 10 juillet 2000 muni d’un visa de type C. Il s’est ensuite vu délivrer plusieurs cartes de séjour temporaires portant la mention « vie privée et familiale » entre le 4 décembre 2001 et le 11 novembre 2005. Il a ensuite séjourné sous couvert d’une carte de résident valable entre le 12 novembre 2005 et le 11 novembre 2015, renouvelée jusqu’au 26 mars 2025. Le 11 janvier 2025, M. A... a demandé le renouvellement de sa carte de résident. Le préfet de police a implicitement rejeté sa demande.

3. Par une ordonnance n°2615048 du 8 juin 2026, le juge des référés du tribunal a suspendu l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler la carte de résident de M. A..., au motif que le moyen de la requête tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 433-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile était de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite de rejet et a enjoint au préfet de police de délivrer à M. A..., à titre provisoire, une carte de résident ou une attestation de décision favorable dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance. Postérieurement à la notification de l’ordonnance aux parties, le requérant a sollicité le préfet de police les 23, 26 et 30 juin 2026 sur l’exécution de l’injonction.

En ce qui concerne l’urgence :

4. Il appartient à toute personne demandant au juge administratif d’ordonner des mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative de justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d’une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Il revient au juge des référés d’apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l’ensemble des circonstances de l’espèce, si la condition d’urgence particulière requise par l’article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu’il entend défendre mais aussi l’intérêt public qui s’attache à l’exécution des mesures prises par l’administration.

5. Il résulte de l’instruction que, si le préfet a délivré à M. A... un rendez-vous le 7 juillet 2026 afin de réaliser la prise d’empreintes biométriques nécessaires à la fabrication de son titre de séjour, il est constant que ce rendez-vous a été fixé le 1er juillet 2026, soit postérieurement à la date d’enregistrement de la requête, qu’il aura lieu le dernier jour de validité de sa carte professionnelle et qu’aucune attestation de décision favorable n’a été délivrée à M. A... à la date de la présente ordonnance, ce qui l’empêche de solliciter le renouvellement de sa carte professionnelle à quelques jours de son expiration et risque de lui faire perdre son emploi. Par suite, à la date de la présente ordonnance, la condition tenant à l’urgence doit être regardée comme satisfaite.


En ce qui concerne l’existence d’une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Il est constant que l’injonction prévue dans l’ordonnance n°2615048 du 8 juin 2026 n’a pas été exécutée dans le délai de quinze jours imparti par le juge des référés. Or, le préfet de police ne fait état d’aucune circonstance postérieure à l’ordonnance du 8 juin 2026 qui ferait obstacle à son exécution. Dans ces conditions, le refus de l’administration d’exécuter cette ordonnance porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A....

7. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A... une attestation de décision favorable sur son espace ANEF dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.


Sur les conclusions relatives aux frais de l’instance :

8. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A... en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A... une attestation de décision favorable sur son espace ANEF dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 2 : L’État versera à M. A... la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 1er juillet 2026.


La juge des référés,

Signé

J. Tichoux


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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