Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2621130

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2621130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2026, M. A... B..., représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 7 juillet 2026 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre au préfet de police de procéder à l’effacement du signalement aux fins de non-admission dont a fait l’objet le requérant dans le système d’information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser directement dans l’hypothèse où l’aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que :
- la décision attaquée est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle elle a été prise ;
- elle est entachée d’insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que M. B... peut se prévaloir de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d’une interdiction de retour ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation quant à la durée de l’interdiction.


Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Kusza en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Kusza.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant afghan né le 17 juillet 1996, a fait l’objet le 7 avril 2025 d’un arrêté par lequel le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français. Par un arrêté du 7 juillet 2026 le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, la décision litigieuse vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l’article L. 612-10 que le préfet de police a examiné pour fixer à douze mois mois l’interdiction de retour sur le territoire français attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait entaché sa décision d’un défaut d’examen de la situation personnelle de M. B....

En troisième lieu, si M. B... excipe de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français sur le fondement de laquelle l’interdiction de retour en litige a été prononcée, il ne fait, en tout état de cause, état d’aucun moyen de nature à remettre en cause la légalité de cette obligation de quitter le territoire français. L’exception d’illégalité ainsi soulevée ne peut donc qu’être écarté.

En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…). ».

Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l’étranger n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

D’une part, en se bornant à faire valoir qu’il a introduit une procédure de réexamen de sa demande d’asile, M. B..., qui n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour exécuter l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne fait pas état d’une circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu’une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée à son encontre. Par suite, c’est à bon droit que le préfet de police a décidé d’édicter une telle interdiction.

D’autre part, M. B... a indiqué être entré en France le 2 septembre 2023, soit moins de trois ans avant l’arrêté en litige et n’établit pas ni même n’allègue disposer de liens en France où il est célibataire et sans enfant en charge. Il a en outre fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, qu’il n’a pas exécutée dans le délai de trente jours qui lui était fixé. Au regard de ces éléments, le préfet de police, en fixant la durée de l’interdiction de retour attaquée à douze mois, n’a pas commis l’erreur d’appréciation qui lui est reprochée.

Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être également rejetées.


D E C I D E

Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2r : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Orhant et au préfet de police de Paris.



Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


M. KUSZALa greffière,


Signé


M. C...

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.