Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2621656

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2621656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMONTAZERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 24 juillet 2026, Mme D... épouse C..., représentée par Me Montazeri, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’enjoindre au préfet de police de prendre toutes mesures utiles pour enregistrer la remise effective du titre de séjour qui lui a été délivré le 8 février 2025, de supprimer, de clôturer ou de neutraliser la demande erronée ou non finalisée mentionnée comme ayant été effectuée le 19 février 2026 et de rendre effectivement possible le dépôt de sa demande de renouvellement sur la plateforme de l’Administration numérique des étrangers en France (ANEF), dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) à titre subsidiaire, si le dépôt par l’ANEF ne peut être rétabli dans ce délai, d’enjoindre au préfet de police de la convoquer afin de procéder à l’enregistrement de la demande par la solution de substitution prévue à l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de lui remettre une preuve de dépôt, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de rétablir l’accès effectif au dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour ou, à défaut, de lui communiquer une nouvelle date de rendez-vous dans un délai de prévenance suffisant afin de lui permettre de présenter utilement un dossier complet et d’obtenir une preuve de dépôt ;

4°) d’ordonner toute autre mesure utile afin de lui garantir l’accès au dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors qu’elle a demandé le renouvellement de son titre dès le mois de novembre 2025, que celui-ci est arrivé à expiration le 7 février 2026 sans qu’elle n’ait pu enregistrer sa demande ; elle subit depuis plusieurs mois une situation administrative de blocage imputable à un dysfonctionnement de l’ANEF, n’ayant pas la date de remise de son dernier titre de séjour ; la demande erronée du 19 février 2026 bloque l’accès à son compte ANEF ; l’écoulement du temps aggrave les conséquences d’une telle situation ;
- la mesure demandée est utile ; elle ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative ; elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;
- la convocation de la requérante au rendez-vous du 22 juillet 2026 ne lui a pas été notifiée en temps utile ; la régularité de cette notification n’est pas prouvée par les pièces produites en défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- une décision défavorable a été prise sur sa demande du 19 février 2026 afin qu’elle ne bloque pas d’autre demande de titre de séjour ;
- la requérante ayant été invitée à se présenter le 22 juillet 2026 en vue du dépôt de sa demande de renouvellement et de la délivrance d’un récépissé, cette circonstance est de nature à renverser la présomption d’urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante iranienne née le 30 novembre 1965, a bénéficié en dernier lieu d’une carte de séjour temporaire portant la mention « visiteur », valable jusqu’au 7 février 2026. Bien qu’elle en ait sollicité le renouvellement en novembre 2025 sur la plateforme de l’ANEF, sa demande a été bloquée au motif de l’absence de connaissance de la date de remise de son dernier titre de séjour puis au motif de l’existence d’une demande de renouvellement effectuée le 19 février 2026. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, notamment d’enjoindre au préfet de police de prendre toutes mesures utiles afin de rétablir l’accès effectif à son compte ANEF.

Sur les conclusions relatives à la demande de renouvellement du 19 février 2026 :

Il résulte de l’instruction que le préfet de police a pris, postérieurement à l’introduction de la requête, une décision défavorable sur la demande enregistrée le 19 février 2026 afin qu’elle ne bloque pas la présentation d’une autre demande de titre de séjour, de sorte que les conclusions de Mme B... tendant à ce que le préfet de police supprime, clôture ou neutralise cette demande doivent être regardées comme étant devenues, en cours d’instance, sans objet. Il n’y a donc plus lieu d’y statuer.

Sur les autres conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

D’une part, Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »

D’autre part, aux termes de l’article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (…) ».

Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit être donné. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

Il résulte de l’instruction que Mme B... s’est trouvée dans l’impossibilité de présenter sur la plateforme « Administration Numérique des Etrangers en France » (ANEF) une demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire, à partir du mois de novembre 2025, au motif de l’absence de connaissance de la date de remise de ce dernier titre. Par l’ensemble des pièces qu’elle produit, elle démontre avoir tenté à de nombreuses reprises, à compter de janvier 2026, de contacter l’administration afin de les informer du blocage informatique rencontré, y compris en prenant rendez-vous dans l’un des points d’accès numérique. En défense, le préfet de police ne conteste pas l’existence de ce blocage.

Si le préfet de police fait valoir qu’il a convoqué la requérante le 22 juillet 2026 à 9 heures 10, soit postérieurement à l’introduction de la requête, en vue du dépôt de sa demande de renouvellement et de l’obtention d’un récépissé, Mme B... soutient sans être contredite que cette convocation ne lui a pas été notifiée en temps utile. Il ne résulte pas de l’instruction que la convocation datée du 21 juillet 2026, produite en défense seulement le 23 juillet, lui ait été régulièrement notifiée. Il s’ensuit que la requérante, dont la situation demeure inchangée, justifie de l’urgence et de l’utilité de la mesure tendant à ce que le préfet de police la convoque afin de procéder à l’enregistrement de la demande. Enfin, la mesure demandée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police, ou tout préfet territorialement compétent, de convoquer Mme B... afin de lui permettre de déposer effectivement sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à la requérante d’une somme de 800 euros en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B... tendant à ce que le préfet de police supprime, clôture ou neutralise la demande du 19 février 2026.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou tout préfet territorialement compétent, de convoquer Mme B... en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat versera à Mme B... une somme de 800 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... épouse C... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.


Fait à Paris, le 3 août 2026.


La juge des référés,

Signé

K. WEIDENFELD


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.