Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2622883
lundi 3 août 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2622883 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | PIERRON |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2026, M. A... C... B..., représenté par Me Pierron, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police lui a retiré sa carte de résident ;
2°) d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, dès le prononcé de l’ordonnance, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, sans subordonner cette délivrance à la production d'un passeport en cours de validité, le requérant étant dans l'impossibilité objective de produire un titre de voyage au regard de son ancien statut de réfugié russe et de sa situation administrative ;
3°) à défaut, d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, dès le prononcé de l’ordonnance, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans l’attente du jugement au fond, sans subordonner cette délivrance à la production d'un passeport en cours de validité, le requérant étant dans l'impossibilité objective d'en produire un au regard de son ancien statut de réfugié russe et de sa situation administrative ;
4) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la recevabilité :
les délais et voies de recours ne lui sont pas opposables, dès lors que la décision du 8 octobre 2024 lui a été adressée par voie postale à l’adresse sise 270 rue des Pyrénées à Paris, dans le vingtième arrondissement, à laquelle il n’a pas été domicilié, que son ancienne adresse, sise 278 rue des Pyrénées à Paris dans ce même arrondissement était alors connue des services de la préfecture de police, et qu’il n’a finalement eu connaissance de la décision que le 16 juillet 2026, dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de changement de statut, déposée le 23 mars 2026 ;
Sur l’urgence :
l’urgence se présume s’agissant d’un retrait de carte de résident valable jusqu’au 21 juin 2026, dont il n’a eu connaissance que le 16 juillet 2026 ; elle est, en tout état de cause, constituée par l’aggravation immédiate de sa situation personnelle, dès lors qu’en situation régulière depuis de nombreuses années, il se retrouve désormais en situation irrégulière ;
Sur le doute sérieux :
la décision attaquée est entachée d’incompétence de l’autorité signataire ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle est entachée de vices de procédure, dès lors que la décision attaquée a été prise en l’absence de contradictoire, et en l’absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
elle est entachée d’une erreur manifeste quant à l’appréciation des conséquences sur sa vie privée et familiale ;
elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2026, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
la requête, est entachée d’une irrecevabilité manifeste non susceptible d’être couverte en cours d’instance, compte tenu de sa tardiveté, et ce pour les motifs suivants : l’arrêté préfectoral du 8 octobre 2024 qui comporte la décision attaquée a été notifié à l’adresse sise 278 rue des Pyrénées ; la mention « 270 » portée par erreur matérielle dans le corps de l’arrêté et reprise dans le courriel du 16 juillet 2026 est sans incidence, dès lors qu’elle ne correspond pas à l’adresse à laquelle le pli a matériellement été présenté ; l’avis de réception indique que le pli recommandé n° 1A 212 998 2254 8 a été réexpédié à la nouvelle adresse du requérant, sise 72 rue Villiers de l’Isle Adam à Paris, dans le vingtième arrondissement, en exécution de l’ordre de réexpédition que ce dernier avait lui-même souscrit auprès de La Poste, valable du 30 avril au 31 octobre 2024 ; le pli a ainsi été présenté au domicile effectif du requérant, puis retourné à l’administration le 31 octobre 2024 avec la mention « pli avisé et non réclamé », la notification étant enregistrée au 22 octobre 2024 dans le fichier Agdref ; la mention « pli avisé et non réclamé » établit le dépôt de cet avis de passage au domicile réel de l’intéressé, ainsi que l’avait considéré d’ailleurs précédemment la cour nationale du droit d’asile, statuant sur le recours présenté par le requérant suite au retrait de son statut de réfugié par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides ; ainsi, alors que les délais et voies de recours contre l’arrêté du 8 octobre 2024 qui comporte la décision attaquée était pleinement opposables au requérant à compter du 22 octobre 2024, date d’enregistrement de la notification régulière au fichier Agdref, la requête en annulation de cet arrêté n’a été enregistrée au greffe du Tribunal administratif de Paris que le 22 juillet 2026, sous le numéro 2622768/5-2, soit plus de vingt mois après l’expiration du délai de recours contentieux ;
la requête est dépourvue d’urgence, dès lors que, d’une part, depuis la notification de l’arrêté le 22 octobre 2024, pendant près de vingt et un mois, l’administration n’a engagé à l’encontre du requérant aucune mesure d’exécution forcée, d’autre part, le requérant, informé dès le 3 décembre 2025, du retrait de son statut de réfugié à l’occasion de démarches auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, n’a déposé une demande de titre de séjour que le 23 mars 2026 alors qu’il ne pouvait ignorer les conséquences sur son droit au séjour de la perte du statut ;
les moyens ne sont pas de nature à faire un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée sous le n° 2622768 tendant à l’annulation de l’arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de police a retiré la carte de résident de M. B..., l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné a désigné M. Cicmen comme juge des référés sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 30 juillet 2026, en présence de Mme Gomez-Barranco, greffière d’audience, le rapport de M. Cicmen, juge des référés, les observations de Me Pierron, représentant M. B..., et les observations de Me Murat, représentant le préfet de police.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A... C... B..., ressortissant russe né le 27 août 1984 à Petropavlosk (Fédération de Russie), déclare être entré en France en 1999. A compter de 2001, il a bénéficié, en vertu d’une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), du statut de réfugié. Il a dernièrement obtenu, du fait de son statut, une carte de résident, valable du 22 juin 2016 au 21 juin 2026. Toutefois, par une décision du 5 août 2024, le directeur général de l’OFPRA a mis fin à ce statut de réfugié. M. B... a alors, par une requête enregistrée le 13 janvier 2026, demandé à la cour nationale du droit d’asile (CNDA) d’annuler cette décision du 5 août 2024 et de le maintenir dans son statut de réfugié. Par une ordonnance du 28 janvier 2026, la cour a rejeté ce recours pour irrecevabilité manifeste non susceptible d’être couverte en cours d’instance (tardiveté). Par la suite, M. B... déclare avoir déposé, le 23 mars 2026, sur la plateforme ANEF, une demande de renouvellement de son droit au séjour et de changement de statut. Par une notification du 13 juillet 2026, sa demande a été clôturée au motif qu’il a fait l’objet, le 8 octobre 2024, d’un « refus de titre de séjour assorti d’une mesure d’éloignement ». Par un courriel du 16 juillet 2026, l’administration, saisie par M. B..., par l’intermédiaire de son conseil, lui a communiqué l’arrêté du préfet de police en date du 8 octobre 2024 portant retrait de la carte de résident de M. B..., obligation de quitter le territoire français sans délai, le pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre de l’exécution de la décision portant retrait de sa carte de résident.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
En ce qui concerne la recevabilité :
D’une part, aux termes de l’article R. 421-5 du code de justice administrative : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».
D’autre part, aux termes de l’article 5 de l’arrêté du 7 février 2007 pris en application de l’article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : « En cas d’absence du destinataire à l’adresse indiquée par l’expéditeur lors du passage de l’employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l’envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l’envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré ». Il résulte de ces dispositions que lorsque le destinataire du pli recommandé avec avis de réception le retire au bureau de poste durant le délai de mise en instance de quinze jours, la date de notification de ce pli est celle de son retrait. En cas de retour du pli à l’administration au terme du délai de mise en instance, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l’adresse de l’intéressé, dès lors du moins qu’il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l’enveloppe, soit, à défaut, d’une attestation du service postal ou d’autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
En premier lieu, il résulte de l’instruction, notamment de la requête de M. B... enregistrée auprès de la CNDA, que ce dernier, a habité au 278 rue des Pyrénées à Paris (75020), qu’il en a informé l’OFPRA et la préfecture de police de police, qu’en avril 2024, il a déménagé au 72 rue Villiers Isle Adam à Paris (75020), en faisant suivre son courrier durant six mois par les services de La Poste à compter du 27 avril 2024, sans par ailleurs en informer l’administration, que la photocopie de l’enveloppe comportant l’arrêté préfectoral du 8 octobre 2024 contenant la décision attaquée a été timbrée au 18 octobre 2024, et que la photocopie de l’avis de réception postale comporte l’étiquette du bureau de poste située 250 rue des Pyrénées à Paris (75020), à la gauche duquel figure également la date du 18 octobre. Par ailleurs, si cet arrêté a mentionné pour adresse le 270 rue des Pyrénées à Paris (75020), et le courriel du 16 juillet 2026 de la délégation à l’administration a indiqué au conseil du requérant que cet arrêté a été notifié à cette dernière adresse, les photocopies de l’enveloppe précitée et de l’avis de réception postale comportent comme seule adresse du destinataire le 72 rue Villiers Isle Adam à Paris (75020). De sorte que toute erreur d’adressage ne peut être retenue.
En revanche, ces mêmes photocopies ne sont pas estampillées de la mention « Présenté/avisé le ... ». A cet égard, si celle de l’avis comporte, dans la partie réservée au destinataire, la date du 22 octobre 2024, cette mention ne saurait, à elle seule, suffire pour être regardée comme le point de départ du délai de quinze jours, prévu par la réglementation postale citée au point 4, pour récupérer le pli recommandé. A supposer même que telle date puisse être regardée comme le point de départ dudit délai, ainsi que l’a estimé l’administration préfectorale, l’avis de réception postale comporte une étiquette adhésive sur laquelle la mention « Pli avisé et non réclamé » est cochée, et le préfet de police indique, dans ses écritures, que le pli lui a été retourné le 31 octobre 2024. Dans ces conditions, ces pièces ne permettent, en tout état de cause, pas de s’assurer que le pli qui comporte l’arrêté du 8 octobre 2024, et que le requérant n’est pas allé récupérer au bureau de poste, a été tenu à la disposition de l’intéressé pendant le délai réglementaire précité de quinze jours.
Par suite, compte tenu de l’absence de mentions suffisamment claires, précises et concordantes sur ce pli, l’arrêté préfectoral content la décision contestée ne saurait être regardé, en l’état de l’instruction, comme ayant été régulièrement notifié à M. B....
En second lieu, en l’état de l’instruction, aucune des pièces versées aux débats ne permet d’établir que le requérant aurait eu connaissance de cet arrêté avant le 13 juillet 2026 date à laquelle il a été informé de la clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour ou de changement de statut pour le motif tiré de l’arrêté du 8 octobre 2024 dont il a fait l’objet.
Dans ces conditions, M. B... est recevable à demander la suspension de l’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police lui a retiré sa carte de résident.
En ce qui concerne la condition d’urgence :
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d’établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d’urgence soit regardée comme remplie.
En l’espèce, M. B... peut se prévaloir de la présomption d’urgence attachée au retrait de titre de séjour. Si le préfet de police fait valoir que, d’une part, l’administration n’a engagé à l’encontre du requérant aucune mesure d’exécution forcée, et que ce dernier, informé dès le 3 décembre 2025, du retrait de son statut de réfugié à l’occasion de démarches auprès de l’OFPRA, n’a déposé une demande de titre de séjour que le 23 mars 2026 alors qu’il ne pouvait ignorer les conséquences sur son droit au séjour de la perte du statut, ces circonstances ne sont pas à elles seules de nature à faire échec à la présomption d’urgence qui s’attache à sa situation. Par suite, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux :
Pour retirer la carte de résident de M. B..., le préfet de police a d’abord tenu compte du retrait par l’OFPRA du retrait du statut de réfugié. Il a ensuite, opposé le risque de menace à l’ordre public que présenterait l’intéressé au regard de ses condamnations, le 17 mars 2005, par le tribunal correctionnel de Paris à 1 mois d’emprisonnement pour vol en réunion, le 1er juin 2005, par le tribunal correctionnel de Paris à 400 euros d’amende pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 18 février 2011 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 350 euros d’amende pour conduite d’un véhicule sans permis, le 28 septembre 2020 par le tribunal judiciaire de Toulouse à 60 jours-amende à 8 euros à titre principal pour conduite d’un véhicule sans permis. Il a, en outre, tenu compte de ce qu’informé, par courrier du 17 septembre 2024, que le retrait de sa carte de résident était envisagé, et invité à faire part de ses observations écrites, M. B... n’a pas fait état d’un élément nouveau de nature à modifier l’intention de procéder au retrait du titre de séjour. Il a enfin considéré que M. B..., célibataire, père d’un enfant français, n’attestait pas être démuni d’attaches familiales à l’étranger.
Toutefois, eu égard à la durée du séjour en France de M. B..., pour partie sous statut de réfugié, à l’ancienneté des faits délictueux commis par l’intéressé, ainsi que la nature des faits commis en 2020, et à sa situation familiale et personnelle, le requérant démontrant notamment qu’il est père de deux enfants mineurs de nationalité française, respectivement nés le 27 juin 2012 et le 17 janvier 2026, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales est donc de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’acte attaqué.
Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a retiré la carte de résident de M. B....
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Il résulte de la suspension ordonnée au point 14 qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B... d’une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a retiré la carte de résident de M. B... est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B..., dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B... la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 3 août 2026.
Le juge des référés,
D. Cicmen
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Par une requête enregistrée le 24 juillet 2026, M. A... C... B..., représenté par Me Pierron, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police lui a retiré sa carte de résident ;
2°) d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, dès le prononcé de l’ordonnance, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, sans subordonner cette délivrance à la production d'un passeport en cours de validité, le requérant étant dans l'impossibilité objective de produire un titre de voyage au regard de son ancien statut de réfugié russe et de sa situation administrative ;
3°) à défaut, d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, dès le prononcé de l’ordonnance, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans l’attente du jugement au fond, sans subordonner cette délivrance à la production d'un passeport en cours de validité, le requérant étant dans l'impossibilité objective d'en produire un au regard de son ancien statut de réfugié russe et de sa situation administrative ;
4) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la recevabilité :
les délais et voies de recours ne lui sont pas opposables, dès lors que la décision du 8 octobre 2024 lui a été adressée par voie postale à l’adresse sise 270 rue des Pyrénées à Paris, dans le vingtième arrondissement, à laquelle il n’a pas été domicilié, que son ancienne adresse, sise 278 rue des Pyrénées à Paris dans ce même arrondissement était alors connue des services de la préfecture de police, et qu’il n’a finalement eu connaissance de la décision que le 16 juillet 2026, dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour et de changement de statut, déposée le 23 mars 2026 ;
Sur l’urgence :
l’urgence se présume s’agissant d’un retrait de carte de résident valable jusqu’au 21 juin 2026, dont il n’a eu connaissance que le 16 juillet 2026 ; elle est, en tout état de cause, constituée par l’aggravation immédiate de sa situation personnelle, dès lors qu’en situation régulière depuis de nombreuses années, il se retrouve désormais en situation irrégulière ;
Sur le doute sérieux :
la décision attaquée est entachée d’incompétence de l’autorité signataire ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle est entachée de vices de procédure, dès lors que la décision attaquée a été prise en l’absence de contradictoire, et en l’absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public ;
elle est entachée d’une erreur manifeste quant à l’appréciation des conséquences sur sa vie privée et familiale ;
elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2026, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
la requête, est entachée d’une irrecevabilité manifeste non susceptible d’être couverte en cours d’instance, compte tenu de sa tardiveté, et ce pour les motifs suivants : l’arrêté préfectoral du 8 octobre 2024 qui comporte la décision attaquée a été notifié à l’adresse sise 278 rue des Pyrénées ; la mention « 270 » portée par erreur matérielle dans le corps de l’arrêté et reprise dans le courriel du 16 juillet 2026 est sans incidence, dès lors qu’elle ne correspond pas à l’adresse à laquelle le pli a matériellement été présenté ; l’avis de réception indique que le pli recommandé n° 1A 212 998 2254 8 a été réexpédié à la nouvelle adresse du requérant, sise 72 rue Villiers de l’Isle Adam à Paris, dans le vingtième arrondissement, en exécution de l’ordre de réexpédition que ce dernier avait lui-même souscrit auprès de La Poste, valable du 30 avril au 31 octobre 2024 ; le pli a ainsi été présenté au domicile effectif du requérant, puis retourné à l’administration le 31 octobre 2024 avec la mention « pli avisé et non réclamé », la notification étant enregistrée au 22 octobre 2024 dans le fichier Agdref ; la mention « pli avisé et non réclamé » établit le dépôt de cet avis de passage au domicile réel de l’intéressé, ainsi que l’avait considéré d’ailleurs précédemment la cour nationale du droit d’asile, statuant sur le recours présenté par le requérant suite au retrait de son statut de réfugié par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides ; ainsi, alors que les délais et voies de recours contre l’arrêté du 8 octobre 2024 qui comporte la décision attaquée était pleinement opposables au requérant à compter du 22 octobre 2024, date d’enregistrement de la notification régulière au fichier Agdref, la requête en annulation de cet arrêté n’a été enregistrée au greffe du Tribunal administratif de Paris que le 22 juillet 2026, sous le numéro 2622768/5-2, soit plus de vingt mois après l’expiration du délai de recours contentieux ;
la requête est dépourvue d’urgence, dès lors que, d’une part, depuis la notification de l’arrêté le 22 octobre 2024, pendant près de vingt et un mois, l’administration n’a engagé à l’encontre du requérant aucune mesure d’exécution forcée, d’autre part, le requérant, informé dès le 3 décembre 2025, du retrait de son statut de réfugié à l’occasion de démarches auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, n’a déposé une demande de titre de séjour que le 23 mars 2026 alors qu’il ne pouvait ignorer les conséquences sur son droit au séjour de la perte du statut ;
les moyens ne sont pas de nature à faire un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
- la requête enregistrée sous le n° 2622768 tendant à l’annulation de l’arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de police a retiré la carte de résident de M. B..., l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné a désigné M. Cicmen comme juge des référés sur le fondement de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue le 30 juillet 2026, en présence de Mme Gomez-Barranco, greffière d’audience, le rapport de M. Cicmen, juge des référés, les observations de Me Pierron, représentant M. B..., et les observations de Me Murat, représentant le préfet de police.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A... C... B..., ressortissant russe né le 27 août 1984 à Petropavlosk (Fédération de Russie), déclare être entré en France en 1999. A compter de 2001, il a bénéficié, en vertu d’une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), du statut de réfugié. Il a dernièrement obtenu, du fait de son statut, une carte de résident, valable du 22 juin 2016 au 21 juin 2026. Toutefois, par une décision du 5 août 2024, le directeur général de l’OFPRA a mis fin à ce statut de réfugié. M. B... a alors, par une requête enregistrée le 13 janvier 2026, demandé à la cour nationale du droit d’asile (CNDA) d’annuler cette décision du 5 août 2024 et de le maintenir dans son statut de réfugié. Par une ordonnance du 28 janvier 2026, la cour a rejeté ce recours pour irrecevabilité manifeste non susceptible d’être couverte en cours d’instance (tardiveté). Par la suite, M. B... déclare avoir déposé, le 23 mars 2026, sur la plateforme ANEF, une demande de renouvellement de son droit au séjour et de changement de statut. Par une notification du 13 juillet 2026, sa demande a été clôturée au motif qu’il a fait l’objet, le 8 octobre 2024, d’un « refus de titre de séjour assorti d’une mesure d’éloignement ». Par un courriel du 16 juillet 2026, l’administration, saisie par M. B..., par l’intermédiaire de son conseil, lui a communiqué l’arrêté du préfet de police en date du 8 octobre 2024 portant retrait de la carte de résident de M. B..., obligation de quitter le territoire français sans délai, le pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre de l’exécution de la décision portant retrait de sa carte de résident.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
En ce qui concerne la recevabilité :
D’une part, aux termes de l’article R. 421-5 du code de justice administrative : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».
D’autre part, aux termes de l’article 5 de l’arrêté du 7 février 2007 pris en application de l’article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : « En cas d’absence du destinataire à l’adresse indiquée par l’expéditeur lors du passage de l’employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l’envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l’envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré ». Il résulte de ces dispositions que lorsque le destinataire du pli recommandé avec avis de réception le retire au bureau de poste durant le délai de mise en instance de quinze jours, la date de notification de ce pli est celle de son retrait. En cas de retour du pli à l’administration au terme du délai de mise en instance, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l’adresse de l’intéressé, dès lors du moins qu’il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l’enveloppe, soit, à défaut, d’une attestation du service postal ou d’autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d’instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
En premier lieu, il résulte de l’instruction, notamment de la requête de M. B... enregistrée auprès de la CNDA, que ce dernier, a habité au 278 rue des Pyrénées à Paris (75020), qu’il en a informé l’OFPRA et la préfecture de police de police, qu’en avril 2024, il a déménagé au 72 rue Villiers Isle Adam à Paris (75020), en faisant suivre son courrier durant six mois par les services de La Poste à compter du 27 avril 2024, sans par ailleurs en informer l’administration, que la photocopie de l’enveloppe comportant l’arrêté préfectoral du 8 octobre 2024 contenant la décision attaquée a été timbrée au 18 octobre 2024, et que la photocopie de l’avis de réception postale comporte l’étiquette du bureau de poste située 250 rue des Pyrénées à Paris (75020), à la gauche duquel figure également la date du 18 octobre. Par ailleurs, si cet arrêté a mentionné pour adresse le 270 rue des Pyrénées à Paris (75020), et le courriel du 16 juillet 2026 de la délégation à l’administration a indiqué au conseil du requérant que cet arrêté a été notifié à cette dernière adresse, les photocopies de l’enveloppe précitée et de l’avis de réception postale comportent comme seule adresse du destinataire le 72 rue Villiers Isle Adam à Paris (75020). De sorte que toute erreur d’adressage ne peut être retenue.
En revanche, ces mêmes photocopies ne sont pas estampillées de la mention « Présenté/avisé le ... ». A cet égard, si celle de l’avis comporte, dans la partie réservée au destinataire, la date du 22 octobre 2024, cette mention ne saurait, à elle seule, suffire pour être regardée comme le point de départ du délai de quinze jours, prévu par la réglementation postale citée au point 4, pour récupérer le pli recommandé. A supposer même que telle date puisse être regardée comme le point de départ dudit délai, ainsi que l’a estimé l’administration préfectorale, l’avis de réception postale comporte une étiquette adhésive sur laquelle la mention « Pli avisé et non réclamé » est cochée, et le préfet de police indique, dans ses écritures, que le pli lui a été retourné le 31 octobre 2024. Dans ces conditions, ces pièces ne permettent, en tout état de cause, pas de s’assurer que le pli qui comporte l’arrêté du 8 octobre 2024, et que le requérant n’est pas allé récupérer au bureau de poste, a été tenu à la disposition de l’intéressé pendant le délai réglementaire précité de quinze jours.
Par suite, compte tenu de l’absence de mentions suffisamment claires, précises et concordantes sur ce pli, l’arrêté préfectoral content la décision contestée ne saurait être regardé, en l’état de l’instruction, comme ayant été régulièrement notifié à M. B....
En second lieu, en l’état de l’instruction, aucune des pièces versées aux débats ne permet d’établir que le requérant aurait eu connaissance de cet arrêté avant le 13 juillet 2026 date à laquelle il a été informé de la clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour ou de changement de statut pour le motif tiré de l’arrêté du 8 octobre 2024 dont il a fait l’objet.
Dans ces conditions, M. B... est recevable à demander la suspension de l’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police lui a retiré sa carte de résident.
En ce qui concerne la condition d’urgence :
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d’établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d’urgence soit regardée comme remplie.
En l’espèce, M. B... peut se prévaloir de la présomption d’urgence attachée au retrait de titre de séjour. Si le préfet de police fait valoir que, d’une part, l’administration n’a engagé à l’encontre du requérant aucune mesure d’exécution forcée, et que ce dernier, informé dès le 3 décembre 2025, du retrait de son statut de réfugié à l’occasion de démarches auprès de l’OFPRA, n’a déposé une demande de titre de séjour que le 23 mars 2026 alors qu’il ne pouvait ignorer les conséquences sur son droit au séjour de la perte du statut, ces circonstances ne sont pas à elles seules de nature à faire échec à la présomption d’urgence qui s’attache à sa situation. Par suite, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux :
Pour retirer la carte de résident de M. B..., le préfet de police a d’abord tenu compte du retrait par l’OFPRA du retrait du statut de réfugié. Il a ensuite, opposé le risque de menace à l’ordre public que présenterait l’intéressé au regard de ses condamnations, le 17 mars 2005, par le tribunal correctionnel de Paris à 1 mois d’emprisonnement pour vol en réunion, le 1er juin 2005, par le tribunal correctionnel de Paris à 400 euros d’amende pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 18 février 2011 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 350 euros d’amende pour conduite d’un véhicule sans permis, le 28 septembre 2020 par le tribunal judiciaire de Toulouse à 60 jours-amende à 8 euros à titre principal pour conduite d’un véhicule sans permis. Il a, en outre, tenu compte de ce qu’informé, par courrier du 17 septembre 2024, que le retrait de sa carte de résident était envisagé, et invité à faire part de ses observations écrites, M. B... n’a pas fait état d’un élément nouveau de nature à modifier l’intention de procéder au retrait du titre de séjour. Il a enfin considéré que M. B..., célibataire, père d’un enfant français, n’attestait pas être démuni d’attaches familiales à l’étranger.
Toutefois, eu égard à la durée du séjour en France de M. B..., pour partie sous statut de réfugié, à l’ancienneté des faits délictueux commis par l’intéressé, ainsi que la nature des faits commis en 2020, et à sa situation familiale et personnelle, le requérant démontrant notamment qu’il est père de deux enfants mineurs de nationalité française, respectivement nés le 27 juin 2012 et le 17 janvier 2026, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales est donc de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’acte attaqué.
Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a retiré la carte de résident de M. B....
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Il résulte de la suspension ordonnée au point 14 qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B... d’une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a retiré la carte de résident de M. B... est suspendue, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B..., dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B... la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 3 août 2026.
Le juge des référés,
D. Cicmen
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.