Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2622980

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2622980
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFUNCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2026, Mme B... C... A..., représentée par Me Funck, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 7 mai 2026 du préfet de police en tant qu’il a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d’une durée supérieure à six mois sans délai, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’urgence est présumée s’agissant d’un refus de renouvellement de titre de séjour et, en l’espèce, la décision attaquée risque de lui faire perdre sa place au sein du CAP Maroquinerie dispensé par les compagnons du devoir en alternance avec Louis Vuitton pour lequel elle doit s’inscrire avant le 5 octobre 2026 ;
- plusieurs moyens sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, à savoir l’insuffisance de motivation, le défaut d’examen particulier de sa situation personnelle, la violation de l’article L.422-1, l’erreur manifeste d’appréciation et la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Vu :
- la copie de la requête à fin d’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante malaisienne, née le 7 septembre 2001 et entrée en France en septembre 2019 munie d’un visa étudiant, et titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour temporaire en qualité d’étudiante, valable jusqu’au 9 octobre 2024, a sollicité, le 1er octobre 2024, le renouvellement de son titre de séjour, ainsi qu’une demande de changement de statut, également demandé par courrier recommandé du 9 janvier 2025. Par un message sur son compte ANEF, les services de la préfecture de police l’ont informée que sa demande de renouvellement de titre de séjour étudiant était clôturée, dès lors qu’elle était en fin de cursus et ne souhaitait pas prolonger son statut étudiant, conformément aux indications données dans le courrier du 9 janvier 2025. Le 10 avril 2025, la requérante a toutefois changé d’avis et déposé une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant qui a de nouveau été clôturée sur le site ANEF. Par des courriers des 20 juin et 11 juillet 2025, la requérante a par ailleurs signalé à l’administration qu’elle renonçait à sa demande de changement de statut et souhaitait ne maintenir que sa demande de renouvellement de titre de séjour étudiant. Sa demande a à nouveau été clôturée sur l’ANEF et la requérante a été convoquée en préfecture le 17 novembre 2025. Par la présente requête, Mme A... doit être regardée comme demandant la suspension de l’exécution de l’arrêté du 7 mai 2026 en tant qu’il a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d’un retrait de celui-ci.

4. Si la décision attaquée refuse à Mme A... le renouvellement de son titre de séjour étudiant, les atermoiements de celle-ci quant au fondement du titre de séjour qu’elle souhaitait solliciter, et en particulier les nombreux courriers adressés à la préfecture pour lui demander d’admettre un changement de statut puis pour lui indiquer que cette demande n’était plus d’actualité mais qu’elle souhaitait demeurer sous un statut étudiant, constituent des circonstances particulières de nature à renverser la présomption d’urgence. Par ailleurs, pour justifier de l’atteinte grave à sa situation personnelle, la requérante fait valoir qu’elle doit disposer d’un titre de séjour pour finaliser son inscription au CAP Maroquinerie dispensé par les Compagnons du devoir en alternance avec Louis Vuitton. Toutefois, il est constant que l’organisme de formation a accepté de reculer jusqu’au 5 octobre 2026, soit dans plus de deux mois, son entrée en formation. Il s’ensuit qu’à la date de la présente ordonnance, la requérante ne justifie pas d’une atteinte suffisamment grave et actuelle à sa situation pour justifier l’intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu’il soit besoin de statuer sur l’existence d’un moyen de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C... A....

Copie en sera adressée au préfet de police.


Fait à Paris, le 3 août 2026,


La juge des référés,

signé

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.