Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2623048

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2623048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLACOSTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2026, M. B... A..., représenté par Me Lacoste, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :


1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;


2°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 1er juin 2026 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;


3°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, ou, à défaut d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à lui verser directement au titre de cet article L. 761-1.


Il soutient que :
- l’urgence est établie dès lors que la décision attaquée constitue une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle et professionnelle ;
- plusieurs moyens sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée : celle-ci est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’il n’est pas démontré que l’avis du 2 juillet 2025 du collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a été régulièrement émis au regard des dispositions des articles R. 425-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 ; elle est insuffisamment motivée ; elle méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


L’Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces qui ont été enregistrées le 29 juillet 2026.


Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2026, le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.


Il fait valoir que la demande de M. A... ayant été présentée hors délai, il ne peut se prévaloir d’une présomption d’urgence, qu’au surplus, la condition d’urgence n’est pas remplie et qu’aucun des moyens soulevés par M. A... n’est susceptible de faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.


Vu :

- la copie de la requête à fin d’annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d’établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13, R. 631-2 et R. 731-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue le 31 juillet 2026 en présence de M. Lemieux, greffier d’audience :

- le rapport de Mme Weidenfeld, juge des référés ;

- les observations de Me Lacoste, représentant M. A..., qui soutient que le dépôt tardif de la demande de renouvellement de titre de séjour ne fait pas cesser la présomption d’urgence ;

- et les observations de Me Murat, représentant le préfet de police.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :


1. M. A..., ressortissant camerounais, né le 8 mars 1988, entré en France, selon ses déclarations, en 2018, et titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » en qualité d’étranger malade, valable du 5 mars 2024 au 4 mars 2025, a sollicité, le 24 février 2025, le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, M. A... demande, notamment, la suspension de l’exécution de la décision du 1er juin 2026 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande.

Sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 visé ci-dessus : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…). / L'admission provisoire est accordée par (…) le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

3. M. A... a présenté une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été statué. Dans ces conditions, il doit être admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.


Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :



4. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».


En ce qui concerne l’urgence :


5. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.


6. Il est constant que M. A... était titulaire d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » en qualité d’étranger malade, valable jusqu’au 4 mars 2025 et qu’il en sollicité le renouvellement le 24 février 2025. Si cette demande, qui n’est pas intervenue entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour précédant l’expiration de son précédent titre de séjour, était susceptible de faire obstacle à l’instruction de la demande en tant que renouvellement de titre de séjour, il résulte de l’instruction que le préfet de police a été en mesure de procéder à cette instruction et de statuer sur la demande par un arrêté du 9 juin 2026. Dans ces conditions, la circonstance que la demande de renouvellement de titre de séjour aurait été présentée tardivement ne fait pas obstacle à la présomption mentionnée au point précédent. Par ailleurs, la circonstance, invoquée en défense, que le requérant n’a saisi le juge des référés que 48 jours après la notification de l’arrêté litigieux n’est pas de nature à renverser cette présomption dès lors que cette saisine est intervenue dans le délai de recours pour excès de pouvoir et peut s’expliquer par des circonstances liées à l’accès au droit qui ne sont pas corrélées avec la gravité des atteintes portées par la décision attaquée aux intérêts du requérant. Dans ces conditions, l’urgence prévue par l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme établie.


En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, qui se borne à indiquer que l’Office français de l'immigration et de l'intégration a donné une suite défavorable à la demande de l’intéressé sans préciser si cette conclusion est liée à l’appréciation sur la nécessité d’une prise en charge médicale ou sur la disponibilité effective des soins dans le pays d’origine, est insuffisamment motivée est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.


8. Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé à demander la suspension de l’exécution de la décision du 1er juin 2026 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d’étranger malade.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

9. Compte tenu des motifs énoncés ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre au préfet de police de réexaminer la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A..., dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de cette notification. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 1 200 euros qui sera versée à Me Lacoste en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où M. A... ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l’aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : L’exécution de la décision du 1er juin 2026 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A... est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A... dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l’attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de cette notification.

Article 4 : L’Etat versera une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice dans les conditions prévues au point 10.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 3 août 2026


La juge des référés,


signé


K. Weidenfeld


La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.