Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2623179

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2623179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMOHAMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2026, M. A... C... B..., représenté par Me Mohamed, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé avec autorisation d’exercer une activité professionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l’urgence :

- la condition d’urgence est remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- il existe des moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que la décision attaquée n’est pas motivée, en dépit d’une demande de communication des motifs au préfet de police le 4 mai 2026 en application de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration, et est entachée d’une carence fautive de l’administration, d’un blocage administratif circulaire confirmé par le refus d’autorisation de travail du 2 juillet 2026, et d’une méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2026, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que le dossier du requérant est en attente d’une décision à la suite d’une fiche de situation.

Vu :
- la requête enregistrée le 22 mai 2026 sous le n° 2915945 par laquelle M. C... B... demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cicmen pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Cicmen a été entendu au cours de l’audience publique, qui s’est tenue le 31 juillet 2026, en présence de Mme Nguyen, greffière d’audience.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Une note en délibéré présentée par M. B... a été enregistrée le 31 juillet 2026 à 11h17 après clôture et n’a pas été communiquée.


Considérant ce qui suit :

M. C... B..., ressortissant égyptien, né le 13 septembre 1981, a sollicité du préfet de police le renouvellement de son titre de séjour dont la validité a expiré le 26 novembre 2024. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

En ce qui concerne l’urgence :

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement d’un titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

Il résulte de l’instruction que M. C... B... était titulaire d’une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » valable du 27 novembre 2023 au 26 novembre 2024 dont il a sollicité le renouvellement et qu’un récépissé autorisant son titulaire à travailler lui a été délivré le 2 septembre 2025. M. C... B... peut dès lors, en l’état, se prévaloir de la présomption d’urgence attachée au refus de renouvellement de sa demande. Le préfet de police, qui ne joint aucune pièce au dossier et n’était ni présent ni représenté à l’audience, se borne à faire valoir que la demande du requérant serait devenue sans objet dès lors que son dossier serait est en attente d’une décision à la suite d’une fiche de situation. Dans ces conditions, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne le doute sérieux :

Aux termes de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. »

Il résulte de l’instruction, d’une part, que M. C... B... a adressé au préfet de police, par une lettre recommandée avec accusé de réception distribuée le 4 mai 2026, une demande de communication de motifs de la décision implicite de rejet litigieuse en application de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Alors qu’il n’est pas contesté par le préfet de police que celui-ci n’a apporté aucune réponse dans le mois suivant la demande de communication des motifs, en l’état de l’instruction, le moyen tiré du défaut de motivation est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l’exécution de la décision attaquée, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

En raison du motif qui la fonde, la suspension de la décision attaquée implique nécessairement le réexamen de la demande de titre de séjour de M. C... B.... Il y a lieu d’enjoindre au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de cette demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de munir M. C... B..., dans le délai de quinze jours à compter de cette même notification, d’une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2615945. Il n’y a toutefois pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les conclusions relatives à l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Il y a lieu dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. C... B... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. C... B... est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la demande de M. C... B... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans l’attente du jugement de la requête au fond enregistrée sous le n° 2615945, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à M. C... B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 3 août 2026.

Le juge des référés,



D. CICMEN

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.