Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2623683

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2623683
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2026, Mme A... F... et M. E... C..., agissant comme représentants légaux de leur fils D... C..., représentés par Me Jaud, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de la décision de la rectrice de l’académie de Paris du 19 juin 2026 portant affectation de leur fils en classe de 1ère au lycée Gabriel Fauré, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité ;

2°) d’enjoindre à la rectrice de l’académie de Paris de prononcer sans délai l’affectation de D... au sein du lycée Turgot, Voltaire ou Simone Weil ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande d’affectation de D..., dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

Sur l’urgence :

cette condition est remplie, dès lors que le lycée où il est affecté est éloigné de son domicile, où il ne se retrouvera avec aucun de ses camarades de classe et a développé de ce fait des troubles médicaux et psychologiques graves, incluant un risque de décrochage scolaire ;

Sur le doute sérieux :
la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit, dès lors qu’elle est fondée sur des textes abrogés ;
elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux et particulier ;
elle est entachée d’erreurs de fait, de droit et d’appréciation dans la désignation du lycée d’affectation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C... et Mme F... demandent la suspension de l’exécution par laquelle leur fils, scolarisé en seconde générale au lycée Pierre-Gilles de Gennes, a été affecté au lycée Gabriel Fauré afin de pouvoir y suivre la spécialité Sciences économiques et sociales en première générale, alors que leurs vœux portaient sur trois lycées situés à proximité de leur domicile, à savoir les lycées Turgot, Voltaire ou Simone Weil.

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 522-3 dudit code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. »

3. La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l’urgence, les requérants font d’abord valoir que le lycée Gabriel Fauré est éloigné de leur domicile et ne permettra pas à leur fils de retrouver des camarades de classe. Toutefois, d’une part, la distance entre le domicile des requérants et le lycée Gabriel Fauré n’est pas sensiblement plus grande que celle séparant leur domicile du lycée Pierre-Gilles de Gennes où leur fils a été scolarisé en classe de seconde et les temps de trajet, s’ils sont assurément plus longs que ceux qu’aurait permis une affectation dans les trois vœux sollicités, ne sont pas démesurés pour un enfant âgé de plus de 16 ans. D’autre part, compte tenu du nombre des lycées parisiens et des choix de spécialités, il ne résulte de l’instruction ni que leur fils aurait retrouvé des camarades de classe du collège s’il avait été affecté dans l’un des trois vœux de la famille, ni qu’il ne retrouvera pas des camarades de classe de seconde dans son affectation au lycée Gabriel Fauré. Enfin, il ne résulte pas de l’instruction que lors de l’affectation de leur fils en seconde, la famille aurait formulé des vœux pour l’ensemble des lycées relevant du secteur 1, ce qui aurait pu lui permettre de rester à proximité de son domicile et de ses anciens camarades et, le cas échéant, de choisir un établissement offrant les spécialités correspondant à ses inclinaisons, et ainsi d’éviter la situation dont les requérants se prévalent.

5. Les requérants invoquent ensuite les risques psychologiques liés à cette affectation non désirée. Toutefois, le certificat médical établi le 22 juin 2026 par le médecin généraliste versé à l’instance, s’il fait état d’un syndrome anxieux avec détresse psychologique aiguë et de pleurs, relate principalement les propos tenus par l’intéressé et son père, sans appréciation précise et circonstanciée et dans ces conditions, ne permet de justifier ni l’intensité de la souffrance ressentie par le jeune homme, ni son lien avec la décision litigieuse, ni sa permanence un mois après l’annonce de l’affectation.

6. Il résulte de ce qui précède que la condition d’urgence ne peut être tenue pour remplie. Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner la condition tenant à l’existence d’un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. C... et de Mme F... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.


O R D O N N E


Article 1er : La requête de M. C... et Mme F... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E... C... et à Mme B... F....


Fait à Paris le 3 août 2026.


La juge des référés,



K. WEIDENFELD La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.