Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2623719

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2623719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2026, M. B... A..., représenté par Me David-Bellouad, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l’autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’urgence est établie dès lors que :
- elle est présumée dès lors que la décision contestée porte refus de renouvellement de titre de séjour ;
- la décision contestée l’empêche de poursuivre son activité professionnelle ;
- elle le place dans une situation de précarité, alors qu’il supporte seul les finances familiales ;

- le doute sérieux est caractérisé dès lors que :
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l’article L. 421-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 31 juillet 2026 sous le numéro 2623718 par laquelle M. A... demande l’annulation de cette décision.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant sénégalais né le 15 avril 1989 à Ballou (Sénégal), déclare être entré sur le territoire français en octobre 2018. Il était titulaire d’une carte de séjour temporaire en qualité de parent d’enfant français valable jusqu’au 7 juillet 2026. Le 24 mars 2026, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour auprès des services de la préfecture. Les 24 avril et 23 juin 2026, le préfet de police lui a demandé de compléter son dossier pour communiquer les documents manquants. Le 24 juillet 2026, le préfet a clôturé sa demande de renouvellement de titre de séjour au motif que son dossier était incomplet. Par la présente requête, M. A... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision expresse par laquelle le préfet de police aurait refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l'état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».

En ce qui concerne la portée du litige :

3. Aux termes de l’article L. 431-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui sollicite la délivrance d’un titre de séjour présente à l’appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ». Aux termes de l’annexe 10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, s’agissant des titres de séjour portant la mention « vie privée et familiale » : « 3. Pièces à fournir au renouvellement : (…) -justificatifs établissant que vous contribuez effectivement à l’entretien et à l’éducation de l’enfant dans les conditions de l’article 371-2 du code civil (preuve par tous moyens comme mentionné au point 2) ; (…) ».

4. Il résulte de ces dispositions que le refus d’enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, lorsque l’absence d’une pièce mentionnée à l’annexe 10 à ce code, auquel renvoie l’article R. 431-11 du même code, rend impossible l’instruction de la demande.

5. Il résulte de l’instruction que les services de la préfecture ont adressé, le 23 juin 2026, à M. A... une demande complémentaire de documents attestant de l’entretien et de l’éducation de l’enfant, à savoir notamment le jugement rendu par le juge aux affaires familiales, l’attestation de paiement de la Caisse d’allocations familiales et les relevés de compte bancaire où sont effectués les versements au nom de sa fille. M. A..., qui se borne à soutenir que les documents communiqués à la suite de la première demande de complément du 24 avril 2026 étaient suffisants pour établir l’entretien et l’éducation de ses enfants, ne conteste pas ne pas avoir répondu à la demande de complément du 23 juin 2026 et ne conteste pas que sa demande de renouvellement ne comportait pas les documents demandés par la préfecture ni même que ces documents sont listés à l’annexe 10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

6. Il résulte de ce qui précède que, faute de dossier complet, la préfecture doit être regardée comme ayant clôturé la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A.... Il s’en suit qu’aucune décision de rejet de la demande de M. A... n’a pu naître. M. A... doit être regardé comme demandant la suspension non d’une décision expresse de rejet mais d’une décision de clôture de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension et d’injonction :

7. Il résulte de l’instruction, d’une part, que la préfecture a pu à bon droit demander à M. A... le jugement rendu par le juge aux affaires familiales, l’attestation de paiement de la Caisse d’allocations familiales et les relevés de compte bancaire où sont effectués les versements au nom de sa fille afin d’instruire sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et que, d’autre part, M. A... n’a pas fourni ces documents en dépit de la demande qui lui a été adressée le 23 juin 2026. Dans ces conditions, la clôture de la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A... ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, comme mal infondée, en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.












O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Fait à Paris, le 3 août 2026.


Le juge des référés,

signé

J-Ch. Gracia


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.