Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2623730

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2623730
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLELOUP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2026, M. B... C... A..., représenté par Me Leloup, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension la décision implicite du 23 juin 2026 par laquelle le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité ;

2°) d’enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation sous astreinte de quinze jour à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer sous huit jours, tout document de séjour l’autorisant à travailler valable jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité ou jusqu’à l’adoption d’une nouvelle décision sur son droit au séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

Sur l’urgence :

Cette condition est remplie, dès lors que :
il a entrepris toutes les diligences nécessaires pour régularisation sa situation administrative,
il a subi une rupture d’illégalité des garanties procédurales en raison de la mise en place du téléservice de l’administration numérique pour les étrangers en France et l’absence de délivrance de récépissé de sa demande de titre de séjour,
il est porteur du VIH et il bénéficie de soins en France,
il a entrepris des démarches importantes afin de construire son insertion professionnelle et il est titulaire d’une promesse d’embauche,
il est marié depuis le 21 janvier 2026 avec un ressortissant français.

Sur le doute sérieux :

Cette condition est remplie, dès lors que :
la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
la décision est entachée d’une erreur de droit,
elle est entachée d’un défaut d’examen,
elle méconnaît les dispositions des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Et l’article R. 522-1 du même code ajoute que : « A peine d’irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d’une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d’annulation ou de réformation et accompagnées d’une copie de cette dernière ». Enfin, aux termes de l’article L. 522-3 dudit code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ».

2. Pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Pour justifier de l’urgence à obtenir le prononcé d’une mesure provisoire du juge des référés, M. C... A... fait valoir qu’il a entrepris toutes les diligences nécessaires pour régulariser sa situation administrative, qu’il a subi une rupture d’égalité des garanties procédurales en raison de la mise en place du téléservice de l’administration numérique pour les étrangers en France et l’absence de délivrance de récépissé de sa demande de titre de séjour, qu’il a entrepris des démarches importantes afin de construire son insertion professionnelle et qu’il est titulaire d’une promesse d’embauche, qu’il est porteur du VIH et qu’il bénéficie de soins en France dont l’arrêt pourra avoir des conséquences sur sa santé et enfin qu’il est marié depuis le 21 janvier 2026 avec un ressortissant français.

4. Toutefois, premièrement, la seule circonstance qu’il remplirait les conditions pour la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de conjoint de français n’est pas, par elle-même, de nature à caractériser une situation d’urgence, pas plus que la circonstance qu’il n’aurait pas bénéficié de récépissé de titre de séjour, ni, en tout état de cause, la prétendue rupture d’égalité en raison de la mise en place du téléservice de l’administration numérique, qui constitue un élément de fond et non un élément susceptible d’affecter l’urgence à statuer. Deuxièmement, la promesse d’embauche pour un contrat de formation en alternance dont il dispose ne suffit pas davantage à caractériser une situation au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative alors qu’il n’apporte aucun élément sur les conditions de vie ni sur les revenus de son conjoint, de nature à établir que la décision créerait une situation de précarité justifiant l’intervention à brève échéance du juge des référés. Troisièmement, il ne résulte ni des allégations du requérant, ni des pièces versées du dossier, que l’absence de délivrance d’un titre de séjour compromettrait à brève échéance le suivi de son traitement médical alors qu’il est contant qu’il entré sur le territoire français en août 2023, et qu’il est suivi et traité à l’hôpital depuis la découverte de sa pathologie en janvier 2024. Quatrièmement, M. C... A... ne fait actuellement l’objet d’aucune mesure d’éloignement de sorte que la décision contestée ne le prive pas en elle-même de vivre aux côtés de son mari. Enfin, M. C... A... ne fait état d’aucune autre circonstance particulière caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’un jugement au fond. Par suite, la condition d’urgence de l’article L. 521-1 ne peut être regardée en l’espèce comme satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la condition tenant à l’existence d’un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. C... A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris celles présentées à fin d’injonction sous astreinte et celles tendant au versement d’une somme au titre des frais d’instance, en application de l'article L. 522-3 précité du code de justice administrative.

O R D O N N E


Article 1er : La requête de M. C... A... est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A....

Une copie sera adressée au préfet de police de Paris.


Fait à Paris le 3 août 2026.


Le juge des référés,




J.-Ch. Gracia
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous préfet territorialement compétent à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.