Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2623789

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2623789
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSANGUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2026, M. A... D..., représenté par Me Sangue, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 11 avril 2025 du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français ;

2°) d’enjoindre au préfet du Nord de mettre immédiatement fin à la rétention administrative de M. D... et de s’abstenir de toute mesure d’éloignement dans l’attente de la décision du greffe du tribunal de Montmorency sur sa demande de certificat de nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’il est placé en rétention et que son éloignement du territoire français à destination de l’Algérie est imminent ;
- il justifie d’éléments de fait nouveaux, relatifs à sa nationalité française dès lors qu’il est le fils d’un ressortissant qui dispose d’éléments sérieux pour attester de sa nationalité française et qu’il a déposé une demande de certificat de nationalité française auprès du tribunal de proximité de Montmorency le 29 juin 2026 ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à une vie privée et familiale normale, à sa liberté d’aller et de venir et à son droit, en tant que citoyen français, de demeurer sur le territoire français.


Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».

2. Il appartient à l’étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français lorsqu’elle est accompagnée d’un placement en rétention administrative ou d’une mesure d’assignation à résidence, de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions des articles L. 614-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile d’une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d’injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il en va autrement, dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l’exécution d’une telle mesure relative à l’éloignement forcé d’un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l’intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s’attachent normalement à sa mise à exécution.

3. Pour solliciter la suspension de l’exécution de l’arrêté du 11 avril 2025 du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant de retourner sur le territoire français, qui n’est au demeurant pas produit, M. D..., qui n’expose pas avoir présenté de recours contre sur le fondement de dispositions précitées au point 2, fait valoir qu’il est le fils d’une personne ayant vraisemblablement la nationalité française et qu’il a formalisé une demande de certificat de nationalité française auprès du tribunal de proximité de Montmorency le 29 juin 2026 et qu’il justifie ainsi de changements importants dans les circonstances de droit et de fait.

4. Toutefois, d’une part, une demande de certificat de nationalité française, qui a pour seul objet de prouver la nationalité française, ne saurait constituer un changement de circonstance, alors au surplus que le requérant ne justifie ni qu’il ne disposait pas avant le 29 juin 2026 des éléments permettant de solliciter ce certificat, ni que le dossier adressé au tribunal de proximité de Montmorency serait complet. D’autre part, si le requérant indique dans sa requête être « le fils d’un ressortissant français (…) M. B... dit C... D..., né le 27 octobre 1917 à Timizart », il résulte des pièces produites par l’intéressé, et notamment de la transcription de l’acte dressé par la mairie de Coulommiers, que ce dernier est décédé le 2 août 1985 à 4h30, soit plus de six ans avant la naissance du requérant, le 18 janvier 1992. Dans ces conditions, les éléments avancés par M. D..., qui ne constituent pas un indice sérieux de sa nationalité française, ne permettent pas de caractériser un changement dans les circonstances de droit ou de fait depuis l’intervention de l’arrêté du 11 avril 2025. Il n’est donc pas recevable à saisir le juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... D....



Fait à Paris, le 3 août 2026.


La juge des référés,

Signé

K. Weidenfeld


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.